Vendredi 11 février 2011 5 11 /02 /Fév /2011 20:06

hall&oates

 

 

En 1972, Daryl Hall et John Oates sont encore très loin de se douter que dans moins de dix ans, ils deviendront  l'un des duos les plus populaires de tous les temps (1), avec à leur actif une impressionnante série d'albums à succès, Voices (1980), Private Eyes (1981), H2O (1982) et Big Bam Boom (1984).

Pour l'instant, ce ne sont que de parfaits inconnus qui ont cependant la chance de graviter autour de Kenneth Gamble, fondateur avec Leon A. Huff du mythique label Philadelphia International Records en 1971. Ses accointances permirent notamment à Hall de participer à nombre de sessions d'enregistrements avec les Stylistics, Joe Simon et les Three Degrees. Quant à John Oates, Kenneth Gamble l'utilisait essentiellement pour ses talents d'accordéoniste !

Une fois le duo formé, les deux compères enregistrèrent une foultitude de démos avant d'être signé par Atlantic, et ce n'est qu'en 1972 que parut leur premier disque judicieusement intitulé Whole Oats (2).

La pochette n'est pas sans évoquer la version censurée de Sticky Fingers (3).

 

 

stickyfingers

 

 

Autre point commun avec les Stones, la présence du grand Arif Mardin à la production que l'on retrouvera plus tard sur Black And Blue (4).

Whole Oats demeure l'une des oeuvres les plus méconnues du duo et n'est en aucun cas un chef-d'oeuvre impérissable. Ce premier effort ne prétend nullement être un grand album, l'un de ces indispensables qui encombrent ces fameuses listes des meilleurs disques de ceci ou de cela que la presse rock nous concocte depuis près de vingt ans, faute d'une actualité excitante...

Les fans de la machine commerciale que devinrent ultérieurement Hall & Oates ne trouveront pas vraiment leur compte à l'écoute de ces onze plages : en effet, on cherchera en vain le moindre tube instantané susceptible de chauffer les pistes de danse : pas de I Can't Go For That ou de Maneater ici...

Non, rien qu'un recueil de chansons aux ambiances éthérées, un album à l'ancienne amoureusement concocté par deux passionnés de musique noire et de folk. Un disque distillant des atmosphères ouatées (Oatées ?) et vaporeuses qui vous emportent à mille lieues des lourdeurs insupportables du quotidien. Le remède idéal après une fichue journée de boulot...

Un peu de soul sur l'introductif I'm Sorry (5) ou encore sur le remarquable Fall In Philadelphia qui gagnerait vraiment à être plus connu.

Et aussi nombre de ballades touchantes, faisant la part belle à l'introspection comme le touchant Waterwheel ou l'émouvant Lazyman.

Les voix déjà magiques des deux lascars magnifiées par les arrangements discrets mais superbes de Mardin font de ce Whole Oats un régal pour les oreilles. Le dernier morceau, Lily (Are You Happy), propose des parties de violons plus envahissantes mais point étouffantes.

Un disque mineur, assurément, mais éminemment attachant car Whole Oats dégage une sincérité et une authenticité prenantes.

Sa pureté, son innocence, typiques des premières oeuvres, achèvent même de me le rendre indispensable...  

 

 

 

 

 

(1) Peut-être même LE duo le plus populaire de tous les temps, si on s'en tient aux seules ventes.

(2) Whole Oats, avoine complète, mais aussi, phonétiquement, Hohl, vrai nom de Hall, et Oats : Hohl & Oates.

(3) La pochette originale signée Warhol fut censurée dans l'Espagne de Franco et remplacée par ces doigts sortant d'une boîte de conserve. Le plus drôle étant que la version espagnole s'avère encore plus craignos que la célèbre braguette du père Andy...

(4) Cf. les surprenants arrangements de Melody.

(5) Compo reprise par Justin Hayward des Moody Blues en 1980.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Grisé - Publié dans : Musique
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Jeudi 10 février 2011 4 10 /02 /Fév /2011 16:43

frehley'scomet

 

 

 

Ace Frehley ! Ace le Spaceman... Ace, le mythique guitariste de Kiss... Ace le miraculé, Ace le survivant ! Le membre le plus rock'n'roll du groupe, avec son mode de vie déjanté et nihiliste. Un accidenté de la vie. Un mec intègre qui faisait un peu tache à côté du très mercantile Gene Simmons...

En 1987, Ace a quitté Kiss depuis déjà cinq ans. Paradoxalement, et alors que son album solo de 1978 avait connu un réel succès commercial (1),  on ne peut pas dire qu'il ait  énormément fait parler de lui durant cette assez longue période qui vit ses ex-compagnons de jeu sortir plusieurs disques.

Frehley's Comet voit le jour en juillet 1987 et précède de quelques mois  le Crazy Nights du Baiser.

Entouré d'un groupe constitué du batteur Anton Fig (2), du bassiste John Regan et du chanteur/guitariste/claviériste Tod Howarth, ex-membre du groupe 707, Ace nous propose un  Hard US basique, le tout étant co-produit par le mythique Eddie Kramer, l'homme des Alive!, Rock'n'Roll Over, Love Gun et du premier Frehley solo.

Si l'on excepte le remuant et très réussi Breakout, co-écrit par Eric Carr, et chanté par Tod Howarth, les titres les plus convaincants sont ceux entonnés par Frehley, à savoir le carré et autobiographique Rock Soldiers qui ouvre les hostilités, l'efficace Love Me Right, basé sur un riff très zeppelinien, Stranger In A Strange Land, direct et déjanté, avec son excellent riff typiquement frehleyien et We Got Your Rock, plus facile et au refrain plus pop.

L'inhabituel Dolls propose une ambiance plus inquiétante avec ses claviers sournois qui évoquent certaines atmosphères troubles typiquement "cooperiennes", sans pour autant convaincre totalement...

Pour le hit de l'album, Into The Night, Ace a à nouveau pioché dans le répertoire de Russ Ballard. Le refrain racoleur se retient bien mais on déplorera une production trop "cheap". Le potentiel commercial de cette compo aurait dû être davantage mis en valeur, ce qui aurait décuplé ses chances de cartonner, dans la mesure où ce type de chanson marchait très fort alors.

De la prestation vocale de Tod Howarth, on retiendra surtout l'excellent et syncopé Breakout (Frehley, Carr, Scarlett), l'un des rares moments de folie du disque, Something Moved et Calling To You se révélant plus dispensables, ce dernier titre étant une réécriture du Mega Force du groupe 707, dans une veine Hard Pop moins inspirée.   

L'album se clôt sur l'instrumental Fractured Too (Fractured Two ?), évident clin d'oeil au Fractured Mirror du premier album de Frehley...

S'il est exact que ce Frehley's Comet connut un certain succès, c'est d'une part parce que ce type de Hard Rock avait alors le vent en poupe aux States, d'autre part en raison du statut "culte" de Frehley, seul membre du Kiss vintage à bénéficier d'une certaine crédibilité et à ne pas s'être encore exposé (eXposé ?) à visage découvert.

L'album est bon, mais tout juste bon. A peine bon. Passable. Au lieu d'être intemporel comme son brillant et magistral prédécesseur, il se contente de baigner dans l'air du temps sans pour autant franchir le Rubicon et sonner aussi "moderne" que le Whitesnake'87 ou que le Crazy Nights de Kiss (sorti en septembre). Un tort à mon avis, vu le genre musical pratiqué... Pourquoi faire les choses à moitié ? 

Si l'on ajoute à cela que le style si particulier d'Ace peine ici à se faire entendre et que les  solos sont loin d'être marquants, on peut légitimement s'estimer un peu déçu et cela explique pourquoi ce Frehley's Comet, quelles que soient ses indéniables qualités, fait un peu pâle figure à côté des incontournables de 1987 : Appetite For Destruction, Girls, Girls, Girls, Whitesnake'87 et quelques autres.

 

 

 

 

1) Il fut d'ailleurs le seul membre de Kiss à décrocher un hit en solitaire avec le New York Groove de Russ Ballard.

2) Celui-ci joua sur le premier album solo du guitariste, ainsi que sur Dynasty et Unmasked.

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Par Grisé - Publié dans : Musique
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Mardi 25 janvier 2011 2 25 /01 /Jan /2011 22:09

Jefferson-Starship-Earth-1978-Front-Cover-44404

 

Quatrième album du Jefferson Starship, Earth, paru le 6 février 1978, avait la lourde tâche de succéder à Red Octopus (1975) et Spitfire (1976), deux succès conséquents, qui installèrent le groupe parmi les valeurs sûres du rock californien à tendance FM. On sera attentif à la pochette science-fictionnesque au lettrage Star Wars particulièrement prononcé (1).

Dragonfly (1974) semblait être placé sous le signe de l'air, Red Octopus sous le signe de l'eau et Spitfire du feu. Cette fois, le titre et l'illustration évoquent la terre.

L'équipe de base du Starship n'a pas changé depuis le départ en 1975 du violoniste Papa John Creach.

Grace Slick (chant), Paul Kantner (guitare, chant) et Marty Balin (chant) sont toujours aux commandes du vaisseau. Autour d'eux  s'affairent  le multi-instrumentiste Pete Sears (piano, synthés, basse...), Craig Chaquico (guitare), David Freiberg (basse) et John Barbata (batterie). A la production, le fidèle Larry Cox.

Les premières secondes se révèlent pour le moins déroutantes... Love Too Good nous plonge dans une inattendue ambiance disco / funk évoquant fortement Barry White et son Love Unlimited Orchestra. Les paroles sont d'un certain Gabriel Robles et la musique est signée Chaquico. Quant aux arrangements soyeux, ils sont l'oeuvre du fameux Gene Page à qui l'on doit justement le si caractéristique son Barry White. Cette orchestration raffinée met en valeur les roucoulements sensuels de Grace Slick... On ne reprochera certes pas à nos lascars de s'imprégner de l'air du temps.

Le reste se révèle plus traditionnel, distillant l'habituelle ambiance californienne pépère. Quelques rocks point trop énervés se détachent de l'ensemble, l'addictif Skateboard chanté par Slick, les superbes Fire et Crazy  Feelin' entonnés par Balin, ainsi que ce All Nite Long final, qui permet à Kantner de ne pas se faire oublier.

Les habituelles ballades ne sont évidemment pas délaissées. Take Your Time et Show Yourself de Slick s'écoutent avec plaisir. Ce sont cependant celles interprétées par Balin qui se révèlent les plus marquantes, qu'il s'agisse de Crazy Feelin' ou des deux tubes, Runaway (N°12 US) et Count On Me (N°8).

Certes, l'ensemble flirte parfois avec la variété, mais le talent de l'équipe permet toujours de sauver les meubles, en particulier les subtiles parties d'orgue et de piano de Pete Sears, notamment sur Fire.

En fait, le problème principal du disque réside ailleurs. L'examen attentif des notes de pochette nous révèle le quasi-effacement de Paul Kantner, pourtant rien moins que le père-fondateur du groupe, crédité uniquement sur un titre, All Nite Long.

Tout aussi surprenant, Marty Balin, auteur de l'énorme tube Miracles (1975), n'a participé à l'écriture que de deux chansons, All Night Long et Fire. 

Plusieurs plages, et en particulier les deux succès tirés de l'album, sont l'oeuvre de compositeurs extérieurs, N. Q. Dewey pour le charmant mais très fleur bleue Runaway et Jesse Barish pour le mélodique Count On Me.

Cette implication moindre de plusieurs de ses membres-clés indiquaient que l'atmosphère n'était pas des plus radieuses au sein du groupe. A cela s'ajoutaient peut-être quelques problèmes d'inspiration...

Tout cela n'empêche pas Earth de demeurer un disque sympa, bien représentatif de son époque, ce qui explique son fort enviable succès commercial (N°5 US) et son destin platiné.

Mais ce retour sur Terre n'allait pas se faire sans mal...

La tournée européenne de  1978 verrait les tensions accumulées éclater soudain au grand jour et cela aboutirait au départ de Slick, Barbata et Balin.

Et, par la suite, plus rien ne serait comme avant (2).

 

 

(1) Quelques mois plus tard, le groupe participerait justement au désastreux Star Wars Holiday Special.

(2) Même si l'arrivée du chanteur Mickey Thomas et du batteur Aynsley Dunbar permit l'enregistrement de quelques albums plaisants, en particulier l'excellent Freedom At Point Zero.

Par Grisé - Publié dans : Musique
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Vendredi 21 janvier 2011 5 21 /01 /Jan /2011 18:02

Fleetwood Mac - Tango In The Night (1987)

 

 

Étrange parcours que celui de Fleetwood Mac, considéré à ses débuts comme l'un des plus remarquables groupes de british blues (1), et devenu ce dinosaure FM  que certains aiment tant haïr. 

Après la défection de ses trois guitaristes virtuoses, d'abord Peter Green, puis Jeremy Spencer et Danny Kirwan (2), on imaginait mal les sympathiques survivants, à savoir la section rythmique constituée du batteur Mick Fleetwood et du bassiste John McVie (3), demeurer  au  premier plan de l'actualité musicale.

L'adjonction au trio restant, fin 1974, du couple formé par le multi-instrumentiste Lindsay Buckingham et la chanteuse Stevie Nicks (4), tous deux américains, allait cependant irrémédiablement bouleverser le destin du Mac qui, de quasi-macchabée allait devenir le lucratif Big Mac que tout le monde connaît...

Les événements allaient alors s'accélérer... L'album Fleetwood Mac (1975) connaîtrait un succès conséquent (N°1 US et quintuple platine). Son successeur, Rumours (1977), ferait encore plus fort, devenant l'un des disques les plus populaires de tous les temps, ses ventes ayant depuis dépassé les quarante millions d'exemplaires, dont dix-neuf aux Etats-Unis... 

Il est bien sûr toujours difficile d'expliquer un tel triomphe. On s'empresse alors de chercher des raisons extra-musicales qui valent ce qu'elles valent, c'est-à-dire pas grand chose. Il se peut que nombre d'Américains reconnurent dans les déchirements  sentimentaux des membres du Mac, alors âgés d'une trentaine d'années, les mêmes turbulences que celles qu'ils traversaient dans leur vie privée, en ces temps de montée  de l'individualisme et de démocratisation du divorce, qui succédaient abruptement aux tentatives d'expériences communautaires de la fin des sixties. Pour cette génération déboussolée, le divorce des couples Mc Vie et Fleetwood, ainsi que la rupture du duo Buckingham / Nicks, transforma le groupe en miroir involontaire d'une partie non négligeable de la société américaine d'alors... 

Musicalement parlant, le nouveau Fleetwood Mac proposait surtout le cocktail sonore idéal pour ces enfants vieillissants des sixties, certes toujours désireux d'écouter du rock, mais point trop déjanté, axé sur des tempos moyens et privilégiant des arrangements feutrés, le tout étant mis en valeur par une production léchée et moelleuse (5). Du soft rock...  

La plus belle des tentatives d'analyse sociologique ne valant d'ailleurs pas tripette et étant rapidement mise à mal par la qualité intrinsèque des chansons qui figurent sur ces deux LP... Le fait que le groupe comptât alors en son sein trois chanteurs (Buckingham, Nicks et Christine Mc Vie), tous excellents compositeurs de surcroît, n'était pas pour rien dans cette abondance de  titres inspirés et  incroyablement accrocheurs,  mis en valeur par  l'indéniable talent d'arrangeur  du père Buckingham et littéralement portés par une mirifique section rythmique.  

Dire que nos amis n'eurent pas de mal à se remettre du blitzkrieg Rumours serait mensonger...

Tusk (1979), double album original et aventureux, essentiellement enregistré sous la direction d'un Lindsey Buckingham avide d'expérimentations, ne connut pas le même destin que son glorieux prédécesseur, ce qui ne l'empêcha toutefois pas de se vendre à plusieurs millions d'exemplaires.   

Mirage (1982), le bien nommé, tentative partiellement ratée de recréer la magie des Rumeurs d'antan, fut l'un des gros succès de l'année mais demeura largement en-deçà de son glorieux modèle, tant commercialement  qu'artistiquement...

Tango In The Night parut le 13 avril 1987, soit dix ans après Rumours...

La pochette reprend une toile du peintre australien Brett-Livingstone Strong, "Homage (sic) À Henri Rousseau". Quand on sait que le concepteur de l'artwork n'est autre qu'un certain Lindsey Buckingham et que ledit Buckingham serait aussi l'heureux propriétaire de ce tableau, on se dit que ce détail est tout sauf anodin. Pourquoi avoir choisi un objet personnel pour symboliser une oeuvre censément collective ? 

Peut-être, tout simplement, parce qu'il ne s'agit pas véritablement d'un travail de groupe mais d'un projet dont Buckingham  estime être le véritable maître d'oeuvre. De là, certains indices semés, consciemment ou non, qui permettront lentement à la vérité de se faire jour, à travers cette nuit où l'on tangue

Pas de photo du groupe car pas de groupe, plus de groupe, tout simplement...

C'est en 1985 que démarrèrent les sessions de cet album, censé être le troisième disque solo de Buckingham. Comment celui-ci se transforma-t-il en cours de route en album du Mac constitue une énigme intéressante en soi. Ce que l'on sait, c'est que certains membres du groupe n'allaient pas bien, que ce soit Mick Fleetwood qui défraya la chronique dans les années quatre-vingts avec ses problèmes d'argent, John Mc Vie dont la dipsomanie faillit lui coûter la vie ou encore Stevie Nicks et sa dépendance à la cocaïne. On sait qu'en 1986 cette dernière fit un séjour dans la fameuse clinique Betty Ford, spécialisée dans les cures de désintoxication de stars.  Ce n'est qu'à la fin de cette année  qu'elle rejoignit ses petits camarades pour achever Tango In The Night, produit par le fidèle Richard Dashut et Lindsey Buckingham, bien sûr. Buckingham qui a aussi exercé les fonctions d'ingénieur du son suppléant et qui a TOUT arrangé... Sans parler de la conception de la pochette mentionnée plus haut... Et qui a écrit ou co-écrit SEPT des douze compositions que compte le disque...

A lire ce qui précède, on aurait pu s'attendre au pire au moment de poser le résultat de toute cette agitation sur la platine. Et pourtant ! A peine les premières mesures de Big Love  se font-elles entendre que l'auditeur est sous le charme... Cette ligne de basse obsédante, ce rythme qui le transporte vers un ailleurs inaccessible (6), cette mélodie incroyablement évidente, ces solos de guitare parfaits... Ce Big Love constitue une parfaite entrée en matière, classieuse et imparable, avec ces "ouh - ahh" irrésistibles et sensuels, voix masculine et féminine s'opposant et se complétant à merveille (7).     

Autres réussites notables de Buckingham, Caroline et Family Man, deux titres sympathiques aux arrangements typiquement eighties, ce qui en fait aussi les plus datés de l'album.

Et le morceau-titre se révèle tout bonnement envoûtant, avec son début trompeur et sa lente montée en puissance, jusqu'au solo de guitare final, sombre et torturé. On pense évidemment au ténébreux I'm So Afraid qui clôturait l'éponyme de 1975. 

Les trois contributions de Stevie Nicks, contexte oblige, ne sont pas à la hauteur de ses fulgurances passées. Pas de Rhiannon ou de Dreams ici... Seven Wonders n'en demeure pas moins du pur Nicks, avec son intro accrocheuse en diable, grâce au jeu de batterie impeccable du père Fleetwood.

La ballade When I See You Again passe, elle, sans laisser de traces, trop générique. On retiendra surtout le bizarre et maladif  Welcome To The Room... Sara, entonné d'une voix croassante par une Stevie qui n'a pas l'air bien du tout... Pas surprenant dans la mesure où il s'agit d'un texte autobiographique évoquant sa récente cure de désintox (8). 

Nicks étant dans les choux, Buckingham dut se rabattre cette fois sur la vieille Christine qui n'a jamais sonné aussi jeune et fraîche qu'en cette année 1987. D'habitude, elle donne plutôt dans la ballade mélancolique et sa voix évoque celle d'une maîtresse vieillissante et délaissée, ce qui crée un délicieux contraste avec les féeries acidulées fredonnées par Stevie. Mais cette fois, c'est différent. Seule ou en collaboration avec Buckingham, Christine se révèle incroyablement inspirée.

Everywhere, chanson pop parfaite, à l'intro éminemment aguicheuse et flanquée d'un refrain imparable, illumine de mille feux scintillants ce déjà superbe Tango In The Night. Tout comme ce merveilleux Little Lies, qui deviendra le plus gros hit du disque, ce qui n'est pas rien, grâce à sa mélodie enchanteresse. Et Mystified, co-écrit avec Buckingham, n'est pas en reste, permettant à nouveau à Mme Mc Vie de nous charmer.  Et tous deux de remettre ça avec le  sautillant You And I, Part II, qui conclut le tout. 

Mais c'est avec le brillant Isn't It Midnight (autre collaboration avec Buckingham) que la dame nous surprend le plus, puisque cette fois il ne s'agit pas de pop mais d'un rock entraînant basé sur un riff simple mais obsédant... On pourrait aussi s'arrêter sur le superbe solo de qui vous savez... 

Enfanté dans la douleur par un Lindsey Buckingham contraint, tel un moderne Atlas, de porter toute la responsabilité du projet sur ses frêles épaules, Tango In The Night demeure sans conteste l'un des meilleurs Fleetwood Mac, groupe qui a toujours su trouver dans l'adversité des ressources lui permettant de rebondir et de se trouver là où on ne l'attendait pas. Loin d'être un Rumours-bis, le Mac 1987 distille une pop moderne et inspirée, qui donnera lieu à quatre singles à succès aux Etats-Unis (9).

Plus de douze millions d'exemplaires de ce lucratif Tango se vendront dans le monde, faisant de celui-ci la deuxième meilleure vente du groupe, après Rumours.

Mais pour Buckingham, ce retour au premier plan, s'il constituait indéniablement une victoire,  en était surtout une à la Pyrrhus...

A la surprise générale, et alors que Fleetwood Mac s'apprêtait à partir en tournée, il annonça qu'il quittait le groupe pour aller danser le tango en solitaire... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Il est vrai qu'il fut fondé en 1967 par le fantasque guitariste Peter Green, auteur des immortels Albatross et Black Magic Woman, cette dernière ayant été popularisée par Santana sur le mythique Abraxas. Green est aussi l'auteur du fameux The Green Manalishi repris par Judas Priest. 

(2) Le premier ira effectuer un séjour en hôpital psychiatrique, Jeremy Spencer rejoindra une secte et le tout jeune et prometteur Danny Kirwan, fervent adorateur de la dive bouteille, s'engagera dans un cul-de-sac...

(3) Sans oublier bien sûr sa femme Christine, ex-chanteuse de Chicken Shack .

(4) Rappelons au passage que le disque enregistré par le duo Buckingham Nicks en 1973 et sur lequel on retrouve le batteur Jim Keltner et le guitariste Waddy Wachtel (le pote de Keith Richards) fut loin de connaître un immense succès commercial. D'ailleurs, Polydor s'empressa de se débarrasser de ces jeunes gens jugés peu rentables.

(5) Cela vaut aussi pour les Eagles qui triomphèrent à la même période.

(6) Vers un Jardin d'Éden luxuriant, à l'image de la pochette.

(7) J'ai longtemps cru qu'il s'agissait de Buckingham et de Nicks. En fait, il s'agit de la seule voix du père Lindsey, Stevie n'ayant pas participé à l'enregistrement de Big Love. Ah, la magie du studio !...

(8) Sara Anderson étant le nom sous lequel elle se fit enregistrer lors de son passage à la clinique Betty Ford.

(9) Tango... sera aussi un immense succès en Grande-Bretagne où il se classera N°1. Trois des six singles tirés de l'album finiront dans le Top 10.

Par Grisé - Publié dans : Musique
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Samedi 15 janvier 2011 6 15 /01 /Jan /2011 18:27

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"The Queen of Diamonds let you down

  She was just an empty fable"

                                   Desperado (Reprise)

                                   (Henley, Frey)   

         

          Après un excellent premier opus, accueilli avec enthousiasme tant par la critique que par le grand public, et qui généra trois 45 tours à succès (Take It Easy, Witchy Woman et Peaceful Easy Feeling), les Eagles décidèrent d'enregistrer un concept-album traitant de l'Ouest américain et de la saga des Dalton. L'originalité de Desperado réside ainsi dans l'analogie effectuée entre la vie des hors-la-loi et celle des stars du rock. A ce titre, la pochette se révèle particulièrement réussie.

          Il se dégage de cette collection de chansons une saine authenticité. L'ambiance "western" dans laquelle est immédiatement plongé l'auditeur est pour beaucoup dans le charme de ce deuxième Aigles. Il a pourtant, tout comme son prédécesseur, été enregistré à Londres, en compagnie du producteur Glyn Johns, loin des paysages ensoleillés du Far West. Mais ce qui importe ici, c'est le feeling général. Après tout, aucun des  membres de ce qui demeurera pour beaucoup le groupe californien archétypal n'est un Californien pur jus, Don Henley, Randy Meisner, Glenn Frey et Bernie Leadon étant respectivement originaires du Texas, du Nebraska, du Michigan et du Minnesota... 

          Comme c'est souvent le cas avec les Eagles, le disque contient un bon paquet de ballades autour desquelles gravitent quelques rocks plus enlevés.

Le court Twenty-One, composé et interprété par Bernie Leadon, face B du 45 tours Tequila Sunrise, relève de la seconde catégorie. Il s'agit du portrait à la première personne d'un outlaw de vingt-et-un ans :

"Twenty-one, and strong as I can be

  I know what freedom means to me".

Autre morceau énergique, avec son intro carrément hard rock, le Out Of Control signé Henley / Frey / Nexon qui marque au fer rouge le milieu de la première face.

Et n'oublions pas ce brûlant et enlevé Outlaw Man, mené par une batterie puissante sur laquelle se détache la basse ronflante de Meisner, qui aura bizarrement l'honneur de constituer la face A du deuxième 45 tours tiré du disque, alors qu'il a été écrit par un compositeur extérieur, un certain David Blue, et que son potentiel commercial n'est pas des plus évidents.

"I am an outlaw

 I was born an outlaw man"

         Ce sont cependant une fois de plus les ballades qui constituent les moments les plus mémorables de l'album.

A commencer par ce Doolin-Dalton introducteur, qui conte la saga du célèbre gang, sous fond d'harmonica nostalgique:

"They were Doolin', Doolin'Dalton

  High or low, it was the same

  Easy money and faithless women".   

On retrouve parmi les auteurs de ce qui constituera le titre phare du disque ( repris plusieurs fois, concept-album oblige, au milieu sous forme de court instrumental et à la fin avec des paroles différentes de la version initiale ) le prolifique Jackson Browne, déjà co-auteur de Take It Easy et dont le nom figurera aussi dans les crédits de James Dean (sur On The Border). 

Autres moments plaisants, Saturday Night, un titre plus sentimental porté par une jolie mélodie, Bitter Creek, belle chanson intimiste de Bernie Leadon évoquant les meilleurs moments du Grateful Dead période American Beauty - on pense d'ailleurs à la sérénité dégagée par des morceaux comme Ripple.  

Citons aussi le plus enlevé Certain Kind Of Fool, entonné par un Randy Meisner concerné, qui relate la carrière du hors-la-loi de son enfance à l'âge d'homme, face B du single Outlaw Man.

Mes deux compositions préférées demeurent sans conteste Tequila Sunrise, superbe ballade ensoleillée, chantée par Glenn Frey, guitare accoustique et mandoline en avant, et l'émouvant Desperado, interprété par Henley, Frey l'accompagnant au piano.

Tequila Sunrise, le premier extrait de l'album, sera un tube mineur (64 US), ce qui ne l'empêchera pas de figurer en bonne place sur le best-seller Their Greatest Hits (1971-1975). Plus étrange, Desperado, jamais sorti en 45 tours, aura aussi l'honneur de figurer sur cette compilation, chose dont nous ne nous plaindrons certes pas, vu sa qualité.

Et la reprise Doolin-Dalton / Desperado permet à l'oeuvre de s'achever de façon crépusculaire, façon tragédie grecque. Fin de l'aventure, fin de la cavale : "The sun sinking low down".

          Même si cet album ne connaîtra initialement pas un énorme succès, ne parvenant pas à aller au-delà de la quarante-et-unième position du Billboard alors que le précédent s'était hissé jusqu'à la vingt-deuxième place, il n'en demeure pas moins l'un des meilleurs disques de country rock des années 70 et l'un des préférés des fans des Eagles.

Par Grisé - Publié dans : Musique
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