Jeudi 31 juillet 2008 4 31 /07 /Juil /2008 09:20


     

"Everyone goes through changes."

     En 1979, Ozzy Osbourne se fit jeter de Black Sabbath, ses divers problèmes d'addiction l'empêchant de s'impliquer totalement au sein du groupe. A cela s'ajoutaient des divergences d'ordre musical. Peu de gens s'attendaient à le voir rebondir en se lançant dans une lucrative carrière solo qui damerait même le pion à ses ex-acolytes (en réalité, nombreux étaient ceux qui le croyaient irrémédiablement fini).

     Ozzy décida de constituer un nouveau groupe dans lequel figuraient le batteur Lee Kerslake (Uriah Heep) et le bassiste Bob Daisley (qui jouera un rôle prépondérant dans la composition des morceaux, Ozzy n'ayant jamais vraiment brillé à ce niveau). Mais celui qui devait véritablement illuminer les débuts de la nouvelle carrière du Madman était un tout jeune guitariste qui s'était jusque-là fait remarquer au sein de Quiet Riot: Randy Rhoads.

     Que dire de ce prodige de la six cordes si ce n'est que son jeu était littéralement hallucinant de virtuosité? Sa dextérité en faisait un concurrent sérieux pour Eddie Van Halen même si la musique d'Ozzy était fort éloignée du big rock jovial et insouciant de Van Halen.

     Qu'en est-il donc de ce premier opus solo d'Ozzy Osbourne?

La pochette donne dans le grand-guignol et le satanisme de pacotille (ce sera aussi le cas de celles de Diary of a madman et de Speak of  the devil, les deux disques suivants).Un Ozzy au regard dément, affublé d'une hideuse cape rouge, se vautre sur le plancher d'une pièce évoquant un sinistre donjon et brandit un crucifix à proximité d'un crâne.

Musicalement, c'est surprenant. Contrairement à ce qu'aurait pu laisser supposer la pochette, on est à mille lieues du Black Sabbath vintage et de son heavy metal lent et pachydermique. Les compositions ont subi une indéniable américanisation (chansons courtes, solos concis et refrains faciles à mémoriser) alors que la musique du Sab' (période Ozzy) a toujours eu une touche européenne. La production moderne de Max Norman accentue l'impression que les années 70 sont bel et bien révolues.

     I don't know débute efficacement l'album: les couplets rappellent un peu ceux de Paranoid mais le son est bien celui des années 80. "Everyone goes through changes" chante Ozzy.Le groupe (car Blizzard of Ozz était aussi le nom de l'orchestre, pas uniquement le titre du disque) enfonce le clou avec Crazy Train et son refrain entraînant: "I'm going off the rails on a crazy train", paroles effectivement prémonitoires lorsqu'on connaît la suite des événements. Goodbye to romance est un slow plutôt sympathique avec un agréable et obsédant arrangement de claviers à la fin... Cette façon de débuter un disque par deux morceaux rapides et entraînants (le premier plus heavy, le second plus "tubesque") suivis d'un slow se retrouvera sur Diary of a madman en 81 avec l'enchaînement Over the mountain, Flying high again et You can't kill rock'n'roll.

     Le reste est assez varié: Dee est un court instrumental accoustique signé Randy Rhoads et Suicide solution est basé sur un excellent riff de guitare (ce titre vaudra bien des ennuis à Ozzy par la suite, un adolescent américain s'étant suicidé après avoir, paraît-il, écouté Suicide solution). 

No Bone movies et Steal away (The Night) sont deux bonnes chansons d'album, la seconde étant très "américanisée". Revelation (Mother Earth) est certainement l'un des sommets de Blizzard of Ozz: thème plein de sensibilité avec les claviers de Don Airey très en avant. On est à la limite du progressif et pas très loin du Air Dance de Black Sabbath (sur l'album maudit Never Say Die, 1978), ce qui est quelque peu ironique quand on sait qu'Ozzy reprochait alors au guitariste Tony Iommi de s'éloigner de l'esprit du Black Sabbath originel!"We must fight all the hate", déclare Saint Ozzy à la fin.

Mais le meilleur morceau de Blizzard... est, selon moi, le magnifique et envoûtant Mr.Crowley, avec son intro inquiétante et théâtrale et les extraordinaires parties de guitare de Rhoads, sans oublier la voix du Madman: "Mr. Crowley, won't you ride my white horse..."

     En conclusion, on rappellera que cet album contient trois classiques qu'Ozzy joue toujours sur scène: I don't know, Crazy Train et Mr. Crowley. Le reste est éminemment appréciable mais un cran en dessous (à l'exception bien sûr de Revelation).

     L'album, enregistré entre le 22 mars et le 19 avril 1980, se classa notamment dans les charts anglais (n°7) et américains (n°21). Il fut rapidement certifié platine puis double platine aux U.S.A. et a depuis dépassé le cap des quatre millions d'exemplaires vendus. Le succès du disque fit d'Ozzy un véritable phénomène de société aux Etats-Unis, suscitant l'enthousiasme des jeunes fans mais aussi l'ire de tout un tas de fondamentalistes religieux pour lesquels le chanteur devint l'homme à abattre... Les tournées suivantes baignèrent dans une atmosphère de folie et d'hystérie et celle de l'album Diary of a madman s'acheva tragiquement, le guitariste Randy Rhoads trouvant accidentellemnt la mort dans un stupide accident d'avion, ce qui détruisit psychologiquement Ozzy.

En France, ses deux premiers albums solo furent assez mal accueillis par la critique, seules les parties de guitare de Rhoads semblant trouver grâce auprès des journalistes. Par la suite, (et après la disparition du virtuose), Blizzard of Ozz acquit le statut d'oeuvre culte et relativement intouchable qui est maintenant le sien depuis une bonne dizaine d'années.

 


 


Par Grisé - Publié dans : Musique
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Mercredi 30 juillet 2008 3 30 /07 /Juil /2008 19:42

     « Tu sais que tu devrais aller te faire couper les cheveux! » Cette phrase prononcée par sa mère avait mis le feu aux poudres. Michael se leva et quitta la pièce en claquant la porte. Une fois de plus, ses nerfs fragiles avaient lâché! Décidément, ce n'était vraiment pas son jour : entre les brimades des autres collégiens, les humiliations des profs et la défiance des voisins... Même Cindy Majors, en plus d'être toujours désespérément réfractaire à ses malhabiles tentatives de séduction, le regardait désormais de travers... Il est vrai que Cindy avait quelques circonstances atténuantes: Michael était un grand échalas boutonneux. Ses longs cheveux noirs ne contribuaient guère à mettre en valeur un visage trop allongé. Récemment, un duvet noirâtre avait poussé au-dessus de sa lèvre supérieure. Tout cela faisait ressortir davantage l'ingratitude de ses traits.

Sur le plan vestimentaire, ce n'était guère mieux. Un jean trop serré accentuait la maigreur de ses jambes. En revanche, il flottait littéralement dans son t-shirt noir, trop long, trop grand, à l'effigie de la mascotte d'un célèbre groupe de heavy metal britannique des années 80.

Le mieux était de sortir et d'aller se calmer dans la nature environnante. .. Dans ces moments-là, il prenait son sac à dos, son radio-cassettes, de la musique et quelques bouteilles de mauvais vin. Ensuite, il entamait l'ascension de l'une des curieuses collines caractéristiques de cette région isolée. Là, installé sur les étranges pierres que l'on trouvait sur leurs sommets, il écoutait de la musique en s'enivrant. A la belle saison, il passait des nuits entières à s'abrutir de décibels et de vinasse.

Cette fois, il prit l'une des cassettes que lui avait prêtées Tommy, un type bizarre, installé depuis peu dans les parages. Ca faisait d'ailleurs quelques jours qu'il ne l'avait pas vu. Où pouvait-il bien être? On racontait de drôles de choses sur son compte, on le disait même un peu sorcier...

Le nom du groupe avait été effacé, seul le titre de l'œuvre était visible: ALTARS OF MADNESS. Ca tombait bien, l'un des rochers gisant au sommet de la colline évoquait un autel primitif. Et puis ce titre rappelait celui d'une célèbre nouvelle de Lovecraft, At The Mountains Of Madness.

(.. .) Parvenu à destination, installé sur l'une des pierres, il ouvrit la première bouteille et enclencha la touche play.

Ce qui sortit des petits haut-parleurs évoquait un bouillonnement de lave vomie par les bouches de l'Enfer. Cette musique était à la fois lourde et rapide. Si Black Sabbath avait joué aussi vite que Motörhead, tout en accomplissant des prouesses techniques, on aurait pu obtenir l'équivalent d'Altars Of Madness. La section ryhmique était impressionnante dans le genre, surtout le batteur. . . Autre surprise, ce mur du son n'étouffait aucunement les solos de guitare, bien au contraire. Le soliste n'était certainement pas un tâcheron inepte. Bien au contraire. Sa virtuosité avait d'ailleurs quelque chose de démoniaque. Sur Evil Spells, il était absolument fascinant.

Le chant était, lui, bien particulier. On était à mille lieues du heavy metal classique et des vocalises de I.Gillan, R. Halford ou B.Dickinson. La voix était grave, gutturale. Le résultat était incantatoire et obsédant.

Autre mystère: comment une telle musique pouvait-elle être aussi bien mise en son et structurée? La production était impeccable. Cela n'avait rien à voir avec l'infâme bouillie d'autres groupes... Immortal Rites, le premier morceau, évoquait par sa lourdeur le déplacement lent, menaçant mais inexorable d'une entité lovecraftienne...

Parfois, d'excellents riffs contribuaient à aérer relativement l'ensemble (Maze Of Torment, Blasphemy).

A un moment, le nom du groupe lui revint en mémoire. « MORBID ANGEL... », avait déclaré Tommy d'une voix sépulcrale...

     Après une première écoute, Michael se repassa la cassette. Il refit cela pendant des heures, fasciné qu'il était par cette œuvre morbide et majestueuse. Le contenu des bouteilles s'amenuisait.. .Le temps passait...

Il était de plus en plus captivé par les paroles. Elles ressemblaient à des distiques tirés de l'infâme Necronomicon. Le chanteur (David Vincent, lui avait dit Tommy) tentait-il d'entrer en contact avec les Grands Anciens? Les avait-il vus ? Le grand Cthulhu, endormi dans sa cité de R'lyeh allait-il interrompre ses rêves millénaires?

Au paroxysme de l'excitation, Michael se mit à son tour à entonner les paroles. Sa voix était certes moins puissante que celle du chanteur du groupe. Mais il avait lui aussi l'air de ne plus être lui-même. Il hurlait comme un possédé. Il était en nage. Toute la frustration des dernières semaines ressortait et jaillissait... Les collégiens... Cindy Majors.. .les voisins.. .sa mère... Tout cela atteignit des sommets lorsqu'il hurla les mots suivants:

"Ninnghizhidda - open my eyes

Ninnghizhidda - hear my cries (...)

Ia iak sakkakh iak sakkakth

                 Ia shaxul!!!"

    

             Quelques instants plus tard, abruti par l'alcool, gagné par la fatigue, il sombra dans un profond sommeil, d'une lourdeur intense. La musique ne tarda pas à s'arrêter. Tout s'arrêta. Plus bas, beaucoup plus bas, la petite ville était assoupie. La pleine lune éclairait les alentours. Le panneau récemment placé à l'entrée de la commune semblait rayonner: Welcome To Dunwich. Cette nuit-là, le ciel était d'une extraordinaire pureté.

      « Pour la dernière fois, (.. .), dans la paix des hauteurs, une à une, les étoiles

s'éteignaient. »

                    Arthur C. Clarke, Les Neuf Milliards de Noms de Dieu.

 

 

 
Par Grisé - Publié dans : Musique
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Mardi 29 juillet 2008 2 29 /07 /Juil /2008 23:22



    

LES CONNAISSEURS SAVENT QUE LE REBEL YELL EST LE WHISKY PRÉFÉRÉ DE KEITH RICHARDS. LORS DE L'ENREGISTREMENT DE SON ALBUM DE 1983, BILLY IDOL TRAÎNAIT BEAUCOUP AVEC LES STONES.,

CURIEUX PARCOURS QUE CELUI DE WILLIAM BROAD, LE FUTUR BILLY IDOL, QUI PRIT CE PSEUDO PAR DÉRISION, SON PROFESSEUR DE PHYSIQUE AYANT PORTÉ L'INFÂMANTE APPRÉCIATION "WILLIAM IS IDLE" (C'EST-A-DIRE PARESSEUX) SUR SON BULLETIN TRIMESTRIEL. APRÈS AVOIR FRÉQUENTÉ LES SEX PISTOLS, IL DEVINT LE CHANTEUR DE GENERATION X, COMBO PROMETTEUR MAIS QUI NE PARVINT PAS À S'IMPOSER. APRÈS LA SÉPARATION DU GROUPE, BILLY S'EXILA AUX ETATS-UNIS, PLUS PRÉCISÉMENT À NEW YORK. LÀ, IL DÉCIDA DE REPARTIR DE ZÉRO. LA PARTIE ÉTAIT LOIN D'ÊTRE GAGNÉE D' AVANCE MAIS UNE SÉRIE DE RENCONTRES DÉTERMINANTES LUI PERMIT DE REBONDIR. PRIMO, CELLE DE L'ANCIEN MANAGER DE KISS, BILL AUCOIN (EN FAIT, IL S'ÉTAIT OCCUPÉ DE GENERATION X VERS LA FIN ET C'EST LUI QUI AURAIT CONSEILLÉ À BILLY L'EXIL AMÉRICAIN). SECUNDO, CELLE DU FANTASTIQUE GUITARISTE STEVE STEVENS. TERTIO, LE PRODUCTEUR KEITH FORSEY. POUR CEUX QUI L'IGNORERAIENT, FORSEY EST L'ANCIEN BATTEUR DE GIORGIO MORODER, L'HOMME QUI DÉCOUVRIT DONNA SUMMER ET LANÇA LE DISCO. C'EST AUSSI UN PROCHE DE PETE BELLOTE, SURNOMMÉ LE " PAPE DE LA DISCO ALLEMANDE". FORSEY A TRAVAILLÉ POUR LE CINÉMA, IL A NOTAMMENT PARTICIPÉ À LA B.O. DE FLASHDANCE ET CO-ÉCRIT L'IMMENSE TUBE D'IRENE CARA FLASHDANCE (WHAT A FEELlN'). C'EST ENCORE À LUI QUE L'ON DOIT LE CÉLÈBRE DON'T You (FORGET ABOUT ME) DE SIMPLE MINDS (D'AILLEURS REPRIS PAR BILLY SUR SON GREATEST HITS).

REBEL YELL EST LE DEUXIÈME ALBUM DE BILLY IDOL. SA 1ère TENTATIVE ÉPONYME LUI AVAIT PERMIS DE PERCER TIMIDEMENT. LA POCHETTE NOUS MONTRE LE PÉROXYDÉ BILLY (ET SA CÉLÈBRE MOUE), TORSE NU, NIMBÉ DE ROUGE. AU VERSO, UNE PHOTO DE STEVE STEVENS TOUT DE NOIR VÊTU, AUX CÔTÉS D'UN BILLY PLONGÉ DANS L'OMBRE. EN FAIT, TOUS DEUX FORMAIENT ALORS UNE SORTE DE YIN ET DE YANG DE LA CRÉATIVITÉ, LE CHANTEUR (FAUX) BLOND ET LE GUITARISTE BRUN AYANT CO-ÉCRIT TOUS LES TITRES À L'EXCEPTION DE CATCH MY FALL DU SEUL IDOL. L'ALLIANCE DU PUNK ET DU HARD EN QUELQUE SORTE... CAR L'IMMENSE SUCCÈS DE L'ALBUM TIENT INDÉNIABLEMENT AU COCKTAIL DÉTONANT CONSTITUÉ PAR LES RACINES PUNK DE BILLY, LA VIRTUOSITÉ " HARD"  DE STEVE ET LES ÉLÉMENTS DANCE ET NEW WAVE APPORTÉS PAR FORSEY.

      

L'ALBUM DÉMARRE AU QUART DE TOUR, BOOSTÉ PAR LA VÉRITABLE BOMBE QU'EST L'HYMNE REBEL YELL, TRÈS HARD (MALGRÉ LES SYNTHÉS). LE SOLO MORTEL, LES GUEULANTES DE BILLY ACHÈVENT DE FAIRE DU MORCEAU-TITRE UN CLASSIQUE DES ANNÉES 80 (CE SINGLE SE CLASSERA N°46 AUX ETATS-UNIS). L'AUTRE GRAND MOMENT DE LA 1ÈRE FACE EST LE GIGANTESQUE TUBE EYES WITHOUT A FACE (N° 18 EN GRANDE BRETAGNE ET N°4 EN AMÉRIQUE), BALLADE INQUIÉTANTE AVEC SES CHŒURS FÉMININS ENVOÛTANTS. C'EST D'AILLEURS PERRI LISTER (EX- KID CREOLE AND THE COCONUTS), LA GIRLFRIEND DE BILLY QUE L'ON ENTEND. PEU DE GENS SAVENT QUE LES FAMEUX {( LES YEUX SANS VISAGE }) DU REFRAIN SONT UN HOMMAGE AU GÉNIAL FILM D'HORREUR "LES YEUX SANS VISAGE" DE GEORGES FRANJU... CULTE!

CETTE 1ÈRE FACE CONTIENT DEUX AUTRES TITRES NON DÉPOURVUS D'INTÉRÊT: LE SYNTHÉTIQUE DAYTIME DRAMA ET BLUE HIGHWAY QUI TÉMOIGNE DU GOÛT DU CHANTEUR POUR LA VITESSE (QUI MANQUERA LUI COÛTER LA VIE QUELQUES ANNEES PLUS TARD).

LA DEUXIÈME FACE ABRITE DEUX AUTRES TUBES MÉMORABLES: LE MORCEAU D'OUVERTURE FLESH FOR FANTASY (N°29 U.S.) AVEC SA BASSE DANSANTE, SES SYNTHÉS FROIDS, LA VOIX GRAVE AUX INTONATIONS SINISTRES DE BILLY ET LE SYMPATHIQUE ET CHANTANT CATCH MY FALL (N°50), EMBELLI PAR LE SAXOPHONE DE MARS WILLIAMS.

IL Y A AUSSI DEUX MORCEAUX PLUS HARD, CRANK CALL ET SURTOUT LE FANTASTIQUE (DO NOT) STAND lN THE SHADOWS, REMARQUABLE D'EFFICACITÉ. STEVE STEVENS EST DÉCIDÉMENT UN GRAND GUITARISTE DÉBORDANT DE HARGNE ET D'ÉNERGIE.

LA BALLADE SYNTHÉTIQUE GLAUQUE THE DEAD NEXT DOOR CONCLUT SUR UNE NOTE MALADIVE CE PETIT BIJOU.

     VOILÀ DONC UN ALBUM REPRÉSENTATIF DU MEILLEUR DES ANNÉES 80. IL FIT DE BILLY IDOL UNE VÉRITABLE STAR. DES CLIPS ASTUCIEUX ENFONCÈRENT LE CLOU ET BILLY DEVINT L'UN DES ARTISTES LES PLUS DIFFUSÉS SUR MTV. POUR VOUS DONNER UNE IDÉE DU  PHÉNOMÈNE, IL FAUT RAPPELER QUE NOMBRE DE COIFFEURS AMÉRICAINS AVAIENT CRÉÉ UNE COUPE BILLY IDOL.

     ON NE PEUT QUE REGRETTER QUE LA SUITE DE LA CARRIÈRE DE BILLY NE FUT PAS TOUJOURS À LA HAUTEUR DE CE COUP DE MAÎTRE.


     



Par Grisé - Publié dans : Musique
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Lundi 28 juillet 2008 1 28 /07 /Juil /2008 19:27

    

            Ahhem....Ahahahhahahahha......hahahem..... Voilà comment j'eusse autrefois réagi  si un malheureux quidam avait eu le malheur de mentionner en ma rock'n'rollesque présence le nom Ô combien honni des malheureux Tangerine Dream, ambassadeurs du "rock-choucroute", pâles (c'est un euphémisme!) ersatz pink-floydiens, immondes new-ageistes de base, chiantissimes ancêtres du Jean-Michel Jarre de mes deux, soporifiques résidus de fausses-couches, authentiques casseurs de burnes et (horresco referens!) ancêtres de la Techno (beuârk comme l'aurait éructé  en son temps le détestable M. Sylvestre des Guignols - beuârk aussi!)... Entre temps eut lieu ma découverte de ce Sorcerer de 1977, autrement dit la première d'une longue série de B.O., celle-ci étant celle du remake du génial "Salaire de la peur" du surdoué Clouzot, réalisé par le non moins doué William Friedkin (réalisateur inspiré de French Connection, L'Exorciste, Cruising et To Live And Die In L.A.).

Le résultat fut que je tirai brutalement la chasse sur l'ensemble de mes lamentables préjugés... 

    
              Rarement musique se révéla aussi glauque et malsaine. Insidieux et lancinants, perfides et insinuants, les douze thèmes de ce Sorcerer s'immiscent, tels des sangsues affamées, dans les strates les plus vulnérables de notre malheureux encéphale et se délectent à l'idée de l'altérer en profondeur et sans vaseline...   

     Sorcerer ou un aller simple en direction du cauchemar ultime (encore plus terrifiant que le And The Ass Saw The Angel de Nick Cave, ce qui n'est pas rien...).

Entre le cauchemardesque Main Title, qui n'a rien du classique thème principal des traditionnelles musiques de films, l'obsédant et lancinant Search, le fabuleux Grind et l'extraordinaire Impressions Of Sorceror, l'auditeur aura bien du mal à se remettre de ce voyage au bout de nulle part...

     Crépusculaires plages synthétiques agrémentées d'obsédantes lignes de basse, inquiétantes et génératrices d'une tension tragique et "lovecraftienne", auxquelles de vicieuses parties de guitare confèrent une portée encore plus dévastatrice, cette musique inouïe n'est assurément pas à mettre entre toutes les oreilles...

Les douze plages (Oui! Douze! Cinq ans auparavant, le groupe aurait trouvé matière à accoucher, avec ces douze morceaux d'au moins trois doubles-albums - remember Zeit!)  de cet album sont assurément mémorables.

La photographie qui orne le verso du livret, mettant en vedette Messieurs Baumann, Franke et Froese, est à l'image des compositions: elle se révèle infiniment plus menaçante que celle de n'importe quel combo de black-death-doom-trash-true-metal!!!

     Le clampin de base retient généralement de 77 le Never Mind The Bollocks des nihilistes Pistolets Sexuels - à défaut du Love You Live du plus grand groupe de rock'n'roll du monde-  (et je ne le lui reprocherais certes pas cette passade) ... Mais ce mésestimé Sorcerer n'en gagnerait pas moins à être redécouvert... Jamais le Dream n'avait été autant synonyme de "cauchemar", au bon sens du terme, évidemment...

     "I first heard the Tangerine Dream while in Munich for the opening of The Exorcist. Had I heard them sooner I would have asked them to score that film." William Friedkin (sympa pour Mike Oldfield...).  






Par Grisé - Publié dans : Musique
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Lundi 28 juillet 2008 1 28 /07 /Juil /2008 12:23

ACdada.jpg


     Sans doute le plus méconnu des albums d'Alice Cooper. A l'époque, ce disque est sorti dans l'indifférence générale: la presse spécialisée française ne l'a même pas chroniqué. Depuis, Dada a acquis le statut très particulier d'oeuvre culte. D'après Dick Wagner, il s'agirait "du plus sous-estimé des albums de Cooper et artistiquement d'un des meilleurs".

     Petit rappel des faits: en 1983, Cooper, qui ne parvient pas à surmonter ses problèmes d'alcoolisme, se trouve au creux de la vague, au fond du trou. Ses trois albums précédents ne se sont pas vendus et n'ont convaincu que les fans les plus indulgents. En 1982, Zipper Catches Skin avait vu le retour du guitariste Dick Wagner, co-auteur des tubes de la seconde moitié des années soixante-dix. En 83, Alice devait un dernier album à sa maison de disques, la Warner. Bob Ezrin, le producteur des grands classiques du Coop', avait été chargé de superviser les séances d'enregistrement. Or le principal intéressé était peu motivé et n'avait pas l'intention de quitter son fief de Phoenix pour Toronto. C'est là qu'intervint Dick Wagner qui fut envoyé par Ezrin dans l'Arizona pour convaincre Alice de bien vouloir faire le déplacement jusqu'à Toronto. En définitive, ce dernier accepta, désireux de terminer dignement son contrat. Les trois hommes savaient pertinemment que la Warner n'avait pas l'intention de promouvoir correctement le disque et que son échec commercial était programmé...

     Dada est l'une des oeuvres les plus personnelles de Cooper; il est surtout détaché de toute considération mercantile. La pochette s'inspire d'un tableau de Dali intitulé "Marché d'esclaves avec apparition du buste invisible de Voltaire" (que voilà une chronique instructive!). Cette oeuvre est basée sur une illusion d'optique: selon la façon dont on regarde le tableau, on voit soit des personnages, soit la tête de Voltaire! La pochette de Dada, si on l'observe attentivement, nous permet de contempler ou bien deux personnages ayant le visage d'Alice, ou bien la tête d'un vieillard (même principe que pour celle de Retro Active de Def Leppard). Tout cela n'est pas innocent, le contenu même de ce disque étant conçu pour mystifier l'auditeur... Par exemple, la batterie que l'on croit entendre n'est pas un vrai instrument mais une machine (signalons cependant la présence de Richard Kolinka de Téléphone sur certaines chansons, Bob Ezrin avait produit Dure Limite en 82). Dada n'est pas vraiment un disque de rock au sens traditionnel du terme. Les ambiances étranges et dérangeantes, les atmosphères inquiétantes ont été privilégiées. De ses trois efforts précédents, Cooper n'a retenu que les synthés et les boîtes à rythmes. Mais ces machines sonnent maintenant de manière radicalement différente. Le côté futuriste et robotique de Flush The Fashion a disparu. Les compositions, même si elles ne sont pas forcément liées, racontent des histoires qui donnent le frisson. L'album s'ouvre sur Da Da, un semi-instrumental bizarre basé sur une obsédante mélodie jouée aux synthés. Une voix d'enfant prononce régulièrement ce mot (s'agit-il d'un diminutif de "daddy"?). L'effet produit est bien glauque. Puis une conversation entre un médecin, peut-être un psy, et son patient se fait entendre. Ce premier titre (signé Ezrin) pose admirablement l'ambiance pesante de cet ovni musical. Le deuxième titre, Enough's Enough, est enchaîné brutalement et nous plonge dans une sombre histoire familiale dont les protagonistes sont le père et le fils (au verso, une photo d'Alice adolescent et d'un vieillard - son père? -  prolonge cette thématique). Excellent solo de D.Wagner. Le chef-d'oeuvre de cette première face est placé en troisième position: il s'agit de Former Lee Warmer, ballade fantômatique et lugubre. Il s'agit de l'histoire d'un enfant condamné à vivre reclus dans un grenier, la narration étant effectuée par son frère. Pour certains fans anglophones, le titre même de la chanson contiendrait un jeu de mots et signifierait en fait "Formerly warmer", ce qui sous-entendrait que l'enfant n'est plus vivant. Notons à nouveau le magnifique et émouvant solo de guitare.

No Man's Land se révèle plus enlevé et nous narre les tribulations d'un individu déguisé en Père Noël, succombant aux avances d'une séductrice quelque peu nymphomane et abandonnant la foule de gamins venue le rencontrer. On retrouve ici le Cooper sarcastique de naguère.

Quant à Dyslexia, c'est un morceau pop, ritournelle bien tournée et remarquablement arrangée, avec un faux air de reggae.

     La deuxième face s'ouvre sur Scarlet And Sheba, encore une bien étrange composition, à l'atmosphère des plus particulières, due à ses arrangements pompeux. Le narrateur est ici aux prises avec deux singulières partenaires, Scarlet et Sheba: "They're trying to kill me, want to pick my bones, methodically, erotically". Ensuite survient l'humoristique I Love America (seul single tiré de l'album), morceau plus décontracté et insouciant reposant sur des riffs de guitare incisifs et tranchants. Les paroles sont irrésistiblement drôles et constituent une savoureuse satire de l'"american way of life". Alice en profite aussi pour détourner certains procédés lénifiants de la variété traditionnelle (cf. le passage central et ses bruitages divers, typique des délires de Bob Ezrin). Fresh Blood, avec ses cuivres (synthétiques?) et sa ligne de basse mise en avant est quasiment funky! Le contraste entre le côté guilleret de la forme et le sinistre thème abordé (une sombre histoire de vampire assoiffé de sang humain) est saisissant et rappelle un peu le Too Much Blood des Stones sorti la même année... Les auditeurs attentifs relèveront même un clin d'oeil à Dylan.

     L'album s'achève sur le somptueux Pass The Gun Around, l'une des chansons les plus poignantes de Cooper, toutes périodes confondues, ballade intense et malsaine. Un sentiment de dépression, de néant enveloppe l'auditeur. L'aspect autobiographique est évident dans cette évocation du crépuscule d'un alcoolique au dernier degré. Signalons aussi la présence d'un très long solo de guitare, le plus long à avoir jamais figuré sur un album d'Alice Cooper, dû au talent de Dick Wagner, guitariste scandaleusement oublié. Magique! Quant à la fin de ce titre, elle est surprenante et inattendue...

     Voilà donc une oeuvre qui gagnerait à être découverte même si elle se mérite. C'est un peu le Berlin d'Alice Cooper! Tout comme le chef-d'oeuvre de Lou Reed (sorti en 1973 et aussi produit par Ezrin), Dada fut un cuisant échec commercial. Trois longues années s'écouleront avant que le Coop' n'émerge du Triangle des Bermudes. Mais c'est une autre histoire... Plus jamais il ne nous proposera un disque d'une telle intensité et totalement dégagé de toute contrainte commerciale. 




Par Grisé - Publié dans : Musique
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