Jeudi 5 novembre 2009


Huit mois après l'échec commercial de leur premier effort, les quatre guignols maquillés sont de retour avec Hotter Than Hell.

Nettement plus hard que le précédent, ce second album studio permet à Ace Frehley de nous démontrer son grand talent de guitariste. Quant au batteur Peter Criss, il est plus présent, et sa frappe plus percutante...

Les deux leaders, Paul Stanley (guitare) et Gene Simmons (basse), ne sont pas en reste et pètent même la forme. Pendant 33 minutes, le groupe déverse un hard rock incendiaire et inspiré, plus chaud que l'enfer. Hotter Than Hell est court, mais intense...

La production pourrie de Kenny Kerner et Richie Wise, déjà présents sur Kiss (1974) - on ne change pas une équipe qui gagne ? - ne constitue pas vraiment un problème. Au contraire, elle est pour beaucoup dans le charme si particulier de ces deux premiers chefs-d'oeuvre.

Car en 1974, Kiss est un groupe inspiré et qui en veut.

Il suffit d'écouter pour s'en convaincre le fabuleux Got To Choose qui ouvre l'album en fanfare: riff stonien imparable, montée en puissance, choeurs irrésistibles. Naïveté, décharges d'adrénaline et fièvre juvénile, voilà de quoi est fait ce morceau, l'un des meilleurs jamais composés et interprétés par Paul Stanley. Citons aussi Comin'Home, rare collaboration avec Ace Frehley, excellent rock trop méconnu, même s'il ressuscitera plus de deux décennies plus tard sur le fort bon Unplugged sorti en 1996.

Le morceau éponyme, hard rock puissant, basé sur un riff mémorable, demeure l'un des grands hymnes kissiens et Stanley nous fait encore une fois la démonstration de ses immenses capacités vocales.

Gene Simmons crache feu et sang sur l'immense Parasite - riff mitrailleuse, refrain martial - , composition d'Ace Frehley, intense et novatrice, reprise plus tard par Anthrax... 

La ballade Goin'Blind*, signée Simmons/ Coronel - ce même Coronel que l'on retrouve aussi sur le génial She* de l'album suivant** - se révèle parfaite dans le genre, d'autant plus qu'elle ne sombre jamais dans la mièvrerie ou le grotesque, ce qui relève de l'exploit vu le thème abordé, en l'occurence l'idylle entre un vieillard de 93 ans et une jeunesse de 16 ans...

Comme son titre l'indique, Let Me Go, Rock'n'Roll n'est rien d'autre qu'un bon vieux rock des familles illuminé par les solos inspirés d'un Frehley au top.

Et Watchin'You, dont la version définitive figurera sur le premier et incontournable premier Alive!, constitue une pièce de choix, avec son riff lourd et sabbathien...

Hotter Than Hell nous permet aussi d'entendre la voix caractéristique de Peter Criss, tout d'abord sur Mainline, rock stonien et entraînant signé Stanley, et ensuite sur le sombre et pesant Strange Ways de Frehley, au riff lourd et obsédant, dans la noire tradition du Sab'. Un solo intense et torturé, l'un des plus réussis du guitariste, fait office de cerise sur le gâteau.

En 1974, Kiss était encore un groupe teigneux et underground, débordant de bonnes idées et de riffs énergiques et magiques. Hotter Than Hell n'a ainsi pas pris une ride et demeure aussi brûlant qu'au premier jour.

Emballé de surcroît dans une somptueuse pochette évoquant le Japon et ses mystères, Hotter Than Hell s'avère par conséquent hautement recommandé...

Assurément l'un des meilleurs Kiss.

 

 

 

 

* Morceaux datant de la période Wicked Lester, le groupe pré-Kiss de Simmons et Stanley.  

** Dressed To Kill (1975)

 

Par Grisé - Publié dans : Musique
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Mardi 3 novembre 2009

"You may not like it now, but this is how the story ends."


Ecouter Megadeth en 2009? Megaquoi? Megadeth? En 2009? A quoi bon? Ca existe toujours? 

Megadeth! Ce vieux groupe de thrash metal, autrefois l'un des fleurons du genre avec Anthrax, Slayer et les ennemis jurés de Metallica, toujours en activité 24 ans après son premier méfait intitulé Killing Is My Business...

Oui, à quoi bon? D'autant plus que l'irascible Dave Mustaine est le seul membre d'origine à ne pas avoir quitté le rafiot, son côté Tony Iommi sans doute... Mine de rien, Rust In Peace, c'était il y a près de vingt ans...

Megadeth cuvée 2009, c'est donc Chris Broderick à la gratte, James Lomenzo à la basse et Shawn Drover à la batterie. Plus Dave Mustaine à la guitare, au chant (?) et ... au piano (!).

Diantre! Qu'attendre de cet étrange conglomérat en cette fin de décennie?...

Un disque de vieux, le genre sur lequel on s'affole quelque temps, peu de temps en fait, et que l'on range vite fait, pour ne plus jamais le ressortir, comme - au hasard -  les derniers Maiden?

Un album sonnant volontairement vintage et conçu avant tout pour caresser les fans dans le sens du poil, comme le - néanmoins fort sympathique - dernier Kiss?

Une monstruosité moderniste pleine de guitares sous-accordées et dépourvue de solos, flanquée de dégueulis black? Comme...?

Eh bien, autant l'annoncer tout de suite, le dernier 'Deth n'est rien de tout cela! Le 'Deth '09 se révèle au contraire empli à gueule-que-veux-tu de putains de solos de la mort qui tuent leur race, et ce dès le premier titre, l'excellent instrumental Dialectic Chaos...

Ce Chris Broderick n'est apparemment pas là pour plaisanter ou pour faire de la figuration... Ses solos véloces et agressifs transcendent littéralement l'ensemble de Endgame, cette fin de partouze qui permet à Dave Mustaine - pas en reste côté guitares, loin s'en faut - de proposer une oeuvre quasiment conceptuelle gravitant autour du thème belliqueux et effrayant de l'instauration d'un maléfique Nouvel Ordre Mondial, avec toute l'imagerie guerrière qui va avec, destruction de l'Ancien Monde, chaos généralisé, contrôle de la population via des puces électroniques sous-cutanées, tortures et camps de concentration...

Tout cela pour dire que l'ambiance générale est sombre et apocalyptique, suramplifiée par de puissantes cavalcades rythmiques méchamment syncopées et burnées. Pas le genre de trucs qu'on passe à l'hospice! Ou chez les tarlouzes...

Dans ce contexte de mort, de sueur et de sang, la voix limitée (et limite) de Mustaine ne gêne pas. Au contraire... Les moments forts de cette oeuvre finalement très cohérente, si l'on met de côté la ballade The Hardest Part Of Letting Go / Sealed With A Kiss qui permet de souffler provisoirement entre deux déferlements de violence, sont - outre le terrifiant instrumental déjà cité - This Day We Fight, 44 Minutes, 1.320', Bite The Hand, sans oublier le maléfique morceau-titre et le violentissime Headcrusher...

De là à hurler au chef-d'oeuvre, il y a un grand pas que je me garderai certes bien d'effectuer. On est quand même loin de l'excellence d'un Peace Sells... (1986) et de sa floppée de classiques. Ou de la quasi-perfection d'un Rust In Peace (1990)...

Endgame n'en est pas moins un album hautement recommandable à tout amateur de metal, intéressant à plus d'un titre, et incontestablement l'une des meilleures nouveautés de l'année.

En 2009, le groupe de Dave Mustaine tue plus que jamais et la mort est toujours son métier. Killing is his business... and business is good, baby...

 

 

Par Grisé - Publié dans : Musique
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Samedi 17 octobre 2009




Si certains albums, en particulier les grands classiques, surprennent par leur caractère résolument intemporel, d'autres, plus mineurs, restituent de façon quasi-immédiate l'atmosphère d'une époque révolue, souvent pour le pire, mais parfois pour le meilleur.

Ainsi, ce deuxième album de Dokken intitulé Tooth And Nail évoque-t-il à mes oreilles les années 80 dans ce qu'elles pouvaient avoir de meilleur musicalement parlant... et à mes yeux ce qu'elles pouvaient avoir de pire, cf. la dégaine des musiciens... 

En 1984, Dokken est un groupe composé de quatre individus talentueux, à savoir Mick Brown à la batterie, Jeff Pilson à la basse, George Lynch à la guitare et Don Dokken au chant. Ce beau monde officie dans un heavy metal typique de l'époque, parfois agressif, mais toujours mélodique et jamais bourrin, avec un je ne sais quoi d'européen qui les distingue de leurs petits camarades de jeu. Une section rythmique efficace et carrée permet à la voix aérienne de Don Dokken - parfois réminiscente de celle de Klaus Meine * - de survoler aisément l'ensemble et George Lynch - l'un des plus extraordinaires gratteux de cette période - illumine chaque morceau d'un solo de guitare magique et inoubliable. Le soin apporté à la production ** permet aussi au groupe de se distinguer du tout venant.

Without Warning, court instrumental planant, permet de poser une atmosphère typiquement eighties avant que ne déboule le morceau éponyme, résolument speed et cinglant, transcendé de surcroît par l'un des plus fabuleux solos de guitare qu'il m'ait été donné d'entendre, tout de virtuosité et de précision mêlées... Le temps suspend alors son vol et l'auditeur vit un pur moment d'éternité.

D'autres titres relativement heavy parsèment le disque, en particulier ce Don't Close Your Eyes à la rythmique véloce ou encore l'efficace Turn On The Action qui clôt les réjouissances. Citons aussi le tempo moyen When Heaven Comes Down au refrain imparable...

Mais la principale qualité de Dokken résidait dans la capacité qu'avait le groupe à proposer des albums variés, chose pas si fréquente que ça dans le monde merveilleux du metal, et l'auditeur a aussi droit à l'accrocheur Just Got Lucky, plus pop et radiophonique que les brûlots déjà cités, et aux excellents et irrésistibles Heartless Heart et Into The Fire, aux refrains enthousiasmants et fédérateurs. Et puis n'oublions pas la superbe ballade Alone Again qui évoque Scorpions.

Premier disque de Dokken à être certifié or puis platine, Tooth And Nail lança véritablement le groupe qui sortit encore deux autres albums indispensables, les remarquables Under Lock And Key (1985) et Back For The Attack (1987).

Par la suite, nos amis furent victimes des habituelles divergences musicales et se séparèrent pour se reformer sans grand panache dans les années 90, à l'instar de leurs petits camarades de Ratt.

Aux dernières nouvelles, le groupe serait toujours en activité mais seuls Don Dokken et Mick Brown seraient restés dans la galère...

 

 

* Cela explique pourquoi c'est Don Dokken et personne d'autre qui fut appelé à l'aide par les membres de Scorpions lorsque Meine, alors aux prises avec de graves problèmes de voix, fut provisoirement contraint au repos et dans l'impossibilité de chanter sur les démos de Blackout. C'est ainsi Dokken qui prit provisoirement le relais, même si lesdits enregistrements ne furent pas conservés.

** Tooth And Nail est produit par les légendaires Tom Werman - célèbre pour son travail avec Ted Nugent et Cheap Trick - et Roy Thomas Baker, alias M. Queen.


 

 

 


Par Grisé - Publié dans : Musique
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Lundi 12 octobre 2009


"Un barbu est un barbu. Trois barbus, c'est des barbouzes." Michel Audiard.


 

Je n'ai jamais aimé les barbus... Peut-être s'agit-il d'un traumatisme lié à ma petite enfance? Peut-être devrais-je entamer une psychanalyse? Peut-être n'est-il pas trop tard? A propos, Freud n'était-il pas barbu? Tout comme ceux qui me traumatisent et dont la seule vue me hérisse, les Ivan Rebroff, Fidel Castro, Corbier, Moustaki et autres Père Noël... Sans parler d'un certain nombre de syndicalistes (sont souvent barbus et repoussants, ces gens-là). Je pourrais aussi ajouter à cette pénible liste le chanteur d'un groupe aujourd'hui bien oublié, Tin Machine, je crois (comment s'appelait-il déjà, ce barbu-là?). Autrefois, je me méfiais même du sympathique Carlos, c'est dire...

J'ai pourtant toujours eu un faible pour la musique de ZZ Top, groupe célèbre justement pour la barbe à la longueur démesurée de deux de ses membres, le vénérable guitariste Billy Gibbons et le poussiéreux et bien-nommé bassiste Dusty Hill. Comme chacun le sait, seul le batteur a, il y a bien longtemps, rasé sa barbe... et arbore depuis une fort vilaine moustache. Cet homme a pourtant l'insigne culot de se nommer Frank Beard, c'est-à-dire Frank Barbe! Allez donc y comprendre quelque chose...

Après une décennie passée à jouer une sorte de blues rock très seventies fort prisé par les  bikers, le trio texan surprit considérablement son monde en accouchant de cet inattendu Eliminator en 1983.

Nos trois amis avaient soudainement décidé d'actualiser leur musique et le synthé, instrument maudit, fit une apparition remarquée.   

Les puristes hurlèrent évidemment à la trahison et au scandale. Mais les cris d'orfraie des vieux fans ne dissuadèrent pas une nouvelle génération ravie de s'intéresser à ce disque, qui devint non seulement l'une des plus grosses ventes de l'année 83, mais de l'industrie musicale tout court, avec plus de dix millions d'unités écoulées ( Eliminator a été certifié disque de diamant en 1996 ). 

Pourquoi un tel succès? Tout d'abord parce que le groupe sut jouer intelligemment la carte du video clip et de MTV, alors en plein boum, exploitant habilement son image pour le moins... hum...  particulière et parvenant même, à force de second degré et d'autodérision, à devenir hip et à plaire simultanément aux gamins et aux intellos branchés. Et cela, rappelons-le, en 1983, année durant  laquelle un look à la Duran Duran ou à la Spandau Ballet était, semble-t-il, de rigueur pour affoler le public.

La formule sur laquelle reposaient la plupart des clips du Top était simple. Le groupe apparaissait quasi-systématiquement comme une sorte de moderne deus ex machina - la machina en question étant un superbe hot rod, à l'origine une Ford de 1933, qui devint d'ailleurs la véritable vedette de ces petits films - venant en aide à de sympathiques jeunes gens n'ayant pas eu la chance de naître avec une cuiller d'argent dans la bouche...

On pourrait d'ailleurs aller plus loin et affirmer qu'en 1983, à l'instar des tribulations dépeintes dans ses vidéos, le Top fut aussi le sauveur du rock. Il ne faudrait quand même pas oublier que cette année fut celle du triomphe de Michael Jackson, pas encore le King of Pop mais alors le roi du funk, ainsi que de David Bowie période Let's Dance, les autres grands vainqueurs de 83 étant des gens comme Culture Club ou Kajagoogoo. N'oublions pas non plus l'immense succès de Police et de son Synchronicity.

Dans un tel contexte, le fan de rock énervé et frustré en était réduit à serrer les dents, ayant très peu de choses à se mettre dans les écoutilles. Certains en étaient même réduits à attendre impatiemment le prochain Stones et ceux-là se suicidèrent lors de la sortie d'Undercover. Et ne parlons pas du public d'AC/DC traumatisé par Flop Of The Switch...

ZZ Top bénéficia ainsi d'une situation généralisée de pénurie et eut quasiment le monopole du rock de grande consommation. Cela eût été malheureux si l'on avait eu affaire à des escrocs patentés mais tel n'était pas le cas, contrairement à ce que leur allure de trafiquants de whisky frelaté aurait pu laisser supposer. Car Eliminator demeure incontestablement l'un des meilleurs disques de l'année, mais aussi de la décennie et même, osons, de l'histoire du rock, tout simplement...

Disque majeur, Eliminator trône au panthéon de la musique populaire. Festival de riffs magiques, juteux, évidents et accrocheurs en diable, avalanche de solos torturés redoutablement inspirés et pourtant à mille lieues de la pyrotechnie vanhalenienne alors de rigueur, il s'agit d'un vrai disque de rock au son sale et artisanal, n'ayant rien à voir avec un quelconque hard FM aseptisé.

Quant aux synthés, ils ne gênent pas. Pour tout dire, c'est à peine si l'on remarque leur présence tant ils font corps avec l'ensemble. En fait, ils permettent juste à l'auditeur de réaliser qu'il n'écoute pas un vieux groupe des années 70 mais un combo éminemment contemporain et vindicatif en diable.

Car le Top est salement énervé et ce Eliminator a sacrément la gnaque.

D'ailleurs, réécouté en 2000 et quelques, le disque ne sonne pas daté comme la plupart de ses petits copains des années 80. Il est intemporel, point barre. Comme Sticky Fingers, comme L.A. Woman. Rien à voir avec un album de Wham!...

Donc ça sonne bien, rudement bien même. Ca sonne même mieux qu'avant. Et j'eusse apprécié que cela sonnât aussi bien après... ce qui ne fut hélas pas le cas. 

Qu'il s'agisse de l'hymne Gimme All Your Lovin', du puissant Got Me Under Pressure, du remuant Sharp Dressed Man, des six minutes d'émotion du blues Need You Tonight, du salace I Got The Six - gimme your nine - , de l'irrésistible Legs, du saccadé Thug, de l'entraînant TV Dinners, du très enlevé Dirty Dog, du chantant If I Could Only Flag Her Down ou du méchant Bad Girl, tout ici est rudement bon. Fameux, même. Et sacrément relevé.

A l'image de sa célèbre bagnole, voici un "vieux" groupe au look peu avenant ( deux barbus, quand même! ) qui s'en revient bousculer les charts avec un gros son intemporel et surgonflé.

Le Top au top... Et vous voudriez décliner l'invitation?

 

 

 

 

Par Grisé - Publié dans : Musique
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Samedi 10 octobre 2009


Il y a un peu plus de dix ans, vous étiez une rock star, une vraie... Vous passiez même pour le plus choquant des chanteurs. Vous étiez aussi le plus décadent des performers, le prince de l'outrage, le king du shock rock. Vos disques se vendaient par millions. Vous fréquentiez le gratin d'Hollywood. Des foules avides se pressaient à vos concerts. C'était il y a dix ans. Oui, dix ans!

Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts et de whisky dans votre panse. Vous avez composé de nombreuses ballades, reprises par des gens de bon goût, Tina Turner, Patrick Juvet... Vous avez enregistré un album avec Toto. Vous avez même interprété une chanson des Beatles en compagnie des rois du disco, les Bee Gees. Ca, c'était avant votre virage New Wave... Car vous avez ensuite donné dans la New Wave. Et tourné de surcroît avec les ex-musiciens de votre si sympathique voisin Elton John ( aucun rapport avec la New Wave, je vous l'accorde ). Ensuite, évidemment, ce fut le trou noir. Comme Patrick Juvet, vous avez eu peur de la nuit *. Et du jour qui meurt, et des nuits sans coeur...

Vous avez alors décidé de réagir. Echaudé par l'échec retentissant de vos quatre albums précédents, vous avez entrepris de prendre en marche le train fou du hair metal triomphant.

Il est vrai que vous en aviez assez de voir vos enfants adultérins passer en heavy rotation sur MTV, ces petits bâtards de Wasp, Mötley Crüe, Ratt et Madam X... Ces gamins allaient voir ce qu'ils allaient voir... Ils allaient assister à la résurrection du plus infâme des croquemitaines, plus fort que le Père Fouettard et Freddy Krueger réunis ( d'ailleurs n'êtes-vous pas le père de Freddy? **), le mythique et terrifiant Alice Cooper...

Taratata! Toc, toc, badaboum! Après trois ans de silence, vous décidez :

- primo, de remettre au goût du jour votre fascinant show des seventies et de renouer avec votre célèbre look d'antan, maquillage et boa ***.

- secundo, vous recrutez un nouveau groupe, conglomérat hétéroclite de métallos aspirant à la gloire et aux paillettes, dont les plus emblématiques représentants demeurent Kip Winger (basse) et Kane Roberts (guitare), émule à la fois de Sylvester Enzio Gardenzio Stallone et d'Edward Lodewijk Van Halen. 

Après avoir infligé à ce beau monde de sévères répétitions, vous recrutez le producteur Beau Hill, connu alors pour son travail avec Ratt, groupe emblématique de ce milieu de décennie.

Pour que les choses soient bien claires, votre disque s'intitulera Awake For The Snake.

En cours de route, vous modifierez drastiquement les deux points précédents en rebaptisant votre "chef-d'oeuvre" Constrictor et en sollicitant les services de l'ingénieur du son Michael Wagener, chargé de réparer les dégâts commis - selon vous - par Beau Hill, c'est-à-dire la création d'un son trop poppy et commercial à votre goût. C'est d'ailleurs là, bel Alice, que votre démarche devient pour le moins paradoxale dans la mesure où vous prétendez, d'une part, renouer avec votre succès commercial d'antan et revenir, d'autre part, avec un gros son bien heavy et agressif. En vérité, les groupes qui cartonnaient alors, les Mötley, Ratt et autres Bon Jovi n'étaient justement pas réputés pour la violence de leurs productions mais il vous faudra quand même trois bonnes années avant de réaliser cela et d'aller passer un pacte fructueux avec Desmond Child ****...    

Constrictor, donc. Votre premier effort depuis Dada (1983), chef-d'oeuvre méconnu, votre Berlin à vous, qui réussit d'ailleurs l'exploit d'avoir eu encore moins de succès que le joyeux disque de Reed...

Par certains côtés, on serait cependant plus proche de Zipper Catches Skin (1982), pour l'aspect autoparodique s'entend. Un Zipper nanti cette fois d'une production adaptée au ( mauvais ) goût du jour et sur lequel vous consentiriez à chanter, ce qui n'était pas le cas en 1982 ( vous vous contentiez alors de déclamer grotesquement de ridicules histoires du genre de l'inoubliable That Was The Day My Dead Pet Returned To Save My Life, vous en souvenez-vous, merveilleux Alice? Non, vous étiez tellement bourré que vous avez totalement zappé cette délicieuse période... Pas nous!).

Un son de batterie froid et artificiel typique des années quatre-vingts, des parties de guitare à la Van Halen, ou plutôt à la manière des imitateurs du génial Eddie, genre dévalage de manche à la vitesse de l'éclair, façon essaim de guêpes, voilà ce que vous nous offrez en 1986. En cela, vous agissez exactement comme le Kiss démaquillé de cette période. Vous vous transformez en suiveur. Pas bien, ça...

Le pire, c'est que certaines compos se révèlent relativement efficaces et que l'ensemble fonctionne correctement par moments. Les Teenage Frankenstein, Give It Up, The World Needs Guts et autres Crawlin' plairont aux amateurs du genre même si tous ces titres sont aujourd'hui bien oubliés, même par vous, délicieux Alice, qui ne les interprétez plus guère sur scène. Le reste donne dans un heavy rock US assez anonyme, si l'on met de côté votre voix très typée et inimitable. Life And Death Of The Party est cependant très bon et distille fugacement une émotion qui nous renvoie aux fastes d'antan. Quant à Trick Bag, il est carrément pompé sur le Talkin' In Your Sleep des Romantics... Si, si, réécoutez les intros respectives de ces deux chansons...

Il faut d'ailleurs savoir que ce Trick Bag se nommait He's Back à l'origine et était destiné à figurer sur la B.O. du sixième volet du slasher Vendredi 13, judicieusement intitulé Jason Lives. Il est vrai que la musique ici présente correspond parfaitement aux genres de trucs que l'on entend en bruit de fond dans ce genre de film. Mais, sur ordre de votre nouvelle maison de disques, MCA,  vous avez avez dû réenregistrer cette chanson flanquée d'une production techno pop particulièrement datée. Ainsi naquit He's Back ( The Man Behind The Mask ), morceau sorti en single.

Quant à la première mouture, plus heavy, vous vous êtes contenté d'en changer les paroles et le titre. Voici comment He's Back est devenu Trick Bag. Astucieux recyclage, mon cher Alice... 

Pour la petite histoire, rappelons que la version synthétique de He's Back fut un tube énorme en... Suède, infortunée terre natale des Bathory, Marduk, Therion et autres Amon Amarth...

Si le premier single fut numéro un chez les Vikings, l'album, lui, ne dépassa pas la 59ème position des classements ricains.

Cela n'empêcha nullement la tournée The Nightmare Returns de casser la baraque. A défaut de retrouver votre inspiration de naguère, votre petit musée ambulant des horreurs avait renoué avec son succès d'antan, et cela, vilain Alice, était révélateur d'une rage retrouvée.

Sur scène, vous étiez bel et bien de retour, and you were out of control... 

On se console comme on peut...

 

 

* Patrick Juvet, J'ai peur de la nuit, 1975, adaptation francophone de la ballade Only Women Bleed.

** Cf. Freddy's Dead: The Final Nightmare.

*** Il ne s'agit certes pas là de cet élégant accessoire vestimentaire si prisé par les élégantes et par la grande Zoa mais d'un authentique boa constricteur...

**** En 1989, l'album Trash réalisé en compagnie de D. Child, à la composition et à la production, connaîtra un très gros succès commercial.

   

Par Grisé - Publié dans : Musique
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