Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /Oct /2009 21:54


"Un barbu est un barbu. Trois barbus, c'est des barbouzes." Michel Audiard.


 

Je n'ai jamais aimé les barbus... Peut-être s'agit-il d'un traumatisme lié à ma petite enfance? Peut-être devrais-je entamer une psychanalyse? Peut-être n'est-il pas trop tard? A propos, Freud n'était-il pas barbu? Tout comme ceux qui me traumatisent et dont la seule vue me hérisse, les Ivan Rebroff, Fidel Castro, Corbier, Moustaki et autres Père Noël... Sans parler d'un certain nombre de syndicalistes (sont souvent barbus et repoussants, ces gens-là). Je pourrais aussi ajouter à cette pénible liste le chanteur d'un groupe aujourd'hui bien oublié, Tin Machine, je crois (comment s'appelait-il déjà, ce barbu-là?). Autrefois, je me méfiais même du sympathique Carlos, c'est dire...

J'ai pourtant toujours eu un faible pour la musique de ZZ Top, groupe célèbre justement pour la barbe à la longueur démesurée de deux de ses membres, le vénérable guitariste Billy Gibbons et le poussiéreux et bien-nommé bassiste Dusty Hill. Comme chacun le sait, seul le batteur a, il y a bien longtemps, rasé sa barbe... et arbore depuis une fort vilaine moustache. Cet homme a pourtant l'insigne culot de se nommer Frank Beard, c'est-à-dire Frank Barbe! Allez donc y comprendre quelque chose...

Après une décennie passée à jouer une sorte de blues rock très seventies fort prisé par les  bikers, le trio texan surprit considérablement son monde en accouchant de cet inattendu Eliminator en 1983.

Nos trois amis avaient soudainement décidé d'actualiser leur musique et le synthé, instrument maudit, fit une apparition remarquée.   

Les puristes hurlèrent évidemment à la trahison et au scandale. Mais les cris d'orfraie des vieux fans ne dissuadèrent pas une nouvelle génération ravie de s'intéresser à ce disque, qui devint non seulement l'une des plus grosses ventes de l'année 83, mais de l'industrie musicale tout court, avec plus de dix millions d'unités écoulées ( Eliminator a été certifié disque de diamant en 1996 ). 

Pourquoi un tel succès? Tout d'abord parce que le groupe sut jouer intelligemment la carte du video clip et de MTV, alors en plein boum, exploitant habilement son image pour le moins... hum...  particulière et parvenant même, à force de second degré et d'autodérision, à devenir hip et à plaire simultanément aux gamins et aux intellos branchés. Et cela, rappelons-le, en 1983, année durant  laquelle un look à la Duran Duran ou à la Spandau Ballet était, semble-t-il, de rigueur pour affoler le public.

La formule sur laquelle reposaient la plupart des clips du Top était simple. Le groupe apparaissait quasi-systématiquement comme une sorte de moderne deus ex machina - la machina en question étant un superbe hot rod, à l'origine une Ford de 1933, qui devint d'ailleurs la véritable vedette de ces petits films - venant en aide à de sympathiques jeunes gens n'ayant pas eu la chance de naître avec une cuiller d'argent dans la bouche...

On pourrait d'ailleurs aller plus loin et affirmer qu'en 1983, à l'instar des tribulations dépeintes dans ses vidéos, le Top fut aussi le sauveur du rock. Il ne faudrait quand même pas oublier que cette année fut celle du triomphe de Michael Jackson, pas encore le King of Pop mais alors le roi du funk, ainsi que de David Bowie période Let's Dance, les autres grands vainqueurs de 83 étant des gens comme Culture Club ou Kajagoogoo. N'oublions pas non plus l'immense succès de Police et de son Synchronicity.

Dans un tel contexte, le fan de rock énervé et frustré en était réduit à serrer les dents, ayant très peu de choses à se mettre dans les écoutilles. Certains en étaient même réduits à attendre impatiemment le prochain Stones et ceux-là se suicidèrent lors de la sortie d'Undercover. Et ne parlons pas du public d'AC/DC traumatisé par Flop Of The Switch...

ZZ Top bénéficia ainsi d'une situation généralisée de pénurie et eut quasiment le monopole du rock de grande consommation. Cela eût été malheureux si l'on avait eu affaire à des escrocs patentés mais tel n'était pas le cas, contrairement à ce que leur allure de trafiquants de whisky frelaté aurait pu laisser supposer. Car Eliminator demeure incontestablement l'un des meilleurs disques de l'année, mais aussi de la décennie et même, osons, de l'histoire du rock, tout simplement...

Disque majeur, Eliminator trône au panthéon de la musique populaire. Festival de riffs magiques, juteux, évidents et accrocheurs en diable, avalanche de solos torturés redoutablement inspirés et pourtant à mille lieues de la pyrotechnie vanhalenienne alors de rigueur, il s'agit d'un vrai disque de rock au son sale et artisanal, n'ayant rien à voir avec un quelconque hard FM aseptisé.

Quant aux synthés, ils ne gênent pas. Pour tout dire, c'est à peine si l'on remarque leur présence tant ils font corps avec l'ensemble. En fait, ils permettent juste à l'auditeur de réaliser qu'il n'écoute pas un vieux groupe des années 70 mais un combo éminemment contemporain et vindicatif en diable.

Car le Top est salement énervé et ce Eliminator a sacrément la gnaque.

D'ailleurs, réécouté en 2000 et quelques, le disque ne sonne pas daté comme la plupart de ses petits copains des années 80. Il est intemporel, point barre. Comme Sticky Fingers, comme L.A. Woman. Rien à voir avec un album de Wham!...

Donc ça sonne bien, rudement bien même. Ca sonne même mieux qu'avant. Et j'eusse apprécié que cela sonnât aussi bien après... ce qui ne fut hélas pas le cas. 

Qu'il s'agisse de l'hymne Gimme All Your Lovin', du puissant Got Me Under Pressure, du remuant Sharp Dressed Man, des six minutes d'émotion du blues Need You Tonight, du salace I Got The Six - gimme your nine - , de l'irrésistible Legs, du saccadé Thug, de l'entraînant TV Dinners, du très enlevé Dirty Dog, du chantant If I Could Only Flag Her Down ou du méchant Bad Girl, tout ici est rudement bon. Fameux, même. Et sacrément relevé.

A l'image de sa célèbre bagnole, voici un "vieux" groupe au look peu avenant ( deux barbus, quand même! ) qui s'en revient bousculer les charts avec un gros son intemporel et surgonflé.

Le Top au top... Et vous voudriez décliner l'invitation?

 

 

 

 

Par Grisé - Publié dans : Musique
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Samedi 10 octobre 2009 6 10 /10 /Oct /2009 19:37


Il y a un peu plus de dix ans, vous étiez une rock star, une vraie... Vous passiez même pour le plus choquant des chanteurs. Vous étiez aussi le plus décadent des performers, le prince de l'outrage, le king du shock rock. Vos disques se vendaient par millions. Vous fréquentiez le gratin d'Hollywood. Des foules avides se pressaient à vos concerts. C'était il y a dix ans. Oui, dix ans!

Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts et de whisky dans votre panse. Vous avez composé de nombreuses ballades, reprises par des gens de bon goût, Tina Turner, Patrick Juvet... Vous avez enregistré un album avec Toto. Vous avez même interprété une chanson des Beatles en compagnie des rois du disco, les Bee Gees. Ca, c'était avant votre virage New Wave... Car vous avez ensuite donné dans la New Wave. Et tourné de surcroît avec les ex-musiciens de votre si sympathique voisin Elton John ( aucun rapport avec la New Wave, je vous l'accorde ). Ensuite, évidemment, ce fut le trou noir. Comme Patrick Juvet, vous avez eu peur de la nuit *. Et du jour qui meurt, et des nuits sans coeur...

Vous avez alors décidé de réagir. Echaudé par l'échec retentissant de vos quatre albums précédents, vous avez entrepris de prendre en marche le train fou du hair metal triomphant.

Il est vrai que vous en aviez assez de voir vos enfants adultérins passer en heavy rotation sur MTV, ces petits bâtards de Wasp, Mötley Crüe, Ratt et Madam X... Ces gamins allaient voir ce qu'ils allaient voir... Ils allaient assister à la résurrection du plus infâme des croquemitaines, plus fort que le Père Fouettard et Freddy Krueger réunis ( d'ailleurs n'êtes-vous pas le père de Freddy? **), le mythique et terrifiant Alice Cooper...

Taratata! Toc, toc, badaboum! Après trois ans de silence, vous décidez :

- primo, de remettre au goût du jour votre fascinant show des seventies et de renouer avec votre célèbre look d'antan, maquillage et boa ***.

- secundo, vous recrutez un nouveau groupe, conglomérat hétéroclite de métallos aspirant à la gloire et aux paillettes, dont les plus emblématiques représentants demeurent Kip Winger (basse) et Kane Roberts (guitare), émule à la fois de Sylvester Enzio Gardenzio Stallone et d'Edward Lodewijk Van Halen. 

Après avoir infligé à ce beau monde de sévères répétitions, vous recrutez le producteur Beau Hill, connu alors pour son travail avec Ratt, groupe emblématique de ce milieu de décennie.

Pour que les choses soient bien claires, votre disque s'intitulera Awake For The Snake.

En cours de route, vous modifierez drastiquement les deux points précédents en rebaptisant votre "chef-d'oeuvre" Constrictor et en sollicitant les services de l'ingénieur du son Michael Wagener, chargé de réparer les dégâts commis - selon vous - par Beau Hill, c'est-à-dire la création d'un son trop poppy et commercial à votre goût. C'est d'ailleurs là, bel Alice, que votre démarche devient pour le moins paradoxale dans la mesure où vous prétendez, d'une part, renouer avec votre succès commercial d'antan et revenir, d'autre part, avec un gros son bien heavy et agressif. En vérité, les groupes qui cartonnaient alors, les Mötley, Ratt et autres Bon Jovi n'étaient justement pas réputés pour la violence de leurs productions mais il vous faudra quand même trois bonnes années avant de réaliser cela et d'aller passer un pacte fructueux avec Desmond Child ****...    

Constrictor, donc. Votre premier effort depuis Dada (1983), chef-d'oeuvre méconnu, votre Berlin à vous, qui réussit d'ailleurs l'exploit d'avoir eu encore moins de succès que le joyeux disque de Reed...

Par certains côtés, on serait cependant plus proche de Zipper Catches Skin (1982), pour l'aspect autoparodique s'entend. Un Zipper nanti cette fois d'une production adaptée au ( mauvais ) goût du jour et sur lequel vous consentiriez à chanter, ce qui n'était pas le cas en 1982 ( vous vous contentiez alors de déclamer grotesquement de ridicules histoires du genre de l'inoubliable That Was The Day My Dead Pet Returned To Save My Life, vous en souvenez-vous, merveilleux Alice? Non, vous étiez tellement bourré que vous avez totalement zappé cette délicieuse période... Pas nous!).

Un son de batterie froid et artificiel typique des années quatre-vingts, des parties de guitare à la Van Halen, ou plutôt à la manière des imitateurs du génial Eddie, genre dévalage de manche à la vitesse de l'éclair, façon essaim de guêpes, voilà ce que vous nous offrez en 1986. En cela, vous agissez exactement comme le Kiss démaquillé de cette période. Vous vous transformez en suiveur. Pas bien, ça...

Le pire, c'est que certaines compos se révèlent relativement efficaces et que l'ensemble fonctionne correctement par moments. Les Teenage Frankenstein, Give It Up, The World Needs Guts et autres Crawlin' plairont aux amateurs du genre même si tous ces titres sont aujourd'hui bien oubliés, même par vous, délicieux Alice, qui ne les interprétez plus guère sur scène. Le reste donne dans un heavy rock US assez anonyme, si l'on met de côté votre voix très typée et inimitable. Life And Death Of The Party est cependant très bon et distille fugacement une émotion qui nous renvoie aux fastes d'antan. Quant à Trick Bag, il est carrément pompé sur le Talkin' In Your Sleep des Romantics... Si, si, réécoutez les intros respectives de ces deux chansons...

Il faut d'ailleurs savoir que ce Trick Bag se nommait He's Back à l'origine et était destiné à figurer sur la B.O. du sixième volet du slasher Vendredi 13, judicieusement intitulé Jason Lives. Il est vrai que la musique ici présente correspond parfaitement aux genres de trucs que l'on entend en bruit de fond dans ce genre de film. Mais, sur ordre de votre nouvelle maison de disques, MCA,  vous avez avez dû réenregistrer cette chanson flanquée d'une production techno pop particulièrement datée. Ainsi naquit He's Back ( The Man Behind The Mask ), morceau sorti en single.

Quant à la première mouture, plus heavy, vous vous êtes contenté d'en changer les paroles et le titre. Voici comment He's Back est devenu Trick Bag. Astucieux recyclage, mon cher Alice... 

Pour la petite histoire, rappelons que la version synthétique de He's Back fut un tube énorme en... Suède, infortunée terre natale des Bathory, Marduk, Therion et autres Amon Amarth...

Si le premier single fut numéro un chez les Vikings, l'album, lui, ne dépassa pas la 59ème position des classements ricains.

Cela n'empêcha nullement la tournée The Nightmare Returns de casser la baraque. A défaut de retrouver votre inspiration de naguère, votre petit musée ambulant des horreurs avait renoué avec son succès d'antan, et cela, vilain Alice, était révélateur d'une rage retrouvée.

Sur scène, vous étiez bel et bien de retour, and you were out of control... 

On se console comme on peut...

 

 

* Patrick Juvet, J'ai peur de la nuit, 1975, adaptation francophone de la ballade Only Women Bleed.

** Cf. Freddy's Dead: The Final Nightmare.

*** Il ne s'agit certes pas là de cet élégant accessoire vestimentaire si prisé par les élégantes et par la grande Zoa mais d'un authentique boa constricteur...

**** En 1989, l'album Trash réalisé en compagnie de D. Child, à la composition et à la production, connaîtra un très gros succès commercial.

   





Par Grisé - Publié dans : Musique
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Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /Oct /2009 18:27

Question cruciale : quel est le meilleur Sab' de la grande époque?

Interrogation majeure assurément. Je parle là du plus grand groupe de heavy metal de tous les temps et de l'un des cinq ou six combos les plus importants et influents de l'histoire du rock.

Mettons tout d'abord de côté les deux derniers albums du groupe, les expérimentaux Technical Ecstasy (1976) et Never Say Die (1978), assez éloignés du style sabbathien classique et souvent mal aimés.

Faisons de même avec les excellents Sabbath Bloody Sabbath (1973) et Sabotage (1975), qui ne sonnent plus vraiment comme du Sab' millésimé...

A ce stade, la réponse à notre question liminaire devient  éminemment  prévisible: pour le fan de base, il s'agit immanquablement de l'un des trois premiers chefs-d'oeuvre du célèbre groupe anglais.

Certains citeront Black Sabbath (1970) pour l'aspect historique, ce premier effort étant généralement considéré comme le premier véritable disque de heavy metal et cet aspect génésiaque relègue ses quelques ( petits ) défauts bien réels au second plan, en particulier les solos superfétatoires destinés à remplir la seconde face du vinyl.

Les lecteurs assidus des numéros hors-série de Rock&Folk prétendant dresser la liste des cent ou cent cinquante meilleurs disques de tous les temps choisiront quant à eux le mythique Paranoid (1970), systématiquement désigné par d'éminents spécialistes comme étant le seul album écoutable de la Messe Noire  et qui demeure incontestablement le grand classique du groupe d'Ozzy la Gargouille.  

D'autres, et plus particulièrement les fumeurs de moquette, s'empresseront de pointer le monolithique Master Of Reality (1971), autre merveille de lourdeur débutant par le fameux Sweet Leaf, grand hymne desdits fumeurs de moquette...

Il me semble pourtant que le Sab' a sorti huit albums studio...

En 1972 surgit des entrailles de l'enfer la quatrième offrande sabbathienne, ce fuligineux Vol. 4... 

Sur la pochette, Ozzy, immortalisé en inquiétant maître de cérémonie, se livre, hiératique, à la postérité.

Vol. 4 ou l'apogée du son Black Sabbath. Jamais plus le groupe ne sonnera ainsi. Par la suite, les désirs de respectabilité de Tony Iommi prendront le dessus. Désireux d'être considéré comme un artiste, un vrai, il accordera davantage d'importance à la production des disques du Sab' et privilégiera les solos ouvragés, ce au détriment des riffs percutants et inoubliables d'antan.

Sur Vol. 4, il se contente encore de jouer sur son vieux matos, utilise toujours ses amplis vintage et sa guitare accouche de riffs monumentaux.

De l'intro majestueuse de l'épique Wheels Of Confusion à Under The Sun, tout se révèle ici indispensable et mémorable, le groupe réussissant l'exploit de transporter l'auditeur dans une bien étrange dimension parallèle.

Trois des dix titres de ce chef-d'oeuvre, le lent Tomorrow's Dream, la ballade Changes et l'instrumental Laguna Sunrise, figurent d'ailleurs sur le fameux Greatest Hits (1977), dont la pochette reprend opportunément le Triomphe de la Mort de Bruegel l'Ancien.

Si Tomorrow's Dream - premier single du groupe depuis Paranoid -  demeure du Sab' classique, pesant et sinistre, Changes est une chanson poignante à base de piano et de mellotron permettant à Ozzy le fou d'exprimer toute l'intensité de son désespoir. "Noir, c'est noir, il n'y a plus d'espoir." Quand on pense que des cuistres se permettent de dénigrer ses talents de chanteur... Peu de vocalistes sont capables de dégager une telle émotion... Et Laguna Sunrise, telle une bulle légère et diaphane, parvient à distiller une troublante impression de paix et de sérénité, avec sa guitare accoustique flottant sur un fond de mellotron. 

Un autre instrumental, FX, terrifiant prélude de Supernaut, installe, lui, une atmosphère menaçante, malsaine.

Le reste de l'album peut être pris pour une sorte d'épitome de l'esprit du Sabbath Noir.

A l'écoute de Supernaut, les mégalithes de Stonehenge semblent s'abattre sur l'infortuné auditeur qui en redemande. 

Citons aussi le riff parfait de Snowblind, chanson consacrée à la substance favorite du groupe ( le Sab' remercie d'ailleurs "the great COKE-Cola Company of Los Angeles" sur la pochette ), l'intro pesante et lourde de menaces du lugubre Cornucopia, les lourds roulements de batterie de Bill Ward, le chant éprouvant et halluciné de la Gargouille et l'atmosphère sinistre qui émane de l'ensemble, lourdeur et résignation mêlées.

Vol. 4 n'est pourtant pas le sombre monolithe que l'on pourrait croire et se révèle même relativement varié. Souvent oublié, rarement plébiscité, il n'en constitue pas moins l'une des pierres angulaires de la discographie de Black Sabbath, se révèle sur la longueur plus cohérent que le premier album et largement aussi inspiré que Master Of Reality. Et tant pis s'il ne contient pas de tube à la Paranoid dans la mesure où il propose des compos nettement plus consistantes que ce "classique", en réalité hâtivement composé dans le seul but de remplir l'album du même nom.

Près de quarante ans après sa sortie, Vol. 4 demeure l'un des plus indiscutables chefs-d'oeuvre du groupe et une sorte de pic indépassable, véritable quintessence du son sabbathien... Black Sabbath, maître ès vertiges et sensations fortes, dispensateur de puissantes vibrations et autres terribles émanations telluriques, Black Sabbath, le groupe chtonien ultime...



Par Grisé - Publié dans : Musique
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Samedi 12 septembre 2009 6 12 /09 /Sep /2009 18:42

 

 

Ex-Jefferson Airplane et futur Starship tout court, le Jefferson Starship traversa avec succès les années 70, alignant plusieurs albums intéressants (Dragon Fly, Red Octopus) et plusieurs singles à succès (Count On Me et le méga-hit Miracles). Si la musique produite par le groupe n'avait plus rien à voir avec les délires hallucinés et lysergiques de l'Airplane, le Jefferson Starship préférant donner dans une sorte de rock californien pépère mâtiné de soul et de pop, elle n'en était pas pour autant devenue sans intérêt, bien au contraire...

En 1979, il était cependant permis de s'interroger sur la viabilité de la formation. En effet, plusieurs piliers du J.S. avaient pris la poudre d'escampette, à savoir le batteur John Barbata et surtout la charismatique Grace Slick et Marty Balin, auteur des plus gros hits du groupe.

C'est donc un nouveau J. S. qui enregistra ce Freedom At Point Zero, sous la direction du producteur Ron Nevison. Les guitaristes Paul Kantner et Craig Chaquico, le multi-instrumentiste Pete Sears, le bassiste David Freiberg sont de retour en compagnie du chanteur Mickey Thomas et du fabuleux batteur Aynsley Dunbar, qui a joué avec tout le gratin du rock, de Reed à Zappa, en passant par le Bowie de Pin Ups.

Contre toute attente, Freedom At Point Zero constitue une excellente surprise et propose des compositions fraîches, variées et inspirées. Le groupe est à l'aise dans tous les registres, qu'il s'agisse du rock franchement FM de Jane, sorti en single et clairement influencé par le Toto de Hold The Line, du rock'n'roll de la bien nommée Rock Music, des irrésistibles délires pop de Things To Come et Girl With The Hungry Eyes, en passant par des pièces plus ambitieuses et progressives telles que l'excellent morceau-titre et le grandiose et planant Awakening qui permet au virtuose Craig Chaquico de montrer toute l'étendue de son talent. 

Son jeu lyrique et inspiré illumine en fait tout l'album, transcendé aussi par la frappe puissante de Dunbar et les harmonies vocales soignées, typiques du groupe.

Pour toutes ces raisons, Freedom At Point Zero connut un joli succès commercial et demeure l'un des albums les plus plaisants et attachants du Jefferson Starship, son écoute se révèlant d'ailleurs toujours éminemment plaisante, près de trente ans après sa parution. Et cela n'est certes pas donné à tout le monde...     







Par Grisé - Publié dans : Musique
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Lundi 7 septembre 2009 1 07 /09 /Sep /2009 20:07
neverletmedown.jpg


"I've always felt like a vehicle for something else but then I've never sorted out what that was." David Bowie, 1973. En 1987, le conducteur s'était apparemment assoupi. Dangereux, ça....

 

 

 

Annoncé comme l'album du grand retour de David l'avide, Never Let Me Down n'en demeure pas moins l'un des plus fumants poissons d'avril de tous les temps...

Après avoir successivement incarné des personnages aussi fascinants et mémorables que  Ziggy Stardust, Halloween Jack ou le Thin White Duke (liste non exhaustive...), David Bowie fut soudain littéralement happé, possédé, dévoré, par le vide interstellaire, l'indicible néant, le grand rien... 

Dans les années 70 prévalaient la recherche de l'originalité et la volonté de se singulariser.

Les années 80 furent celles du grand saut dans le mainstream et l'anonymat...

"I'm Pierrot, I'm Everyman." aimait autrefois à déclarer Bowie. Mais, en 1987, celui-ci était devenu M. Personne!!!

En plein syndrome post-Let's Dance, c'est-à-dire poches pleines et esprit vide, l'inspiration

 en berne, il accoucha de ce foireux Never Let Me Down...  

Ayant renoncé à incarner des personnages typés et dérangeants, Bowie se transforma en M. Propre de la pop. Sa musique, autrefois troublante, raffinée, et parfois hermétique devint émétique et creuse. En un mot: merdique! David le caméléon, pathétique médium ayant perdu son pouvoir, s'imprégna alors exclusivement de l'air du temps et, conséquemment, de l'épaisse couche de médiocrité ambiante.

Superficielles années quatre-vingts qui virent la transformation des radios libres en pompes à fric, déversoir stipendié de calamiteuses productions aseptisées et calibrées...les années Stock Aitken Waterman et de l'avènement du clip-roi, la musique devenant la simple bande sonore de vidéos de plus en plus creuses et prétentieuses... Ainsi, en moins de dix ans, on passa de l'originalité et de la classe pure de Ashes To Ashes aux boursouflures que demeurent les clips de Never Let Me Down et Day-In Day-Out, quintessence absolue de ces années yuppies et panurgiennes.

Never Let Me Down ou The Fall Of Dizzy Bang Bang And The Glass Spider From Shining Star...

Oui, approchez gentes dames, vous aussi tendres damoiseaux... Venez assister au grand Barnum de l'an de grâce 1987, au show ultime de Da Vide Beauoui, grand maître ès calembredaines... Tout cela sur un seul malheureux disque... Le carambouillage de l'année assurément... 

Oui, bonnes gens, n'ayez pas peur, réjouissez-vous...  Pour 120 anciens francs, vous aurez droit à du funk de supermarché, à du rock FM ventripotent, à de la mauvaise dance, aux solos d'un Peter Frampton impotent expressément décongelé pour la circonstance, à une reprise d'Iggy Poop et même, cerise sur le gâteau, à un rap de Mickey Rourke !!! Manque juste un strip tease de Catherine Deneuve...

Album clinquant et racoleur, NLMD a tout de ces friandises riches en saccharine, à forte teneur en édulcorants, arômes artificiels et autres produits de synthèse hautement cancérigènes... Consternante déjection, indigeste pièce montée, abomination informe et visqueuse, navrante saloperie, bouse frelatée, monstruosité putrescente, concentré de matière ectoplasmique dégénérée, calamité surnaturelle, No Sound, No Vision !!!

Difficile de donner objectivement une idée du désastre... Rappelons quand même au passage que la version originale de l'album comportait un titre intitulé Too Dizzy, tellement nul qu'il a été supprimé des rééditions successives !!! Phénomène quasi-unique à ma connaissance. En ces temps de révisionnisme forcené, on peut affirmer que cette chanson n'a effectivement jamais existé... Mais tant qu'à faire, c'est tout l'album qu'il eût fallu précipiter aux fins fonds des abysses, dans la quatrième dimension ou dans un trou noir.

Le clip de Day-In Day-Out nous montrait un Bowie en roller,  mais cela n'empêche pas NLMD d'avoir été enregistré avec les pieds. Son auteur est d'ailleurs le premier à reconnaître que ce disque atroce constitue le nadir de sa carrière.

On pourrait certes sauver à la rigueur le simili-tube Day-In Day-Out, facile et superficiel, Time Will Crawl, bonne chanson gâchée par un enrobage sonore trop typé années quatre-vingts et que Leos Carax parviendra cependant à transcender quatre ans plus tard dans une scène mémorable de son film Les Amants Du Pont Neuf... Le morceau-titre n'est pas dénué d'intérêt avec son harmonica vibrant et ses influences lennoniennes.

Quant au reste... Les références au passé tombent à plat. Glass Spider (rien à voir avec les Araignées de Mars, hélas...) évoque vaguement Diamond Dogs, les crocs et les diamants en moins.

Les héros, fatigués, sont devenus des zéros...Zeroes... Les zéros et l'infini de la daube estampillée eighties... '87 And Cry... Cry... Cry...

Et puis, passons miséricordieusement sur les clips, coûteux et puants, à l'esthétique gerbante,  à l'image de la pochette résolument hideuse... que je n'ai ni la force ni l'envie de décrire...

Contre toute attente, la tournée Glass Spider connut un immense succès, supérieur même à celui du Serious Moonlight Tour de 83. Et l'artiste interpréta régulièrement sur scène neuf (!) des onze titres du nouvel album. Un événement bien peu reluisant vint cependant menacer le bel ordonnancement de l'ensemble : Wanda Nichols, une jeune Texane, accusa Bowie de l'avoir violée dans sa chambre d'hôtel après l'un des concerts de Dallas. Elle affirma aussi avoir été mordue par le chanteur au niveau du dos et des jambes. Son agresseur lui aurait même déclaré: " Maintenant tu as le SIDA!" On imagine sans problème le malaise provoqué par une telle affaire dans l'Amérique de Reagan! Et les retombées sur l'image d'un artiste qui se voulait dorénavant clean et transparent, à mille lieues des fantômes ambigus du passé.

L'enjeu était tel que, pour prouver son innocence, Bowie en fut réduit à passer un test de séropositivité.Les résultats amenèrent bien évidemment le jury à rejeter la plainte de l'affabulatrice. Mais le mal était fait...

Après avoir définitivement tué chacune de ses incarnations successives, Bowie en était arrivé à une sorte de point de non-retour. Pour survivre à sa mort artistique, il lui fallait se suicider symboliquement, seul moyen d'espérer renaître, humainement et musicalement, tel le Phénix. D'où l'option Tin Machine, qui vit David Bowie, quand même le plus individualiste des entertainers, se fondre dans l'anonymat d'un (mauvais) groupe de hard rock dont il se vantait de n'être qu'un membre parmi d'autres. Qu'importe en définitive puisque cette thérapie de choc et de groupe fut éminemment salutaire, lui permit par la suite d'engendrer le superbe Outside, et d'entamer une nouvelle et fort intéressante phase de sa carrière.  

Par Grisé - Publié dans : Musique
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