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24 mai 2020 7 24 /05 /mai /2020 18:43

Une intro à la Sweet Dreams version Manson pour un titre mi-chanté, mi-parlé rappelant par moments le Pick Up The Bones de Brutal Planet, sans l'attirail indus.

Alice évoque avec tact la pénible période que nous avons traversée. Plutôt que de jouer la carte de l'ironie facile ou de la grosse provoc (pour cela, on a Sibeth), il nous livre, sans démagogie aucune, une chanson qui fait du bien. Le Coop' fait ici preuve d'une indéniable sagesse et réussit là où tous les politiciens ont échoué. Pas si bête...

Je trouve Don't Give Up plus réussie que la sympathique mais un peu poussive récente tentative des Pierres... Cette chanson fait chaud au cœur et confirme ce que l'on savait déjà : le Coop' est une belle âme.

 

https://youtu.be/mi-OYHTjypo

 

 

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D. Espair
6 décembre 2017 3 06 /12 /décembre /2017 20:57

 

johnny-hallyday-6332202.jpg

 

Alors, aqueux Johnny ?

Réponse en fin d'article.

 

 

"Les gens qui m'entourent me traitent comme un dieu. Ils ont si peur que je craque avant eux."
La fille du square (Franck Langolff, Pascal Lefèbvre), extrait de l'album Solitudes à deux (1978). 


D'aussi loin que je me souvienne, Johnny Hallyday a toujours été là, absolument incontournable, inévitable... À la radio, à la télé, dans les magazines... Partout... Tout le temps... Aucun artiste francophone, aussi populaire soit-il, n'a été à ce point omniprésent... Pas même un Sardou ou une Farmer...
Une voix unique, puissante, et un charisme indéniable ont permis au chanteur de se forger une réputation longtemps méritée de bête de scène. Sa carrière, entamée à la fin des années 50, impressionne par sa durée...
Je n'ai pourtant jamais vraiment aimé la musique de Johnny, sans doute à cause de la qualité très inégale de son importante discographie, de ses tendances au remplissage et de ses trop nombreuses incursions dans le domaine de la variété la plus navrante. Qu'il se soit souvent entouré de pointures, cela n'est pas contestable, mais nombre de ses enregistrements, notamment ceux des années 70, demeurent caractérisés par des arrangements des plus douteux, lourds et visqueux, gluants... Cela a de surcroît fort mal vieilli. Nombre de ses albums sont aujourd'hui totalement inécoutables...
L'homme n'est d'ailleurs pas dupe. "Si je devais enregistrer exclusivement la musique qui me plaît, comme je le souhaiterais au fond, je ne vendrais pas deux disques", déclara-t-il un jour avec beaucoup d'honnêteté (1).
Dans les années 70, il était l'un des piliers des émissions des Carpentier, aux côtés des plus illustres représentants de la chansonnette commerciale d'alors. Cela ne l'empêchait pas de continuer à fasciner un public essentiellement constitué de garçons captivés par l'aura de l'idole et par les multiples rebondissements de sa geste, frasques sentimentales, tentative de suicide, accidents divers... "Les profs, les spécialistes de la délinquance juvénile, les psychiatres, tous ceux qui ont affaire avec les adolescents sont étonnés de constater à quel point Johnny est un modèle, un frère aîné dont on croit suivre l'exemple." (2) 
Cet incontestable succès, tant discographique que scénique, a généré son lot de parasites gravitant autour de l'artiste et profitant de la manne financière, cet état de fait étant accentué par le je-m'en-foutisme d'Hallyday ainsi que par sa légendaire générosité.
D'où cette relation très particulière entretenue par Johnny avec l'argent et cette propension à dépenser sans compter de celui qui a toujours souhaité ne pas être le plus riche de son cimetière, désir qui risque fort d'être bientôt exaucé... 
Contrairement à nombre de vedettes étrangères, victimes durant leurs années d'apprentissage de managers véreux, de contrats iniques, et parfois persécutées par le fisc (Stones, Bowie, E. John, Queen, etc.), notre "rocker" national n'a, semble-t-il, jamais véritablement pris le taureau de ses finances par les cornes, comme en témoignent ses récents déboires fiscaux.
Mais cela ne date pas d'hier... "On me raconte que certains artistes touchent quatre millions (3) pour un contrat de cinq ans. Moi, j'ai pas touché le quart pour vingt. (...) Puis un jour, tu te réveilles. Moi, c'était vers 64/65, il y a eu un trou dans ma carrière, j'avais besoin de blé et je me suis aperçu que je n'en avais pas." (4)
Les lignes qui suivent, bien que datant de 1979, semblent toujours d'actualité : "(...) Hallyday à trente-six ans est fauché. Le fisc a bloqué ses droits à la SACEM et perçoit directement ses gains chez Phonogram. Il n'a pas de laverie automatique, pas d'immeubles, un fan-club qui marchicotte, une édition comme tout un chacun, une superbe maison (dans une allée privée) qu'il paie par traites, et, n'en doutez pas, ses tournées sont alimentaires." (5)     
Il fut un temps où Johnny avait même la cote auprès des journalistes spécialisés, qu'il s'agisse de l'incontournable Philippe Manoeuvre, de Brenda Jackson, et même du fameux Bruno Bayon de Libé, pourtant connu pour sa plume acérée, dont la fascination pour l'interprète de "Je suis né dans la rue" avait d'ailleurs tout de celle du petit bourgeois pour le prolo mal dégrossi... Les options politiques du chanteur, à la fois changeantes et peu assurées, ne lui valaient pas alors d'ostracisme particulier. Dans son ouvrage Les Professionnels de l'antiracisme (6), Yann Moncomble écrit : "Hallyday, ancien militant d'extrême droite (Jeune Nation) évolue vite. En octobre 1965, il prend position pour Mitterrand, et c'est Pierre-Bloch (7) qui le conduit à la mairie de Paris pour lui faire obtenir sa carte d'électeur."
Ces dernières années, une partie de la presse musicale a cependant manifesté une extraordinaire hostilité envers le chanteur vieillissant. L'ex-idole des jeunes serait ainsi devenue, à en croire certains esprits chagrins, l'idole des "beaufs", et des vieux. On peut certes ne voir dans ce phénomène que l'habituelle réaction de la nouvelle génération à l'encontre d'un dinosaure du show biz, ainsi que le rejet de la vieillesse inhérent à toute société atteinte de jeunisme, domaine dans lequel Johnny a d'ailleurs bien œuvré et tendu plus souvent qu'à son tour les verges pour se faire battre.  Il suffit, pour s'en convaincre, de regarder l'âge de la plupart de ses conquêtes féminines... 

 

jh.jpg

Bogossitude attitude...

 

Il n'empêche que la haine violente dont il est l'objet depuis quelques années ne laisse pas de surprendre tant celle-ci paraît irrationnelle. Son soutien affiché à Nicolas Sarkozy lui a sans doute coûté très cher, moins cependant qu'à des artistes plus jeunes, tels que Faudel ou Doc Gynéco, n'ayant pas le privilège d'être aussi fortement enracinés dans le cœur du public... Quoi qu'il en soit, la virulence des propos de certains commentateurs anonymes du net fait froid dans le dos et le paroxysme a indéniablement été atteint fin 2009, lors de ses très médiatisés problèmes de santé qui l'ont vu frôler la mort. J'entends encore les cris de joie de certaines hyènes qui se réjouissaient de l'éventuelle disparition du chanteur. Au-delà de la haine et de la jalousie mesquine de certains ratés, ne s'agissait-il pas tout simplement, de la part de certaines officines dépendant de partis de l'ex-opposition, de décourager, et même de dissuader, à l'avenir, les artistes en activité d'apporter leur soutien à un candidat de droite ? (8) Force est de remarquer que les personnalités ouvertement de gauche, les Noah, Béart, Balasko et autres Arditi, n'ont jamais été soumises à un tel tir groupé, à un tel terrorisme intellectuel...      
D'autant plus que les sempiternels reproches adressés à Johnny s'avèrent pour le moins risibles... Qu'en France, pays de la fraude généralisée, il y ait autant de bons citoyens lui reprochant de ne plus payer ses impôts chez nous a quelque chose de résolument hilarant. Surtout lorsque l'on sait que Johnny Hallyday a versé au fisc, des années 60 jusqu'au milieu des années 2000, des sommes absolument considérables et certainement plus conséquentes que celles réclamées à toutes ces belles âmes qui ne sont, du reste, peut-être même pas imposables.
Et ne parlons pas de toutes ces vedettes issues de la gauche vertueuse, qui ont, tout comme Hallyday, le porte-monnaie bien à droite...
Si Johnny suscite un tel rejet de la part d'une certaine intelligentsia, c'est aussi parce qu'il est l'un des derniers représentants de ces artistes virils, grandes gueules franches du collier, souvent d'origine populaire. Oui, Johnny est de la race des Gabin, Delon et autres Belmondo, c'est-à-dire un mâle blanc hétérosexuel qui nous renvoie à la figure masculine de toujours, celle justement dont les féministes ont juré la perte. Et ce n'est pas Cali qui me contredira...
En fait, l'évolution de la façon dont Johnny est perçu par la critique bien-pensante s'avère en définitive parallèle à celle du regard que porte la gauche sur le peuple français dans son ensemble. En trente ans, l'amour et la fascination portés au prolétaire blanc traditionnel ont été remplacés par l'amour de l'immigré extra-européen paré de toutes les vertus possibles et imaginables (9). Le peuple vieillissant qui écoute Johnny est ainsi voué aux gémonies et les termes utilisés par les Germanopratins pour le désigner se doivent d'être cruellement infamants, crétins,beaufs, gros cons, et j'en passe...
La carrière de Johnny Hallyday a certes connu bien des hauts et des bas. Sa popularité n'est plus ce qu'elle était dans les années 80/90 et au début des années 2000. Il a été affecté, certes assez tardivement, comme tous les artistes par la chute des ventes de disques due au téléchargement illégal. Il est possible qu'il ait de la peine à renouveler son public, de toute façon vieillissant et peut-être moins enclin qu'autrefois à se rendre à des concerts donnés dans des stades. Si l'on tient compte de ses récents problèmes de santé, le chanteur qui aura bientôt 70 ans ne pourra pas indéfiniment tenir un rythme aussi intensif. On assiste indéniablement au crépuscule de la carrière de Johnny. Les gens qui l'entourent le traitent peut-être toujours comme un dieu mais ils ont surtout peur qu'il ne meure avant eux.

 

 

 

 

Réponse à notre interrogation liminaire :

- oui, à en croire les médecins qui lui auraient récemment retiré de l'eau des poumons.

- non, d'après le docteur Stéphane Delajoux, ce dernier laissant entendre que l'eau ne serait décidément pas la boisson préférée de Johnny...

 

 

johnny.jpg

Le jeune Johnny n'avait décidément rien à envier à Justin Bieber...

 

 

(1) Cf. l'article de Brenda Jackson publié dans le numéro 99 (octobre 1976) du défunt Best (page 65). 
(2) Idem.
(3) De francs.
(4) Rock&Folk, n°149 (juin 1979), page 106. Excellent article de Lionel Rotcage.
(5) Idem.
(6) Éd. Faits et Documents, page 315.
(7) Jean-Pierre Pierre-Bloch, ancien président de la L.I.C.A., l'ancêtre de l'actuelle L.I.C.R.A., qui fut l'imprésario de Johnny. Cette proximité avec Pierre-Bloch explique pourquoi il participa, en 1967, à un concert de soutien à Israël. Il aurait même envisagé, à l'époque de la guerre des Six Jours, de s'engager dans l'armée israélienne !  
(8) Si tel est bien le cas, force est de remarquer que cet avertissement lancé aux artistes de droite a été des plus efficaces, les soutiens affichés de Sarkozy ayant fondu comme neige au soleil entre 2007 et 2012. Même Sardou a pris ses distances...
(9) Cette fascination pour les représentants de la diversité cesse dès lors que ceux-ci se déclarent de droite, comme ce fut le cas pour Faudel et Doc Gynéco, dont la carrière s'est brutalement brisée.  

 

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Grisé - dans Musique
8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 21:28

Quel plaisir que de se replonger dans l’œuvre foisonnante de l'Américain Robert E. Howard (1906-1936) ! Oui, quel bonheur ! Ce Texan demeure sans conteste l'un des plus extraordinaires raconteurs d'histoires du vingtième siècle ! Même s'il n'a peut-être jamais ouvert le moindre de ses livres, chacun connaît au moins sa création la plus célèbre, à savoir le personnage de Conan le barbare, héros emblématique de la littérature dite d'heroic fantasy... Certes, cette "connaissance" n'est le plus souvent que très relative et demeure généralement pour le moins superficielle, Conan étant un individu autrement plus complexe et tourmenté que ne l'imaginerait celui qui en serait uniquement resté aux illustrations - au demeurant superbes - d'un Frank Frazetta, par exemple. En cela, il s'avère similaire à son créateur...

Car rien ne serait plus contraire à la vérité que d'imaginer un Robert E. Howard malingre, sorte de nerd avant l'heure, se projeter au moyen de l'écriture dans une sorte de monde parallèle afin d'exorciser ses complexes et ses éventuelles frustrations. Non, dans les faits, Howard ressemblait sur bien des points à sa créature, tant par la taille que par la musculature... Il se dégageait de l'homme, un passionné de boxe, une force et une vitalité que l'on retrouve dans son oeuvre, caractérisée avant tout par le mouvement et l'énergie. L'univers dans lequel se débattent ses personnages se situe ainsi à mille lieues de celui, nettement plus gentillet, de Tolkien. Howard se sentait d'ailleurs davantage "conteur d'histoires" que chroniqueur.

S'il est vrai qu'il fut l'ami et le correspondant de Lovecraft (1890-1937), qu'il considérait comme l'un de ses maîtres, on ne retrouve pas chez lui cette peur paralysante du surnaturel. Non, les héros de Howard sont prêts à défendre chèrement leur peau et ne vivent que pour l'action, le combat, contrairement aux narrateurs des nouvelles de Lovecraft, plus cérébraux et fondamentalement incapables d'affronter les événements...

De plus, contrairement à son aîné, Howard vivait très correctement de sa plume et gagnait même, à la fin de sa vie, quasiment autant que l'habitant le plus fortuné de la petite ville de Cross Plains (Texas) où il résidait, à savoir le banquier local. Cette réussite n'empêcha pas celui qui était resté quelque part un petit garçon de se tirer une balle dans la tête après avoir appris le décès imminent de sa mère plongée dans le coma, acte qui mit un coup d'arrêt à l'une des plus prometteuses carrières littéraires de tous les temps...

Malgré cette fin prématurée survenue au cours de sa trentième année, Robert E. Howard n'en laisse pas moins derrière lui une œuvre dense, copieuse et intense... Conan le Cimmérien n'est d'ailleurs que l'arbre, massif, qui cache la forêt des autres personnages créés par l'auteur. Certains, comme l'étonnant puritain Solomon Kane ou le roi atlante Kull ont depuis acquis une certaine notoriété. D'autres, comme Stephen Costigan, ne sont connus que des amateurs. Le cas de ce dernier est d'autant plus intéressant que certains le confondent parfois à tort avec le marin Steve Costigan, héros récurrent de l’œuvre howardienne. Les deux n'ont pourtant pas grand chose en commun.

Stephen Costigan est le protagoniste principal de l'étonnante nouvelle intitulée Skull-Face initialement publiée sous forme de serial dans la mythique revue Weird Tales, d'octobre à décembre 1929. Cette histoire de plus de cent pages fut traduite autrefois par François Truchaud sous le titre de L'Horreur des abîmes et figurait en bonne place dans l'excellent recueil Le Pacte Noir (1). Ces dernières années, Patrice Louinet a proposé de nouvelles traductions des textes de Howard et l'on peut retrouver cette perle dans le recueil Les Dieux de Bal-Sagoth, rebaptisée cette fois Le Crâne vivant (2). Précisons que nous ne connaissons que la version de François Truchaud, étonnamment explicite, et que nous serions évidemment curieux de savoir si la nouvelle traduction se situe dans la lignée de la précédente ou si elle se plie aux exigences du politiquement correct qui prévaut actuellement...

Ne nous voilons pas la face. Il serait sans doute impossible d'écrire, et surtout de publier, une histoire telle que Skull-Face de nos jours (3)... Et, détail hautement révélateur, certains lecteurs actuels de Howard, gênés, se croient obligés de préciser qu'il ne s'agit pas là de leur facette préférée des récits du Texan et qu'ils goûtent assez peu ce type d'aventures. De telles préventions sont non seulement ridicules mais surtout caractéristiques d'une époque aseptisée et peureuse, le pire étant que certains se privent ainsi de véritables moments de plaisir, innocent de surcroît...

Car il s'agit là d'une histoire éminemment distrayante et véritablement jubilatoire. Howard nous plonge dans un Londres sinistre et brumeux, qui rappelle celui dépeint par Conan Doyle, mais on pense aussi à l'atmosphère qui se dégage des textes de Jean Ray, en particulier de certaines enquêtes de Harry Dickson... L'influence de Sax Rohmer est aussi évidente, l'ombre - jaune - du terrible docteur Fu Manchu planant évidemment sur ces pages fiévreuses.

Mais le péril menaçant ici la civilisation serait plutôt noir... Tout commence par une série de troubles, d'abord localisés en Afrique du Sud, puis se répandant sur l'ensemble du continent africain. John Gordon, un agent gouvernemental britannique, sent avec horreur monter les vents de la colère et de la sédition, unissant les Noirs et les musulmans qui ont décidé de chasser les Blancs.

À l'origine de cette révolte, un homme - mais s'agit-il vraiment d'un homme ? - nommé Kathulos. Celui-ci, grand prêtre de la mystérieuse Société du Scorpion, projette ni plus ni moins que la chute des races blanches.

Son but ultime : l'instauration d'un empire noir. Pour atteindre cet objectif, il a été à même de réaliser ce qui semblait jusque-là impossible : l'union des Noirs, des Bruns et des Jaunes.

Kathulos, qui se trouve être le dépositaire d'une très ancienne magie provenant du continent disparu de l'Atlantide, s'attaque maintenant à l'Occident. Son arme principale : la drogue que lui et ses complices ont massivement répandu dans toute l'Europe, afin d'intoxiquer les corps et les esprits et d'asservir des pans entiers de la société. Cela lui a permis de gagner à sa cause des membres de la haute société et nombre de hauts responsables, détenteurs d'importants secrets d'État, sont maintenant à sa botte et couvrent ses activités : "Avant même que le flot noir déferle sur le monde, il aura tout préparé; si son plan se déroule selon ses prévisions, les gouvernements des races blanches seront de véritables nids de corruption..."

Le seul à pouvoir aider John Gordon s'appelle Stephen Costigan, un ancien combattant ayant sombré dans la marginalité et la toxicomanie, habitué des bouges les plus sordides, et devenu l'esclave du maléfique Kathulos. Costigan parviendra-t-il à reprendre son destin en main ? La rédemption de ce misérable junkie est-elle possible ? Qui sait ? L'amour qu'il voue à la belle esclave Zuleika lui permettra peut-être de soulever des montagnes.

L'Horreur des abîmes, une palpitante aventure de John Costigan, qui n'a absolument rien à envier aux exploits de Conan le Cimmérien... Et surtout l'une des oeuvres les plus prenantes de Robert E. Howard.

(1) Aux éditions Marabout.

(2) Aux éditions Bragelonne.

(3) Rappelons que la charmante et innocente bande dessinée Tintin au Congo du talentueux Hergé a fait l'objet, ces dernières années, d'une incroyable et saisissante cabale ourdie par de sombres abrutis.

Tintin au Congo a ainsi été retiré des rayons pour enfants en Angleterre et carrément mis à l'index dans certaines bibliothèques municipales suédoises !

Cette dangereuse BD a aussi été mise sous clef à la bibliothèque de Brooklyn et n'est dorénavant accessible au public que sur demande spécifique !

En Belgique, un certain Bienvenu (pas chez nous) Mbutu (Mobutu ?) Mondodo (ouf !) tenta vainement, avec la complicité active de Louis-Georges Tin, président du Cran (Conseil représentatif des associations noires), de faire interdire ce classique de l'école belge.

Prions donc pour que ces subtils esprits, auxquels nous déconseillons fortement la lecture d'un autre remarquable texte du Texan intitulé Magie noire à Canaan, continuent durablement d'ignorer le nom de Robert E. Howard. Ils seraient bien capables de déclencher un autodafé.

Comme le disait l'excellent Audiard : "Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît."

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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 23:45
Lou Reed (1942-2013)
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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 22:28

"When you race with the Devil, you'd better be faster than Hell."

Réalisée par Jack Starrett, avec les excellents Peter Fonda (Easy Rider) et Warren Oates (Two-Lane Blacktop, La Horde sauvage), cette Course contre l'enfer s'impose comme l'une des plus trépidantes et jubilatoires séries B des années 70. Un épatant "petit" film privilégiant l'action et le suspense, mené tambour battant par une équipe de professionnels aguerris, et qui n'a rien à envier à certaines grosses productions. La grande force de Race with the Devil, c'est son absence totale d'originalité, son scénario signé Lee Frost et Wes Bishop, deux vieux routiers du cinéma d'exploitation, se contentant de reprendre efficacement certains éléments alors en vogue, notamment la vague de terreur satanique et les poursuites de bagnoles. L'histoire s'avère fort simple. Deux couples de San Antonio (Texas) - Frank (Warren Oates) et Alice Stewart (Loretta Swit), d'une part et Roger (Peter Fonda) et Kelly Marsh (Lara Parker), d'autre part - décident d'aller passer leurs vacances d'hiver à Aspen (Colorado), célèbre station de ski située dans les montagnes Rocheuses. Pour ce faire, ils embarquent à bord du gigantesque mobil home dernier cri de Frank. En cours de route, ils s'arrêtent dans un endroit isolé pour la nuit. À l'issue d'un dîner bien arrosé, les deux hommes sortent prendre l'air et assistent à un étrange spectacle. Non loin de leur campement, des individus allument un feu et se livrent à une curieuse danse. Dans un premier temps, Frank et Roger, quelque peu éméchés, s'amusent à jouer les voyeurs, croyant avoir affaire à une joyeuse partouze de hippies. Ils ne tardent cependant pas à réaliser qu'ils sont les témoins involontaires d'une cérémonie rituelle sataniste dont le point culminant sera un sacrifice humain. Horrifiés, ils tentent de rejoindre le mobil home dans lequel les attendent leurs femmes. C'est ce moment que choisit Alice pour appeler les deux hommes. Ceux-ci, affolés, lui enjoignent d'éteindre les lumières et de retourner à l'intérieur du véhicule. Trop tard ! Les satanistes ont repéré ces témoins indésirables et se lancent à leur poursuite. Nos héros échapperont de justesse à cette horde sauvage et se rendront au poste de police le plus proche. La facilité avec laquelle le shérif et ses hommes parviendront à retrouver le lieu de la bacchanale ne surprendra que le perspicace Roger... Si les traces du feu demeurent visibles, le seul cadavre que l'on retrouve est celui d'un malheureux chien. Le shérif semble sceptique et rappelle à Frank et Roger que l'état dans lequel ils se trouvaient ne plaide pas vraiment en faveur de leur témoignage... Pendant que leurs hommes accompagnent la police, Alice et Kelly découvrent un inquiétant message d'avertissement, d'autant plus inquiétant qu'il est agrémenté de maléfiques symboles runiques... Référence au génial Curse of the Demon de Jacques Tourneur ? Les deux femmes se rendent alors à la bibliothèque municipale afin d'y emprunter quelques ouvrages consacrés à la sorcellerie. Après que le garagiste local (Phil Hoover) a vaguement rafistolé leur véhicule, et entendu Roger se vanter d'avoir discrètement prélevé un échantillon de sang qu'il compte déposer au prochain poste de police, afin d'être certain qu'il s'agit bien de sang de chien, nos voyageurs peuvent repartir. La fameuse course peut alors véritablement commencer... Le spectateur en aura pour son argent. Car tout va aller crescendo, avec une palpitante montée en puissance du suspense et de l'adrénaline, ce jusqu'à un final mémorable. L'amateur de cinéma de genre appréciera notamment le développement de cette ambiance paranoïaque qui avait tant contribué au succès de Rosemary's Baby. La brièveté du film constitue un atout indéniable, évite au soufflé de s'effondrer et au réalisateur de pédaler dans la choucroute... Comme dans le chef-d'oeuvre de Polanski, n'importe quel quidam croisé par nos héros est un sataniste en puissance, même les gens en apparence les plus insoupçonnables. Cette atmosphère rappellera aussi aux plus anciens la mythique série Les Envahisseurs. Alors qu'elle se prélasse dans la piscine d'un camp de loisirs, l'infortunée Kelly est en proie à une terrible crise d'angoisse. Pourquoi tous ces gens la dévisagent-ils de la sorte ? S'agit-il de désir ? De quelque chose de plus inquiétant ? À moins qu'il ne s'agisse d'un effet de son imagination bien éprouvée ces derniers temps ? Et que dire de ce couple, les Henderson (Clay Tanner and Carol Blodgett), qui s'invite chez eux et se tape l'incruste avec autant d'aplomb et de sans-gêne que les époux Castevet de Rosemary's Baby ? Très vite, le doute n'est plus permis. Le sentiment d'insécurité laisse place à des attaques bien réelles, impliquant aussi bien des serpents à sonnettes que des poursuivants déterminés, ce qui donnera notamment lieu à des scènes d'action particulièrement réussies, notamment celles de cascades. Les protagonistes verront ainsi avec effroi leur projet de vacances de rêve se transformer en cauchemar absolu, leur confortable "maison roulante" se métamorphosant progressivement en piège mortel. Et ce en dépit des efforts désespérés des deux hommes qui doivent aussi composer avec l'hystérie de leurs compagnes, ces dernières brillant surtout par leur passivité et leur propension à pousser des hurlements de terreur qui n'ont rien à envier à ceux de Fay Wray dans le premier ( et unique ) King Kong. Comme l'affirme crânement la bande annonce, "lorsque vous faites la course avec le Diable, vous avez intérêt à être plus rapide que l'Enfer !" Dans ces conditions, et vu l'engin conduit par Frank, inutile de s'attendre à une quelconque happy end. Un dernier mot sur l'apparence des membres de la secte. Les femmes, du moins les plus âgées, semblent tout droit sortir de Rosemary's Baby. Quant aux plus jeunes, elles évoqueraient davantage les hippies dévergondées du cultissime I Drink Your Blood (1970) de David E. Durston, d'ailleurs elles-mêmes très inspirées de la Famille de Charles Manson.

Course contre l'enfer /Race with the Devil (1975)
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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 13:12

Si être un grand chanteur signifie avoir un style unique et absolument inimitable, alors Ozzy Osbourne est le plus grand chanteur de l'histoire du rock... Dans le documentaire Dancing with the devil, consacré aux piteuses tentatives de censure musicale fomentées, rappelons-le, par le PMRC (Parents Music Resource Center) de Tipper Gore, femme du bien-pensant démocrate Al Gore (1), et visant notamment à assimiler la musique rock, et plus particulièrement le metal, au satanisme, les projecteurs se braquent fugacement sur le cas d'un certain John Tanner, grand fan de Black Sabbath dans les seventies (2). Après une désillusion d'ordre sentimental, ce pauvre type tenta de mettre fin à ses jours et se tira une balle dans la tête. Contre toute attente, il survécut, certes salement amoché - moins cependant que James Vance, le crétin qui se fit exploser le caisson après avoir écouté la reprise que fit Judas Priest (3) du Better by you, Better than Me de Spooky Tooth - et rendit Black Sabbath responsable de sa tentative de suicide, prétendant avoir subi l'influence délétère de la chanson Killing Yourself To Live, l'un des titres emblématiques de ce fameux Sabbath Bloody Sabbath, cinquième offrande du groupe... En 1973, Black Sabbath touche littéralement le fond de la piscine. Ses membres sont laminés par le cycle infernal album/tournée/album. Cet épuisement s'avère dans un premier temps non seulement physique mais aussi créatif. L'inspiration s'en est allée. On parle là d'un groupe dont les quatre premiers albums ont irréversiblement bouleversé l'histoire du rock... Le retour au Record Plant de Los Angeles, mythique studio où avait été enregistré l'excellent Volume 4, l'année d'avant, ne constitua pas une bonne idée, d'autant plus que la pièce que le Sab' avait précédemment occupée abritait maintenant un gigantesque synthé abandonné là par ce saligaud de Stevie Wonder. La présence du pourtant doué jeune ingénieur du son Tom Allom, futur producteur de Judas Priest, ne put remettre Black Sabbath sur les bons rails, Osbourne&Co. se cantonnant alors à ceux de coke. Le groupe s'installa ensuite dans une demeure du quartier de Bel Air. En vain... Les Muses avaient bel et bien quitté nos Anglais qui décidèrent de rentrer au pays. Ils investirent alors le fameux Clearwell Castle, vaste demeure gothique, qui accueillit toute l'aristocratie du rock des seventies. C'est là, en effet, que vinrent travailler des groupes aussi prestigieux que Sweet, Mott the Hoople, Bad Company et Led Zeppelin. Deep Purple y composera notamment son fameux album Burn... Ce séjour dans les cachots de Clearwell Castle eut, en tout cas, un effet bénéfique, voire providentiel sur l'état d'esprit du quatuor qui retrouva d'un coup l'inspiration. Est-ce dû au changement d'air ? Au retour à la terre natale ? À la présence amicale des potes de Led Zep ? Ou à l'atmosphère chargée des lieux ? Quoi qu'il en soit, des riffs grandioses et totalement inédits jaillirent de la guitare de Tony Iommi, en particulier ceux de Sabbra Cadabra et du célèbre morceau éponyme introducteur. On retrouve aussi le traditionnel instrumental, Fluff, agréable et paisible intermède accoustique, sorte d'hommage à un certain Alan "Fluff" Freeman, l'un des rares animateurs de la BBC appréciant sincèrement le Sab', ainsi que la ballade de rigueur, Who Are You, hélas alourdie par des synthés flasques et gluants. Ce qui frappe, à l'écoute du disque, c'est la façon dont le groupe a évolué et s'est drastiquement éloigné du son si caractéristique des quatre premiers albums. A National Acrobat, Sabbra Cadabra, Looking For Today et Spiral Architect surprennent par leur ambition, leur densité sonore, la richesse de certains arrangements et la présence d'orchestrations inédites. Le recours à des instruments aussi variés que le piano, le mellotron, le synthétiseur et les cordes enrichit considérablement la musique du Sabbath Noir qui devient du coup, moins monolithique, plus aérienne. On notera à ce sujet la présence pour le moins inattendue de Rick Wakeman, célèbre musicien de rock progressif et claviériste du groupe Yes, sur l'impressionnant Sabbra Cadabra. Il n'en fallut pas plus pour que certains amateurs du groupe se croient obligés de qualifier Sabbath Bloody Sabbath d'album "prog". Le Sab' cuvée 1973 n'en est pas moins l'un des disques les plus fous, les plus originaux de nos Anglais et n'a rien d'une œuvre boursouflée et prétentieuse. Cette évolution est certainement à mettre sur le compte de Tony Iommi, celui-ci ayant toujours été caractérisé par un goût pour l'expérimentation qui ira en s'amplifiant dans les années qui suivront, provoquant d'ailleurs une cassure irréversible au sein du groupe. Le public ne s'y trompa pas, réservant un accueil triomphal à ce cinquième album, tout comme, une fois n'est pas coutume, la critique institutionnelle. Sabbath Bloody Sabbath demeure indéniablement l'une des productions les plus achevées du Sab'. Si l'on ajoute à cela une superbe et inquiétante pochette signée Drew Struzan, futur concepteur de celle du mythique Welcome To My Nightmare d'Alice Cooper, on se dit que 1973 fut décidément une grande année musicale.

1) Quant au méchant réac, born again christian, Bush junior, celui-ci n'hésita pas à recevoir le démoniaque Ozzy Osbourne à la Maison Blanche. Comprenne qui pourra... (2) Ex-fan des seventies, comme dirait Jane B. (3) Sur l'album Stained Class (1978). Une bonne reprise, pourtant.

 

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 17:47

Paul Kersey (Charles Bronson), quinquagénaire libéral bon teint, baigne dans le bonheur, sa lucrative carrière d'architecte lui permettant de péter dans la soie et de s'offrir des vacances de rêve à Hawaï. Le reste du temps, lui et sa femme Joanna (Hope Lange) occupent un superbe appartement situé dans les beaux quartiers. Lorsque Sam Kreutzer (William Redfield), l'un de ses collègues de travail, a le mauvais goût de déplorer - certes de manière très politiquement incorrecte (1) - l'insécurité galopante qui a transformé le New York des seventies en un vaste pandémonium, Paul ne peut s'empêcher de le prendre de haut, avec cette morgue, cette arrogance si caractéristiques des bien-pensants totalement coupés des réalités et perdus dans leur égoïste bonheur individuel. Le (forcément) brillant esprit de gauche (2) qu'il est tente même de gagner ce navrant réactionnaire à sa cause en affirmant que la seule et unique responsable de ce sentiment d'insécurité a pour nom "pauvreté". D'ailleurs, Paul aime les pauvres même si l'on n'en recense guère dans son entourage immédiat. Son petit monde douillet et rassurant n'en est pas moins sur le point de s'effondrer. Irrémédiablement. Et pour toujours... Un jour, Joanna et Carol (Kathleen Tolan), la fille du couple, tombent entre les mains, les jambes et l'entre-jambe d'une bande de malfrats en quête d'oseille. Si Paul aime les pauvres, eux n'aiment pas, mais alors vraiment pas, les riches. Dire que les deux malheureuses passent un sale quart d'heure serait nettement en deçà de la vérité. Joanna ne survivra pas à ses blessures. Quant à Carol, elle ne se remettra jamais des ignobles sévices sexuels qui lui ont été infligés, au grand dam de Jack (Steven Keats), son époux attentionné, et s'enfoncera inexorablement dans une inquiétante psychose qui lui vaudra d'être placée dans un établissement spécialisé.

Pour Paul Kersey, le choc s'avère naturellement rude à encaisser. Comme l'écrivait ce cher Céline, "Pour que dans le cerveau d'un couillon, la pensée fasse un tour, il faut qu'il lui arrive beaucoup de choses et de bien cruelles". Son supérieur le convainc de s'éloigner provisoirement du New York crépusculaire et hivernal où l'irréparable a été commis. Il s'en va donc passer quelque temps sous le soleil de Tucson (Arizona) où il doit fignoler le projet immobilier d'un certain Aimes Jainchill (Stuart Margolin), curieux promoteur pour qui l'espace et le cadre de vie importent plus que le sacro-saint dollar. Le bon air pur de la campagne, et l'influence de Jainchill, vont amener l'ancien objecteur de conscience Kersey à porter un regard différent sur les armes. Comme le lui déclare son nouvel ami, ici, tout le monde est armé et on peut sortir le soir en toute sécurité. Contrairement à New York où seule prévaut la loi des malfrats... C'est par conséquent un Kersey revigoré qui s'en retourne dans la grande ville, rapportant dans ses bagages le cadeau d'adieu de son pote, un superbe revolver. Dorénavant, il errera seul et armé dans les endroits les plus mal famés de la Grosse Pomme, faisant en sorte de provoquer les délinquants qu'il abattra sans pitié. Très vite, la police new yorkaise sera sur les dents et tentera d'identifier le fameux "justicier" qui s'est substitué à l'institution judiciaire en s'arrogeant le droit d'être tout à la fois juge, juré et bourreau...

Réalisé par Michael Winner (1935-2013), Un Justicier dans la ville (Death Wish) demeure l'un des films les plus controversés des années 70, en raison notamment de l'extrême violence de certaines scènes - la fameuse séquence au cours de laquelle les deux femmes sont violentées - et du thème tabou de l'auto-défense. D'où la haine que suscite cette oeuvre auprès de certaines personnes, les mêmes qui vouèrent aux gémonies la série des Dirty Harry. Intolérable apologie de l'auto-défense, insupportable culte de l'hyperviolence, brûlot raciste et réactionnaire, sulfureux film fasciste, rien ne lui aura été épargné... Il importe avant tout de replacer Death Wish dans son contexte, celui du début des années 70, effectivement caractérisé par une hausse considérable des faits de délinquance et de la violence en général dans les villes américaines, et en particulier à New York, qui n'avait pas encore pour maire l'excellent Rudolph Giuliani, l'homme de la "tolérance zéro" (3). Ce qui explique initialement le succès des Dirty Harry et de Death Wish, c'est l'effet de catharsis suscité par ces longs métrages sur un public inquiet, littéralement "travaillé" par cette montée exponentielle de l'insécurité, à laquelle il avait parfois été directement confronté, et souvent troublé par le laxisme de la justice. En 1974, les conséquences des fameux droits Miranda étaient encore dans tous les esprits. Pour le citoyen de base, obligé de plier l'échine devant les bandes, de tels films constituaient ainsi un formidable défouloir (4). Le parfum de soufre entourant le roman éponyme de Brian Garfield, publié en 1972, dissuada nombre de grandes vedettes d'incarner à l'écran le personnage de Paul Kersey. Steve McQueen, Frank Sinatra et Clint Eastwood déclinèrent ainsi l'offre (5). Il semblerait que Jack Lemmon ait aussi vainement été sollicité.

Quatrième des six films que Bronson tourna avec Winner, Death Wish marque indéniablement un tournant dans leur collaboration, jusque-là caractérisée par une certaine variété d'ordre stylistique. En effet, Les Collines de la terreur (1972) était un western, Le Flingueur (1972) un thriller et Le Cercle noir un polar. Par la suite, les deux hommes ne remettraient plus le couvert ensemble que pour proposer au public des suites de Death Wish, à savoir Un Justicier dans la ville 2 (1982) et Le Justicier de New York (1985) (6). Pour la plupart des gens, Death Wish relève du genre policier. Il s'agit en réalité d'un western déguisé, réalisé précisément à un moment où la cote du western traditionnel avait sacrément diminué, amenant certaines de ses stars à se recycler, parfois provisoirement, dans le polar urbain violent, Clint Eastwood devenant l'emblématique inspecteur Harry et John Wayne le lieutenant Brannigan (7). C'est dans l'Ouest américain, en plein Arizona, que Paul Kersey va se ressourcer et renouer avec la vieille tradition américaine de la légitime défense et des armes à feu. La visite d'une ville recréant l'univers du Far West traditionnel, qu'il effectuera en compagnie de Aimes Jainchill achèvera de lui ouvrir les yeux. C'est d'ailleurs tout le modus operandi des héros de westerns que Kersey ramènera à New York, en même temps que l'arme que lui a offerte Jainchill. Une scène mémorable nous montrera notamment notre "justicier" ordonner à un voyou de bien vouloir dégainer. Plus tard, lorsque l'inénarrable inspecteur Frank Ochoa (Vincent Gardenia) lui ordonnera de quitter la ville, Kersey lui répondra, comme dans tout bon western qui se respecte : "By sundown?" Death Wish demeure avant tout une oeuvre ambiguë. Si le meurtre de sa femme et le viol de sa fille demeurent indéniablement l'événement qui fera définitivement basculer le bel édifice patiemment échafaudé par l'architecte Kersey, celui-ci est loin de constituer un bloc froid et monolithique. Dans un premier temps, il hait tellement la violence à laquelle il est confronté et qu'il provoque que cela le rend littéralement malade. Après avoir commis son premier assassinat, il ne peut que se précipiter aux toilettes afin de vomir ses tripes - et son humanité. La célèbre image finale met l'accent sur l'évolution du personnage qui semble avoir plongé dans la folie - folie certainement tout aussi réelle que celle de sa fille. Pire, il s'est métamorphosé en véritable prédateur, et après avoir découvert l'âpre saveur du sang, il y a pris goût. Si le "justicier" qu'il incarne dorénavant à la tombée de la nuit est devenu un véritable héros populaire, aussi apprécié des classes laborieuses new yorkaises que le serait un mythique Robin des Bois, faisant les gros titres de la presse, et si ses actions ont entraîné une baisse drastique du taux de délinquance, il n'en demeure pas moins qu'il ne retrouvera jamais les meurtriers de sa femme. Plus ironique encore, sa propension à privilégier l'exécution sommaire de petits voyous ressemblant aux fils qu'aurait pu avoir l'actuel président des États-Unis (8), alors que les trois barbares du début, parmi lesquels figurait un Jeff Goldblum juvénile, étaient finalement plutôt pâlichons. Ironique aussi la mise en exergue par un Winner décidément en verve de l'attitude ambiguë des pouvoirs publics qui décident occultement de ne pas arrêter Paul Kersey, celui-ci risquant de passer pour un martyr aux yeux d'une opinion exaspérée par le laxisme ambiant et pleinement acquise à la cause de ce fameux "justicier". Tout cela contribue à faire de ce premier Death Wish un excellent film, à l'indéniable charme vintage, rythmé par l'obsédante musique d'un Herbie Hancock inspiré, dans une veine blaxploitation assez prononcée et typique de l'époque.

"Never make a death wish because a death wish always comes true", proclamait fièrement la bande annonce d'époque...

(1) "The underprivileged are beating our goddamned brains out. You know what I say? Stick them in concentration camps, that's what I say." (2) "You're probably one of them knee-jerk liberals that thinks us gun boys would shoot our guns because it's an extension of our penises", déclarera plus tard le clairvoyant Aimes Jainchill. (3) Il occupera cette éminente fonction de 1994 à 2001. (4) Pour démontrer cela, je me permets de citer un extrait de la critique de Sudden Impact (Le Retour de l'inspecteur Harry), quatrième volet de la série des Dirty Harry, sorti en 1983, critique effectuée par Sacha Reins et parue dans le numéro 194 du magazine Best (septembre 1984) : "(...) Harry a posé son gros flingue sur la tempe d'un voyou. - Si tu bouges, je tire. Fais-moi plaisir, ajoute-t-il, bouge ! Autour de moi, la foule exulte en criant : "Oui, connard, bouge !" (5) Quelques années auparavant, Steve McQueen et Frank Sinatra refusèrent aussi le rôle de l'inspecteur Harry qui échut finalement, comme chacun le sait, à Clint Eastwood. (6) Les deux derniers avatars de cette interminable série, Le Justicier braque les dealers (1987) et Le Justicier - L'ultime combat (1994) ayant respectivement été réalisés par J. Lee Thompson et Allan A. Goldstein. (7) Brannigan (1975). (8) L'un d'entre eux étant d'ailleurs interprété par Denzel Washington.

Death Wish / Un Justicier dans la ville (1974)
Death Wish / Un Justicier dans la ville (1974)
Death Wish / Un Justicier dans la ville (1974)
Death Wish / Un Justicier dans la ville (1974)
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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 00:26

La Faucheuse a finalement eu raison d'Allen Lanier, l'un des membres fondateurs du Blue Öyster Cult. Lanier s'est éteint le 14 août dernier des suites de problèmes pulmonaires...

 

 

 

 

 

 

Allen Lanier (1946-2013)
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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 16:46

Formé en 1981, Slayer ne fut pleinement reconnu à sa juste valeur qu'après la sortie de Reign In Blood, son troisième et décisif album paru en 1986, magistralement produit par Rick Rubin. Non que Show No Mercy (1983) et Hell Awaits (1985) aient constitué de piteuses offrandes, loin de là, puisqu'il s'agit indéniablement de deux œuvres essentielles emblématiques d'un style alors balbutiant, le thrash, qui repoussait loin, très loin, les limites du metal traditionnel. Les thrasheurs étaient affreux, sales et méchants, jouaient plus vite et plus fort que les groupes de heavy metal établis. Iron Maiden, le groupe de heavy le plus populaire de la décennie 80 passait soudain pour un orchestre de gentils garçons bien élevés et cultivés, de braves petits gars très présentables, finalement. Les Metallica, Anthrax, Testament et autres Megadeth, autres grands noms du thrash, ne faisaient pas l'unanimité et écorchaient carrément les oreilles des hardos "respectables" qui les trouvaient trop bruyants (un comble !), constat aggravé par des productions souvent rudimentaires, genre "enregistré dans ta cave", ou dans les égouts, ou directement en enfer... Et de Slayer, qui s'était rapidement imposé comme le plus malsain représentant de cette horde sauvage, s'exhalait une odeur méphitique. Véritable bête immonde du metal, Slayer faisait peur... Vraiment... Reign In Blood marqua d'une indélébile traînée sanglante l'histoire du metal et permit au groupe de Tom Araya (basse et hurlements), Jeff Hanneman (guitare guillotine), Kerry King (guitare épileptique) et Dave Lombardo (le John Bonham du thrash) de passer en première division. Disque culte, Reign In Blood passe pour l'un des albums les plus rapides et malsains de tous les temps. Si l'on ajoute à cela des textes éminemment sulfureux dont le plus emblématique demeure le fameux et apocalyptique Angel Of Death consacré aux "exploits" du criminel de guerre Joseph Mengele à Auschwitz, on obtient un véritable chef-d'œuvre du genre. Une réussite quasi-indépassable dont on ne peut qu'avoir du mal à se remettre et à laquelle il est difficile de donner une suite... South Of Heaven (1988), à nouveau produit par Rubin, surprit son monde lors de sa parution, le groupe ayant drastiquement ralenti le tempo, sans pour autant renoncer à ses thèmes de prédilection (guerre, mort, satanisme). En 1990 parut Seasons In The Abyss. Suite logique de ses deux prédécesseurs (1), il est souvent décrit comme la synthèse des meilleurs ingrédients de Reign In Blood et de South Of Heaven, à savoir le recours occasionnel à des tempos véloces dignes de RIB, le tout porté par l'une des plus implacables sections rythmiques du metal et les habituels solos hystériques, mais sans pour autant omettre quelques titres plus lents, générateurs d'une ambiance lourde et angoissante. Seasons permet ainsi au meilleur des deux mondes de se côtoyer, violence de Reign In Blood, chant et mélodies - tout est relatif - de South... Cela explique la réussite et la cohésion de l'ensemble. Les dix morceaux composant l'album s'enchaînent remarquablement et le soin porté aux intros force le respect de l'auditeur, sans parler de la construction des chansons - le terme n'est pas inadéquat dans la mesure où l'on peut fredonner la plupart des titres sous la douche - couplets accrocheurs, refrains imparables. Et les solos stridents des sieurs King et Hanneman s'avèrent plus efficaces, mieux intégrés aux compositions, car moins outranciers et gratuits que par le passé. La première face est impeccable, de l'offensif War Ensemble au maladif Dead Skin Mask, consacré au tueur en série Ed Gein (2), celui qui était passé maître dans l'art de confectionner des objets à base de peau humaine. Lent et obsédant, insidieux et chirurgical, Dead Skin Mask demeure l'une des plus grandes réussites du combo. Et le fabuleusement sinistre Spirit in Black, à l'imparable refrain, est à peine moins bon... La deuxième face nous propose quant à elle le brûlot Hallowed Point et le bizarre Skeletons of Society, caractérisé par des chœurs inhabituels. Après deux titres moins remarquables, Temptation et Born of Fire, bons mais pas transcendants, l'album s'achève sur l'extraordinaire morceau-titre, autre composition-phare, reposant sur une intro complexe en arpèges, signe d'une indéniable maturité musicale, permettant la création d'une ambiance épique et prenante... Certes moins radical que Reign In Blood, Seasons In The Abyss demeure l'album le plus homogène et équilibré (hum) de Slayer. Vingt-trois ans après, il a accédé au statut de "classique" absolu du metal et n'a pas pris la moindre ride, ce qui en fait une acquisition non seulement recommandée mais indispensable à tout métalleux digne de ce nom. Par la suite, le groupe ne sortirait plus d'albums d'une telle qualité, d'une telle intensité. Pire... Après avoir piteusement suivi les modes, album de reprises punk en 1996 (Undisputed Attitude ), pénible tentative néo-métallique en 1998 (Diabolus in Musica), Slayer s'est contenté de refourguer à son public ce qu'il attendait de lui, tentant de revenir à son style "classique", en moins bien, forcément (Christ Illusion)... Et on imagine mal l'ex-géant du thrash rebondir maintenant que le principal compositeur du groupe, Jeff Hanneman, nous a définitivement quittés pour le sud du paradis...

 

(1) Toujours produit par Rubin, co-produit par le groupe et Andy Wallace.

(2) Le Buffalo Bill du Silence des agneaux s'inspire aussi de ce sympathique individu, tout comme le Norman Bates de Psychose...

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 16:28

Album pourtant très populaire en son temps, quadruple platine aux États-Unis où il fut classé n°1, Tatoo You n'en demeure pas moins un Stones des plus controversés et suscite toujours, 32 ans plus tard, des réactions particulièrement vives et tranchées. Parmi ses détracteurs les plus virulents, citons Laurent Chalumeau, futur parolier de Bruel et de G-Squad, grandes références s'il en est... Pour lui, les Stones de 1981 étaient foutus, morts et enterrés depuis longtemps et il le démontrait (!) en insistant sur le fait que les deux seuls morceaux valables étaient, d'après lui, Slave et Worried About You, deux titres figurant déjà sur des bootlegs des années 70, ce qui signifiait que les Pierres étaient irrémédiablement exsangues sur le plan créatif. Il développa cette thèse dans son article "Restes" (Rock&Folk n° 177), ignorant apparemment que seuls Neighbours et Heaven ne provenaient pas des archives du groupe, détail qui anéantit irrémédiablement sa théorie toute de parti pris... Cependant, ce disque a été apprécié et défendu par des gens aussi différents et respectables que Jean-Pierre Sabouret, Philippe Manoeuvre, Xavier Bonnet et Bruno T (alias Bayon). Certains aimèrent surtout la face rapide, se réjouissant au passage de l'absence de tentatives disco. Pour ceux-là, Tatoo You demeurerait l'album du grand retour au rock, comme si Some Girls avait été un disque de bossa. D'autres préférèrent les ballades de la face B. Sans oublier ceux qui détestèrent par principe les compositions reposant sur le falsetto de Jagger. La fameuse face rock tient toujours extrêmement bien la route. Certes, tout n'est pas du niveau de l'excellent et introductif Start Me Up, dont tout le monde connaît le riff irrésistible, et qui cartonna un peu partout, morceau reggae à l'origine, et retravaillé pour sonner rock, miraculeusement sauvé par l'ingénieur du son Chris Kimsey, Keith lui ayant carrément ordonné de l'effacer, ce que Kimsey ne fit heureusement pas... L'enjoué Hang Fire - hymne à la paresse - sonne comme une version améliorée du Summer Romance de l'album précédent, Neighbours s'avère bancal, sauvé in extremis par le saxophone de Sonny Rollins et Black Limousine est un blues correct comme il en existe des tonnes. Le paillard Little T&A de Keith demeure réjouissant et nous renvoie à l'incisif Before They Make Me Run de Some Girls. Quant à Slave, il s'agit d'une jam reposant sur un excellent riff de guitare et d'excitantes parties de sax (Sonny Rollins, toujours), dans l'esprit funk et dansant de l'album Black And Blue, sur lequel il aurait pu figurer, même s'il s'avère aussi réminiscent du Can't You Hear Me Knocking de Sticky Fingers... La face B - comme "ballades" - constitue un véritable tour de force dans la mesure où demander à un amateur de rock de s'envoyer cinq loukoums d'affilée relève de l'exploit, a fortiori lorsqu'il s'agit d'un fan des Stones... Pourtant, tout cela passe comme une lettre à la poste, grâce à la qualité intrinsèque des compositions - pas un déchet - et à l'impressionnant travail effectué par l'ingénieur du son Bob Clearmountain, que l'on retrouverait l'année suivante sur le merveilleux Avalon de Roxy Music. Si Tops et No Use In Crying restent deux honnêtes réussites, transcendées par l'interprétation hors pair de Jagger, tout reposant ici sur sa voix, le reste est encore meilleur. Waiting On A Friend nous renvoie au délicieux Sittin' On A Fence de Flowers et la fantastique prestation de Rollins nous ouvre les portes du paradis. À propos de paradis, Heaven mérite pleinement son titre, rythmique flottante, envoûtante, chant en falsetto, chœurs séraphiques plongeant l'auditeur dans un état proche de l'ataraxie, "dans des contrées insanes, nébuleuses et étouffées, balancées comme une larme de lait dans une tasse de thé transparente (lorsque le lait part en lambeaux liquides sans encore se mêler au thé), des régions indécises et estompées. Le paradis du bruit. Là où le son s'esquisse sans vraiment se poser. Là où les timbres et les cordes fuient, là où il n'est plus question de chansons ni de tubes mais d'atmosphères. Une par plage, une pour l'ensemble de la face. Qui, de fait, s'écoute facilement comme un album à part." (1) Worried About You, autre sommet du disque, permet à Jagger de s'en donner à cœur joie, celui-ci nous refaisant le coup de Emotional Rescue (le morceau, pas l'album), jouant avec sa voix, passant de l'aigu au grave, tour à tour inquiet et hargneux, sur fond de piano électrique, le tout basé sur un habile crescendo... Il faudra attendre 1994 et l'excellent Voodoo Lounge pour retrouver les Stones à un tel niveau, même si la période 83/89, certes inégale, n'est pas aussi mauvaise que le prétendent certains.

(1) Bruno T, Rock&Folk n° 177 (octobre 1981), "Satisfaction", pages 62, 64.

 

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