Jeudi 3 mars 2011 4 03 /03 /Mars /2011 00:51

motley-crue-motley-crue

 

 

 

          Généralement, un album sans autre titre que le nom de son auteur (1) est censé constituer la substantifique moelle d'un groupe ou d'un artiste, son oeuvre la plus caractéristique, la plus emblématique (2)... 

          Le Mötley cuvée 1994 n'est, quant à lui, nullement représentatif du style du célèbre groupe américain. Et pour cause : il a, d'une part, été enregistré sans Vince Neil, le chanteur attitré du combo, viré quelque temps auparavant (3); il est, d'autre part, caractérisé par toute une série d'emprunts évidents sur lesquels nous reviendrons ultérieurement...

          Avant d'aller plus loin, rappelons aux incultes que le Crüe fut l'un des groupes les plus populaires des années quatre-vingts, ses cinq albums précédents s'étant vendus par millions tant aux Etats-Unis que dans le reste du monde. Vince Neil, Tommy Lee (batterie), Mick Mars (guitare) et leur leader Nikki Sixx (basse) réussirent à s'imposer grâce à un savant cocktail de sexe, de drogue(s) et surtout de rock'n'roll...

          Le cinquième Mötley Crüe, l'excellent Dr. Feelgood (1989), connut un tel succès que la maison de disques Elektra accepta de signer le combo pour pas moins de 25 millions de dollars de l'époque.

          Cependant, le départ de Vince Neil et les changements drastiques survenus dans le monde merveilleux du rock américain du début des années quatre-vingt-dix (4) modifièrent complètement la donne. Le vent avait définitivement tourné pour les groupes de hard-rock de la décennie précédente. Le nouveau mot d'ordre était : "Brûle ce que tu as adoré ! " Les clodos en jeans déchirés et chemises à carreaux remplacèrent les glammeurs permanentés.

Il n'y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne, comme disaient les Anciens.

          Le groupe se remit cependant au travail. Le producteur Bob Rock qui avait fait des miracles sur Dr. Feelgood fut rappelé. Et ce fut l'obscur John Corabi qui eut l'honneur de succéder au péroxydé Neil, Corabi dont le précédent groupe avait pour nom The Scream... Tout un programme...

Screams and rock... Ou Screaming Rock...Voilà qui définirait bien le résultat de ces enregistrements...

          La facette fun et ensoleillée de Mötley a complètement disparu, laissant place à un heavy rock sombre, puissant et inspiré. S'il est vrai que j'aime Vince et sa voix de canard, je n'en suis pas moins fortement impressionné par les capacités vocales de Corabi. Ses intonations spectrales et maléfiques planent au-dessus des riffs hargneux d'un Mars méconnaissable et de la frappe lourde et menaçante de Lee. De plus, le nouveau screamer est aussi un bon guitariste dont le jeu enrichit remarquablement le son du groupe.

          Les douze compos de l'album se révèlent toutes mémorables. Pas un déchet ! Et tel le Black Sabbath de Heaven And Hell (5), le groupe sonne revitalisé, métamorphosé... Rajeuni...

Power To The Music constitue un idéal premier morceau et fait figure de profession de foi définissant à la perfection l'esprit du disque. Jamais le groupe n'avait sonné ainsi, autre point commun avec le Sab' de Heaven And Hell. Une intro nerveuse et syncopée et un Corabi impressionnant de rage et de feeling...  Suit l'excellent Uncle Jack qui s'enchaîne brillamment au remarquable Power To The Music, comme si l'un et l'autre constituaient les deux faces d'une même médaille. De tels enchaînements sont rares et je me vois contraint de renvoyer le lecteur au génial Rocks (1976) des non moins géniaux Aerosmith pour lui donner une idée de la chose (6). Ajoutons, puisqu'on cause d'Aero' , que le sujet de Uncle Jack se rapproche étonnamment de celui du Uncle Salty du Smith (7) puisqu'il s'agit dans les deux cas d'une chanson traitant de l'enfance maltraitée.

Hooligan's Holiday, le premier single qui donnera lieu à un clip mémorable, continue dans la même veine violente et sans concessions que Power To The Music. Il n'est d'ailleurs pas sans présenter de nettes similitudes avec Hammered, le septième morceau, tant au niveau du riff que des lignes de chant du chanteur. Ajoutons que ce Hammered n'est pas sans présenter une ressemblance troublante avec le Gypsy de Deep Purple (album Stormbringer, 1974) dont il réutilise le riff principal (approximativement à partir de deux minutes trente).

L'influence d'Aerosmith est présente sur Poison Apples et Welcome To The Numb, notamment au niveau des choeurs. Pour tout dire, on a parfois l'impression d'entendre des inédits de Pump (1989), ou mieux de Rocks.

L'excellent Till Death Do Us Part (titre de travail de l'album et franchement ironique quand on connaît la suite des événements) continue dans cette veine, dans la mesure où l'on a carrément l'impression de redécouvrir le riff de Nobody's Fault du Smith, à partir de la vingtième seconde. A ces évidentes influences s'ajoute l'empreinte de Black Sabbath, vu la lourdeur du morceau.

Sur Droppin' Like Flies, le groupe réutilise le riff caractéristique de Solar Angels, l'une des chansons de Point Of Entry (1981) de Judas Priest.

Et le brûlot du disque, Smoke The Sky, hymne à la fumette, reprend sans vergogne un autre riff fameux, celui de Caught In A Mosh d'Anthrax (sur Among The Living, 1987).

Quelques ballades pleines de feeling et d'émotion aèrent l'ensemble et permettent à Corabi de mettre sa superbe voix en valeur. Misunderstood se révèle très réussie et évoque par moments Led Zep. Loveshine dégage une authenticité de bon aloi mais manque cependant d'un refrain imparable. Quant à Driftaway, elle clôt agréablement ce sixième Mötley...

          Véritable patchwork d'influences avouées (Aerosmith, Black Sabbath, Led Zeppelin), et d'emprunts évidents, conscients ou non, cet éponyme n'en demeure pas moins excellent et constitue sans problème l'une des meilleures sorties discographiques de 1994 (8).

          Si les critiques furent positives, nombre de détracteurs passés du groupe lui trouvant enfin des qualités, le Mötley Crüe nouveau ne parvint toutefois pas à s'imposer auprès du public et finit péniblement disque d'or aux Etats-Unis (500 000 exemplaires écoulés), alors que ses précédents efforts s'étaient écoulés en moyenne à plus de deux millions d'exemplaires, Dr. Feelgood ayant même dépassé les six millions de copies vendues.  

Conséquence de l'échec de l'album et de la tournée, rapidement annulée : le Crüe se sépara de l'excellent Corabi (9) et se rabibocha avec Vince Neil, ce qui permit à ce beau monde de renouer avec succès avec son public de glam-lovers, lors de tournées fortement médiatisées et très lucratives.

 

 

 

 

 

 

 

 

1) Un album éponyme, comme disent les gens cultivés... 

2) Par exemple, les premiers Led Zeppelin, Eagles, Kiss, Van Halen, Black Sabbath, Blue Öyster Cult... La liste n'est évidemment pas exhaustive...

3) Début 92...

4) Une terrible maladie nommée "grunge".

5) Premier album du Sab' à être enregistré sans le légendaire Ozzy Osbourne, celui-ci ayant cédé la place au fabuleux (et regretté) Ronnie James Dio.

6) Rocks est un album dont les morceaux s'agencent et se succèdent de manière si évidente, si miraculeuse, même, qu'on ne saurait imaginer un autre tracklisting.

7) Sur Toys In The Attic (1975), déjà disséqué en ces lieux.

8) Au même titre que le mésestimé The Last Temptation d'Alice Cooper.

9) Celui-ci s'acoquina par la suite avec l'ex-Kiss Bruce Kulick, puis rejoignit le Eric Singer Project (toujours la Kiss' connection), avant de devenir temporairement le chanteur de Ratt...

Un sacré gâchis à l'arrivée...

Par Grisé - Publié dans : Musique
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Lundi 28 février 2011 1 28 /02 /Fév /2011 13:46

fury

 

 

 

          Après l'énorme succès de son adaptation de Carrie de Stephen King (Carrie au bal du diable - 1976), Brian De Palma aurait souhaité récidiver avec un autre roman, L'Homme démoli (The Demolished Man) de l'écrivain de science-fiction Alfred Bester. Nul doute que cette oeuvre décrivant un monde futur dans lequel évoluent des policiers télépathes aurait permis à De Palma de s'en donner à coeur joie. Malheureusement, il n'était pas évident, en 1978, de mener à bien et de financer décemment un projet aussi ambitieux, et ce dernier aurait immanquablement été voué à l'échec, ne serait-ce que sur le plan technique, les effets spéciaux de l'époque ne permettant pas forcément de réaliser des miracles.

          Le réalisateur préféra alors opter pour un sage compromis, à savoir l'adaptation d'un roman de John Farris, The Fury (1976), dont l'action se déroule dans un environnement contemporain, mais qui s'intéresse au destin de jeunes gens pouvant rappeler Carrie White, l'héroine du film précédent, ceux-ci possédant eux aussi des pouvoirs télékinésiques, et même, cette fois, des dons de télépathie.

Autre lien avec Carrie, la présence dans Furie de Amy Irving, qui tenait le rôle de Sue Snell,  la seule survivante du massacre final. Cette fois, elle incarne Gillian Bellaver, ironiquement affublée ici de pouvoirs tout aussi destructeurs que ceux de Mlle White.

Le reste de la distribution n'est pas en reste, dans la mesure où De Palma a réussi à utiliser les services de deux acteurs réputés, Kirk Douglas et John Cassavetes, qui ne sont pas pour rien dans l'intérêt du film.

Si l'on ajoute que la bande originale est signée par un John Williams inspiré qui crée une musique superbe, non seulement prenante mais pleine d'une noirceur intérieure annonciatrice de la tragédie finale, partition évoquant par instants le lugubre poème symphonique L'Île des morts de Sergei Rachmaninoff, on se dit que, décidément, De Palma a mis tous les atouts dans sa manche.

 

          Le sujet du film se révèle fort simple. Peter Sandza (Kirk Douglas) est un agent secret travaillant pour une mystérieuse officine gouvernementale. Ben Childress (John Cassavetes) et lui forment un duo qui semble uni comme les doigts de la main. Leur collaboration touche cependant à sa fin, Sandza ayant choisi de quitter le Moyen-Orient et de retourner aux Etats-Unis. En effet, il a décidé de donner la priorité à son fils Robin (Andrew Stevens), celui-ci semblant être "différent", même si la nature exacte de cette "différence" ne nous est pas immédiatement révélée. En apparence, Robin est un adolescent comme les autres. Tout ce que l'on sait, c'est qu'il s'apprête à intégrer l'institut Paragon, une école tenue par le docteur McKeever (Charles Durning) et spécialement destinée à accueillir les gens comme lui.

          C'est alors qu'une violente attaque terroriste sépare le père et le fils. Le garçon, persuadé que son père a trouvé la mort, est évacué par les hommes de Childress. En réalité, il s'agit d'un coup monté orchestré par Childress, son objectif étant de tuer Peter et de s'emparer de Robin, dont les étranges pouvoirs psychiques intéressent de très près la mystérieuse agence (qui annonce entre autres avec quinze ans d'avance les délires complotistes de Chris Carter). Mais Peter a échappé miraculeusement à la mort et découvre le pot aux roses. Il a le temps de faire feu sur celui qui l'a trahi, le blessant gravement au bras, membre qui sera dorénavant paralysé.

          A partir de là, Peter n'a plus qu'un seul but : retrouver son fils et le sauver des griffes de Childress et de sa clique.

          Sans éventer l'intrigue, on a logiquement droit à une première partie qui nous montre un Peter Sandza déterminé à échapper à tout prix à ses anciens amis, chose relativement aisée, puisqu'il maîtrise à la perfection les arcanes du métier et excelle dans le domaine du camouflage, tout comme  l'agent Ethan Hunt de Mission Impossible (1996), placé dans une situation similaire. Il fait notamment appel à Raymond Dunwoodie (William Finley, l'immortel Winslow Leach de Phantom of the Paradise), un détective privé doté de pouvoirs médiumniques qui lui permettra de découvrir Gillian Bellaver, une jeune fille possédant les mêmes dons que Robin, la seule à être en mesure de retrouver ce dernier. C'est par l'intermédiaire d'une séquence mettant en scène une foule considérable d'estivants, dans laquelle le spectateur attentif reconnaîtra peut-être un certain James Belushi, que nous seront révélés les pouvoirs de Gillian. En effet, celle-ci parvient, malgré l'affluence considérable, à repérer le manège de Dunwoodie et surtout à apprendre ses nom et prénom grâce à ses pouvoirs télépathiques. Ce passage annonce aussi la suite, notamment le lien psychique qui l'unira à Robin dont elle percevra les émotions à distance.

          Cette première partie contient aussi une poursuite de voitures un peu pataude, n'est pas Friedkin qui veut, qui nous permettra cependant de voir un tout jeune mais prédestiné Dennis Franz dans le rôle d'un flic, ce même Franz que nous retrouverons dans la peau du "délicat" inspecteur Marino de Pulsions (1980) et, bien plus tard, dans la série policière NYPD Blue.

          La seconde partie permet à De Palma de mettre l'accent sur Gillian, qui intègre la fameuse école du docteur McKeever dont il a déjà été question plus haut, et découvre progressivement l'étendue de ses immenses pouvoirs, dont l'utilisation incontrôlée peut avoir des conséquences terribles, provoquant notamment de terribles saignements chez les gens qu'elle touche. Gillian devient aussi une sorte de récepteur captant les angoisses de Robin, son double, qu'elle tient absolument à rencontrer.

          De son côté, le garçon va très mal, les expériences éprouvantes qu'il subit et les doses massives de drogue qu'on lui fournit mettant à mal son psychisme. En fait, Robin sombre lentement mais sûrement dans la folie. Il devient même de plus en plus incontrôlable. Les scientifiques auxquels il sert de cobaye lui ayant fait revivre la scène de l'attaque initiale (qui avait été filmée), il va se servir de son pouvoir pour tuer un groupe d'Arabes en costumes traditionnels qui s'amusent gentiment dans un parc d'attractions, tout simplement parce qu'ils lui rappellent inconsciemment les terroristes du début.  

Cette métamorphose de Robin se révèle absolument terrifiante et augure du pire pour la suite, d'autant plus que même sa maîtresse, le docteur Susan Charles (Fiona Lewis), ne parvient plus à le calmer. Le jeune homme lui inflige d'ailleurs des scènes de jalousie de plus en plus violentes.

          Pendant ce temps, Peter, aidé par son amie Hester (Carrie Snodgress), tente d'organiser l'évasion de Gillian, celle-ci étant sur le point de tomber sous la coupe de l'infâme Childress.  

Mais les efforts des uns et des autres, notamment ceux du père pour retrouver son fils, et de la jeune fille pour découvrir son "double", ne feront que précipiter les événements, la mort accidentelle de la malheureuse Hester n'étant que le prélude à une fin particulièrement sombre, permettant au génial Rick Baker de concevoir d'astucieux effets spéciaux on ne peut plus gores.

Gillian utilisera alors ses pouvoirs en pleine connaissance de cause et les résultats seront terribles...

 

         

          Film mineur pour les uns qui lui reprochent sa longueur et un certain manque de rythme, oeuvre sous-estimée pour les autres, Furie n'en constitue pas moins un astucieux mélange d'espionnage et de fantastique, reprenant divers thèmes populaires dans les seventies, en particulier celui de la perception extra-sensorielle. Un tel cocktail d'éléments ordinairement disparates était d'ailleurs peut-être trop prématuré pour déchaîner les passions à l'époque...

Si l'affrontement Douglas / Cassavetes se révèle prenant, ce dernier campant un méchant très réussi, presque aussi mémorable que le Guy Woodhouse de Rosemary's Baby, le principal intérêt du film réside dans le sort, cruel, réservé par la société à ceux qui se révèlent différents. Comme le déclare le docteur McKeever : "Ce qu'une culture ne peut assimiler, elle le détruit..."

 

 

 

 

 

 

Scènes mémorables :

- l'évasion de la Gillian, filmée au ralenti et sublimée par la musique de John Williams.

- le déchaînement des pouvoirs de Robin au parc d'attractions.

- l'ultime confrontation entre Robin et sa maîtresse.

- la fabuleuse scène finale entre Irving et Cassavetes.

 

 

 

Par Grisé - Publié dans : Films
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Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 22:24

stranglerslafolie

 

 

 

          Neuf mois après l'étonnant et controversé The Gospel According To The Meninblack, les sinistres Stranglers sont de retour avec La Folie, l'un de leurs meilleurs albums, de ceux susceptibles de marquer durablement certains jeunes esprits pas si influençables que cela...

La Folie, conséquence ultime mais logique d'un amour trop grand, trop violent.

Ne nous fions pas aux apparences : sous leurs airs patibulaires, Cornwell, Burnel, Greenfield et Black sont de grands romantiques, des amoureux transis capables de sublimes fulgurances  et dans chacune des onze remarquables compositions de cet album se dissimule une ode à l'amour fort et authentique.

         A l'origine du disque, une autre forme d'"amour", l'appât du gain de la maison de disques, désireuse d'obtenir une collection de "tubes", histoire de se remettre de l'échec commercial du précédent, ce Gospel..., décidément maudit et incompris...

D'où la présence de Tony Visconti aux côtés de  James Churchyard et de nos quatre esthètes.

Qu'il est loin le temps du cinglant Rattus Norvegicus. Depuis 1977, la musique du groupe n'a cessé de s'enrichir et de s'affiner.

Difficile de décrire le son Stranglers en 1981 : sur une rythmique pesante et implacable se greffent de brumeux synthés "londoniens" accompagnés de guitares acidulées évoquant l'Espagne. Une voix grave et inquiétante se pose sur cette singulière instrumentation et la magie Stranglers peut alors s'installer.

A vrai dire, ceux-ci nous content ici de bien curieuses histoires, à commencer par celle de la religieuse de Non Stop Nun, qui a le meilleur de tous les amants, et qui ne sera jamais vôtre...

Des refrains glauques, malsains, s'insinuent dans les tréfonds de nos malheureux encéphales : celui, effrayant, de Let Me Introduce You To The Family, "I love the family", ou encore celui de Everybody Loves You When You're Dead, merveille de cynisme. Le mémorable The Man They Love To Hate, à la rythmique hypnotique, caractéristique de ce groupe que les éminents critiques rock aimaient tant détester, n'est pas en reste. 

Et dans le superbe Tramp, on s'interroge sur la vie amoureuse de ce vagabond ridé. Y a-t-il eu une femme dans sa vie, autrefois ? Lui manque-t-il ? De toute façon, quelle importance, maintenant, dans ce morne paysage de neige ?

          Tout est bon pour étudier l'amour et ses diverses et surprenantes déclinaisons. Un tango, idéal pour rapprocher les gens et propice à la formation de couples (It Only Takes Two To Tango). Une valse... Golden Brown et son atmosphère éthérée de petit matin brumeux, merveilleuse chanson qui deviendra le plus inattendu des tubes (N°2 en Grande-Bretagne), peu d'auditeurs ayant, semble-t-il, décrypté les références à une autre histoire d'amour, celle  qui unit Hugh Cornwell et l'héroïne...

Des synthés cristallins introduisent alors la chanson-titre, assurément l'un des sommets du disque, mais peinent cependant à couvrir la basse menaçante de Jean-Jacques Burnel. La Folie et ses paroles en français permettent à l'Ange du bizarre de côtoyer le Démon de la perversité. Ne prenez jamais d'auto-stoppeur... "Bonsoir, ton véhicule n'a pas l'air d'avoir de passager. Peux-tu, veux-tu me recevoir sans trop te déranger ?" Tout cela n'est que le prélude à l'acte amoureux ultime, celui consistant à déguster l'être aimé, les Stranglers s'inspirant ici des frasques du Japonais Issei Sagawa qui dévora partiellement sa dulcinée après l'avoir assassinée, terrible fait divers qui inspira aussi les Stones de Too Much Blood...

How To Find True Love And Happiness In The Present Day ?, la dixième piste de l'album, pose ainsi la question existentielle ultime...

Près de trente ans après, La Folie demeure un intemporel disque de saison, automnal à souhait... S'il permit au groupe de renouer avec le succès commercial, il demeure surtout la preuve qu'il y a une vie après le punk et témoigne de la surprenante capacité de nos Anglais à créer de troubles et superbes atmosphères spleenétiques.

Suave perversité... Un album à aimer passionnément... Á la folie...


Par Grisé - Publié dans : Musique
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Dimanche 13 février 2011 7 13 /02 /Fév /2011 00:22

PRINCE85

 

 

                                                                                                                                                                                                                            L'une de mes répliques préférées des Aventuriers de l'Arche perdue demeure celle que lance un Indiana Jones excédé à son adversaire René Belloq lorsque ce dernier évoque son intention de communiquer directement avec Dieu par l'intermédiaire de la fabuleuse Arche d'alliance :

- Vous voulez parler à Dieu ? Eh bien, allons le voir ensemble, je n'ai rien de mieux à faire (1) !

Tout comme Belloq (2), Prince s'est adressé à Dieu et celui-ci a même pris la peine de lui répondre. Il y a dans Temptation, neuvième et dernier titre de ce Around The World In A Day, un passage hallucinant dans lequel notre satyre chantant hurle son désir d'obtenir une partenaire, là, tout de suite, et notre homme Prince, c'est bien connu, n'a rien d'un amant platonique.

C'est alors que retentit la grosse voix de Dieu le père qui lui déclare que ce n'est pas ainsi que les choses fonctionnent, stupide humain, et qu'il lui faut la désirer pour les bonnes raisons, et seulement pour les bonnes raisons...

"C'est ce que je fais !", s'emporte notre Priape en herbe, excédé.

Et Dieu de lui répondre: "Non, meurs maintenant !"

Prince, ne souhaitant visiblement pas finir comme l'infortuné René Belloq (3) se fait soudain suppliant et demande au Seigneur de l'épargner et de le laisser partir. Parce qu'il a compris la leçon. Dorénavant, il sera bon, il le promet (4).  

Cela ne va d'ailleurs pas sans contredire les préceptes de l'excellent Machiavel qui écrivit en son temps :

"Il faut donc qu’un prince qui veut se maintenir apprenne à ne pas être toujours bon, et en user bien ou mal, selon la nécessité (5)."

Mais dans la situation qui était alors la sienne, comment diable Prince aurait-il pu se maintenir ? La miraculeuse pluie violette de l'année précédente avait métamorphosé l'avorton funky à l'esprit salace en rockstar planétaire. Déjà énorme aux Etats-Unis où le double 1999 avait fini quadruple platine, Purple Rain (l'album mais aussi la tournée et le film) avait été un monstrueux carton partout, à l'exception d'un certain pays européen dont l'actuel président est connu pour ses points communs avec notre artiste (6). Et ce qui frappe avant tout, même aujourd'hui (7), c'est la rapidité avec laquelle le Kid de Minneapolis sortit ce nouvel opus, moins de dix mois après le triomphe planétaire de Purple Rain (8)...

 

La pochette bariolée dans le style psychédélique des sixties semble annoncer un étonnant virage musical. Le verso nous montre l'Échelle de Jacob s'élançant dans les cieux. L'album sera à la fois baba et mystique...

Les premières notes du morceau-titre, flanqué de flûtes évoquant certains passages du David Live (1974) de Bowie, confirment cette impression initiale. Chant incantatoire, choeurs féminins béats, arrangements tordus, ce n'est qu'au bout de deux minutes trente que retentissent les petits cris aigus typiques du Prince Rogers Nelson.

Au coeur de la première face se cache aussi un étonnant Condition Of The Heart... Piano envoûtant générant une ambiance nébuleuse et prenante... Le temps suspend son vol durant près de trois minutes... Le chanteur se lance alors dans une complainte terrassante...

Et le funky Tamborine et sa batterie décalée, obsédante, closent la première partie de ce tour du monde en neuf titres.

A vrai dire, ce sont surtout les morceaux deux et quatre que l'on retiendra, à savoir Paisley Park et Raspberry Beret, qui donnèrent lieu à des 45 tours mémorables. Tous deux débutent par d'énergiques et enjoués "one two, one two three".

De par son évidence et sa construction parfaite, l'imparable Paisley Park a tout de la chanson pop ultime et évoque étonnamment ce que faisaient les Beatles et les Kinks dans les sixties, ce qui ne l'empêche pas d'être totalement intemporelle par d'autres aspects. Brillante en 1985, elle pourrait sortir telle quelle en 2011 et tout le monde s'extasierait.

Le génial Raspberry Beret, gros succès en son temps (N°2 US), n'a d'ailleurs rien à lui envier avec ses riffs de violons entêtants et ses couplets irrésistiblement pop. Encore une vraie bonne chanson à la mélodie impeccable.

Le reste du périple se révèle, hélas, moins glorieux. La face B, même si elle n'a rien de honteux, ne tutoie pas vraiment les étoiles. Le rythmé America manque d'évidence et vaut surtout pour ses arrangements de synthés malins. Pop Life donne dans une sorte de nonchalance de bon aloi mais n'a rien d'inoubliable.

The Ladder, l'une des deux chansons (avec la première) où l'on retrouve la patte de John Lewis Nelson, le père du prodige et musicien de jazz à ses heures, ne contribue pas à nous mener aux sommets de l'extase... un comble vu le titre...

 

Le disque s'achève sur ce Temptation aux paroles grotesques et risibles dont il a été question plus haut. Certes brouillon et parfois décousu, il s'écoute cependant sans déplaisir, à condition (of the heart ?) de faire abstraction de l'intervention divine finale, grâce à ses  guitares distordues et à son saxophone.

 

          S'il ne rivalise nullement avec la perfection de Purple Rain, Around The World In A Day n'en demeure pas moins un disque courageux et attachant, certainement l'une de mes offrandes princières préférées. Notons que cet album difficile, sorti sans grande pompe, connut malgré tout un joli succès commercial et atteignit la première place du Billboard (9).

 

(1) "You want to talk to God ? Let's go see him together, I've got nothing better to do."

(2) Never mind the Belloq...

(3) Je vous renvoie à la fin spectaculaire de l'excellent film de Spielberg.

(4) Tout cela est absolument authentique. Voici d'ailleurs les paroles de la chanson en question :

A lover
I need a lover, a lover, I need a... right now
U, I want U
I want U in the worst way
I want U

Oh silly man, that's not how it works
U have 2 want her 4 the right reasons
I do!

U don't, now die!

No! No!
Let me go, let me go
I'm sorry
I'll be good
This time I promise

Love is more important than sex
Now I understand
I have 2 go now
I don't know when I'll return
Goodbye

(5) Nicolas Machiavel, Le Prince, chapitre XV.

(6) Les talonnettes, bien sûr...

(7) Surtout aujourd'hui...

(8) Purple Rain sortit officiellement le 25 juin 1984 et Around The World In A Day vit le jour le 22 avril 1985.

(9) Il devint double disque de platine aux Etats-Unis, ce qui n'est pas rien, même si l'on demeure loin des treize millions de son prédécesseur.


Par Grisé - Publié dans : Musique
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Vendredi 11 février 2011 5 11 /02 /Fév /2011 20:06

hall&oates

 

 

En 1972, Daryl Hall et John Oates sont encore très loin de se douter que dans moins de dix ans, ils deviendront  l'un des duos les plus populaires de tous les temps (1), avec à leur actif une impressionnante série d'albums à succès, Voices (1980), Private Eyes (1981), H2O (1982) et Big Bam Boom (1984).

Pour l'instant, ce ne sont que de parfaits inconnus qui ont cependant la chance de graviter autour de Kenneth Gamble, fondateur avec Leon A. Huff du mythique label Philadelphia International Records en 1971. Ses accointances permirent notamment à Hall de participer à nombre de sessions d'enregistrements avec les Stylistics, Joe Simon et les Three Degrees. Quant à John Oates, Kenneth Gamble l'utilisait essentiellement pour ses talents d'accordéoniste !

Une fois le duo formé, les deux compères enregistrèrent une foultitude de démos avant d'être signé par Atlantic, et ce n'est qu'en 1972 que parut leur premier disque judicieusement intitulé Whole Oats (2).

La pochette n'est pas sans évoquer la version censurée de Sticky Fingers (3).

 

 

stickyfingers

 

 

Autre point commun avec les Stones, la présence du grand Arif Mardin à la production que l'on retrouvera plus tard sur Black And Blue (4).

Whole Oats demeure l'une des oeuvres les plus méconnues du duo et n'est en aucun cas un chef-d'oeuvre impérissable. Ce premier effort ne prétend nullement être un grand album, l'un de ces indispensables qui encombrent ces fameuses listes des meilleurs disques de ceci ou de cela que la presse rock nous concocte depuis près de vingt ans, faute d'une actualité excitante...

Les fans de la machine commerciale que devinrent ultérieurement Hall & Oates ne trouveront pas vraiment leur compte à l'écoute de ces onze plages : en effet, on cherchera en vain le moindre tube instantané susceptible de chauffer les pistes de danse : pas de I Can't Go For That ou de Maneater ici...

Non, rien qu'un recueil de chansons aux ambiances éthérées, un album à l'ancienne amoureusement concocté par deux passionnés de musique noire et de folk. Un disque distillant des atmosphères ouatées (Oatées ?) et vaporeuses qui vous emportent à mille lieues des lourdeurs insupportables du quotidien. Le remède idéal après une fichue journée de boulot...

Un peu de soul sur l'introductif I'm Sorry (5) ou encore sur le remarquable Fall In Philadelphia qui gagnerait vraiment à être plus connu.

Et aussi nombre de ballades touchantes, faisant la part belle à l'introspection comme le touchant Waterwheel ou l'émouvant Lazyman.

Les voix déjà magiques des deux lascars magnifiées par les arrangements discrets mais superbes de Mardin font de ce Whole Oats un régal pour les oreilles. Le dernier morceau, Lily (Are You Happy), propose des parties de violons plus envahissantes mais point étouffantes.

Un disque mineur, assurément, mais éminemment attachant car Whole Oats dégage une sincérité et une authenticité prenantes.

Sa pureté, son innocence, typiques des premières oeuvres, achèvent même de me le rendre indispensable...  

 

 

 

 

 

(1) Peut-être même LE duo le plus populaire de tous les temps, si on s'en tient aux seules ventes.

(2) Whole Oats, avoine complète, mais aussi, phonétiquement, Hohl, vrai nom de Hall, et Oats : Hohl & Oates.

(3) La pochette originale signée Warhol fut censurée dans l'Espagne de Franco et remplacée par ces doigts sortant d'une boîte de conserve. Le plus drôle étant que la version espagnole s'avère encore plus craignos que la célèbre braguette du père Andy...

(4) Cf. les surprenants arrangements de Melody.

(5) Compo reprise par Justin Hayward des Moody Blues en 1980.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Grisé - Publié dans : Musique
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