"Everyone goes through changes."
En 1979, Ozzy Osbourne se fit jeter de Black Sabbath, ses divers problèmes d'addiction l'empêchant de s'impliquer totalement au sein du groupe. A cela s'ajoutaient des divergences d'ordre musical. Peu de gens s'attendaient à le voir rebondir en se lançant dans une lucrative carrière solo qui damerait même le pion à ses ex-acolytes (en réalité, nombreux étaient ceux qui le croyaient irrémédiablement fini).
Ozzy décida de constituer un nouveau groupe dans lequel figuraient le batteur Lee Kerslake (Uriah Heep) et le bassiste Bob Daisley (qui jouera un rôle prépondérant dans la composition des morceaux, Ozzy n'ayant jamais vraiment brillé à ce niveau). Mais celui qui devait véritablement illuminer les débuts de la nouvelle carrière du Madman était un tout jeune guitariste qui s'était jusque-là fait remarquer au sein de Quiet Riot: Randy Rhoads.
Que dire de ce prodige de la six cordes si ce n'est que son jeu était littéralement hallucinant de virtuosité? Sa dextérité en faisait un concurrent sérieux pour Eddie Van Halen même si la musique d'Ozzy était fort éloignée du big rock jovial et insouciant de Van Halen.
Qu'en est-il donc de ce premier opus solo d'Ozzy Osbourne?
La pochette donne dans le grand-guignol et le satanisme de pacotille (ce sera aussi le cas de celles de Diary of a madman et de Speak of the devil, les deux disques suivants).Un Ozzy au regard dément, affublé d'une hideuse cape rouge, se vautre sur le plancher d'une pièce évoquant un sinistre donjon et brandit un crucifix à proximité d'un crâne.
Musicalement, c'est surprenant. Contrairement à ce qu'aurait pu laisser supposer la pochette, on est à mille lieues du Black Sabbath vintage et de son heavy metal lent et pachydermique. Les compositions ont subi une indéniable américanisation (chansons courtes, solos concis et refrains faciles à mémoriser) alors que la musique du Sab' (période Ozzy) a toujours eu une touche européenne. La production moderne de Max Norman accentue l'impression que les années 70 sont bel et bien révolues.
I don't know débute efficacement l'album: les couplets rappellent un peu ceux de Paranoid mais le son est bien celui des années 80. "Everyone goes through changes" chante Ozzy.Le groupe (car Blizzard of Ozz était aussi le nom de l'orchestre, pas uniquement le titre du disque) enfonce le clou avec Crazy Train et son refrain entraînant: "I'm going off the rails on a crazy train", paroles effectivement prémonitoires lorsqu'on connaît la suite des événements. Goodbye to romance est un slow plutôt sympathique avec un agréable et obsédant arrangement de claviers à la fin... Cette façon de débuter un disque par deux morceaux rapides et entraînants (le premier plus heavy, le second plus "tubesque") suivis d'un slow se retrouvera sur Diary of a madman en 81 avec l'enchaînement Over the mountain, Flying high again et You can't kill rock'n'roll.
Le reste est assez varié: Dee est un court instrumental accoustique signé Randy Rhoads et Suicide solution est basé sur un excellent riff de guitare (ce titre vaudra bien des ennuis à Ozzy par la suite, un adolescent américain s'étant suicidé après avoir, paraît-il, écouté Suicide solution).
No Bone movies et Steal away (The Night) sont deux bonnes chansons d'album, la seconde étant très "américanisée". Revelation (Mother Earth) est certainement l'un des sommets de Blizzard of Ozz: thème plein de sensibilité avec les claviers de Don Airey très en avant. On est à la limite du progressif et pas très loin du Air Dance de Black Sabbath (sur l'album maudit Never Say Die, 1978), ce qui est quelque peu ironique quand on sait qu'Ozzy reprochait alors au guitariste Tony Iommi de s'éloigner de l'esprit du Black Sabbath originel!"We must fight all the hate", déclare Saint Ozzy à la fin.
Mais le meilleur morceau de Blizzard... est, selon moi, le magnifique et envoûtant Mr.Crowley, avec son intro inquiétante et théâtrale et les extraordinaires parties de guitare de Rhoads, sans oublier la voix du Madman: "Mr. Crowley, won't you ride my white horse..."
En conclusion, on rappellera que cet album contient trois classiques qu'Ozzy joue toujours sur scène: I don't know, Crazy Train et Mr. Crowley. Le reste est éminemment appréciable mais un cran en dessous (à l'exception bien sûr de Revelation).
L'album, enregistré entre le 22 mars et le 19 avril 1980, se classa notamment dans les charts anglais (n°7) et américains (n°21). Il fut rapidement certifié platine puis double platine aux U.S.A. et a depuis dépassé le cap des quatre millions d'exemplaires vendus. Le succès du disque fit d'Ozzy un véritable phénomène de société aux Etats-Unis, suscitant l'enthousiasme des jeunes fans mais aussi l'ire de tout un tas de fondamentalistes religieux pour lesquels le chanteur devint l'homme à abattre... Les tournées suivantes baignèrent dans une atmosphère de folie et d'hystérie et celle de l'album Diary of a madman s'acheva tragiquement, le guitariste Randy Rhoads trouvant accidentellemnt la mort dans un stupide accident d'avion, ce qui détruisit psychologiquement Ozzy.
En France, ses deux premiers albums solo furent assez mal accueillis par la critique, seules les parties de guitare de Rhoads semblant
trouver grâce auprès des journalistes. Par la suite, (et après la disparition du virtuose), Blizzard of Ozz acquit le statut d'oeuvre culte et relativement intouchable qui est maintenant le sien
depuis une bonne dizaine d'années.
Après une première écoute,
Michael se repassa la cassette. Il refit cela pendant des heures, fasciné qu'il était par cette œuvre morbide et majestueuse. Le contenu des bouteilles s'amenuisait.. .Le temps passait...
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