Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /Juin /2009 14:29

Thriller_-Michael_Jackson-.jpg


         "D'accord, ce n'est pas du heavy -metal, mais c'est tout de même bien fait !" 
                 Lemmy (Motörhead), Rock n°72, janvier 1984

                      "Qu'est-ce qu'Eddie est allé foutre avec Michael Jackson ? Jouer un solo identique à ce qu'il fait avec le groupe depuis dix ans. La belle affaire !"

                                                    David Lee Roth, chanteur de Van Halen.

 

 
                                      Considérations sur feu Michael Jackson


         

          Ainsi, ce qu'il reste du corps de Michael Jackson aurait été remis à sa famille sans nul doute éplorée... Je ne sais pourquoi mais, lorsque j'essaie de me représenter une telle scène, des images du film Reanimator me reviennent immanquablement à l'esprit...

 

 

        

Présentement, ce sont d'autres souvenirs, plus anciens, qui remontent à la surface...

 

 ... Le printemps 83. L'année scolaire se termine. Bientôt les vacances. Il fait beau, il fait chaud. La cour du collège baigne dans l'aveuglant soleil de mai. Je distingue cependant une copine assise sur un banc, le casque de son walk-man sur la tête. J'ignore ce qu'elle peut bien écouter. Musicalement parlant, nous n'avons que peu d'affinités. La dernière fois qu'elle a tenté de me faire aimer une chanson, ce devait être l'un des gros tubes du groupe funky-kitsch Imagination. Certes, depuis quelques semaines (n'oubliez pas que nous sommes au printemps 83), le nom de Bowie ne lui est plus inconnu et elle adore maintenant l'interprète de Let's Dance (pour les mauvaises raisons, comme tout le monde, il faut bien l'avouer). En tout cas, je n'ai qu'une envie, c'est de me rapprocher d'elle et l'apparent mais fallacieux désir d'approfondir mon étroite et monomaniaque culture musicale alors essentiellement constituée de Stones, de Bowie et de Stones, peut me fournir un excellent prétexte pour aller m'asseoir auprès d'elle... De toute façon, elle n'a que faire d'une excuse aussi vaseuse, la garce connaissant par trop mes goûts musicaux, mais elle ne m'accueille pas moins à ses côtés avec une satisfaction certaine dans la mesure où, cette année-là, je suis indiscutablement le garçon le plus populaire de la classe, en tout cas auprès des demoiselles, ce qui relègue toute autre considération au second plan. Elle a l'air littéralement captivé par ce qui sort des petits émetteurs, chose qui, il faut bien l'avouer, lui arrive rarement, cette charmante jeune fille passant d'ordinaire le plus clair de son temps à s'admirer dans son miroir de poche et à perfectionner le rendu de son maquillage, surtout en maths. Je m'assois donc à ses côtés et elle me fait alors passer son casque avec ce risible air de conspirateur qu'ont les ados dans ce genre de situation. Le rythme du morceau ne m'est pas inconnu, je l'ai déjà entendu plusieurs fois à la radio. "C'est quoi ?

- Comment ? Tu ne connais pas ? C'est Michael Jackson."

Autant le déclarer tout de suite, même en 1983, la musique de Michael Jackson, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, n'est pas vraiment au centre de mes préoccupations existentielles. Cela ne m'empêche certes pas d'admettre que Billie Jean est une excellente chanson... Surtout en ce magnifique début d'après-midi... et en aussi agréable compagnie...

 

... L'été qui suivit fut rythmé par le second tube extrait de Thriller, l'irrésistible Beat It. Nous étions, il faut bien l'avouer, soumis à un extraordinaire matraquage, cette chanson nous étant assénée par les radios unanimes au moins cinq fois par jour (et il s'agit là d'un minimum), Let's Dance n'étant quant à elle diffusée que quatre fois, un peu plus cependant que Every Breath You Take... Ce fut un été épuisant.

 

... Le feuilleton se poursuivit jusqu'en 1984. La diffusion du clip de Thriller fut un événement mondial et la France ne fut pour une fois pas épargnée par le tsunami. Mine de rien, nous assistions là à une mutation majeure de l'industrie musicale. Pour la première fois dans l'histoire de la musique populaire, on n'écoutait pas le dernier disque d'un artiste mais on le regardait à la télé...

           ...Le 27 janvier, alors qu'il se trouvait au Shrine Auditorium de Los Angeles pour le tournage d'une publicité destinée à la multinationale Pepsi Cola, Michael Jackson fut grièvement blessé par l'explosion soudaine d'une caisse de fumigènes; des flammèches atteignirent les cheveux recouverts de laque de l'artiste qui s'enflammèrent brusquement. Transporté aux urgences du Cedars Sinaï Hospital, il fut ultérieurement transféré au service des grands brûlés d'une clinique de Culver City...

 

          ... La cote de Michael J. était tellement élevée que, dans les mois qui suivirent, on fit la promotion d'un disque dont le principal intérêt était la présence dudit Jackson dans les choeurs: il s'agissait du célèbre Somebody's Watching Me de "fissapapa" Rockwell, qui se trouvait surtout être le rejeton de Berry Gordy, mythique boss de la Tamla.  

... Le bizness poussa même le bouchon jusqu'à ressortir le film de Sidney Lumet, The Wiz, dans lequel M.J. tenait le rôle d'un épouvantail. Les mauvaises langues loueront le caractère prémonitoire de ce long métrage de 1978. Mais à l'époque, M.J. était encore maquillé...

 

          ... D'inquiétantes rumeurs commençèrent à courir sur le personnage: abus de chirurgie esthétique, nuits passées dans un caisson à oxygène, tentative d'achat des restes de l'infortuné John Merrick, alias Elephant Man, etc.

La plus inquiétante d'entre toutes, celle qui me donnait des sueurs froides et perturbait gravement mon sommeil, se trouvait être la menace d'un hypothétique duo avec l'autre M.J., c'est-à-dire Mick Jagger, célèbre chanteur du groupe à la langue bien pendue. Le Jag', toujours diplomate, laissait quant à lui entendre qu'il préférerait de loin enregistrer un disque avec Prince.

Le grotesque State Of Shock n'en sortit pas moins à l'été 84. En fait de victoire, l'album Victory (le précédent avait pour titre Triumph !) en était surtout une à la Pyrrhus: tant d'énergie et de fric dépensés pour ça! Une pochette résolument hideuse, une production signée Toto et un Mick Jagger se contentant de placer sa voix sur un titre initialement destiné à Freddie Mercury...

 

          ... Je vous fais grâce de tous les détails de la carrière du bonhomme (euh, il s'agit d'une prétérition...).

Rappelons cependant l'influence pernicieuse qu'il eut sur le trop influençable Freddie Mercury qui, à force de le fréquenter, finit par se prendre pour un Noir et poussa ses petits camarades de Queen à enregistrer le déplorable et funky (but not chic) Hot Space (1982).

A la suite du succès de State Of Schock, Mick Jagger crut qu'il était en mesure de se lancer dans une carrière solo et cela faillit déboucher sur le split du plus grand groupe de rock du monde.

Philippe Manoeuvre fit même remarquer un jour que Jackson avait détruit tous les groupes auxquels il avait emprunté un guitariste et il y a une part de vérité dans cette cruelle assertion: David Lee Roth quitta Van Halen peu de temps après l'affaire Beat It (et Eddie joua gratuitement sur ce morceau... Quel sens des affaires !), Steve Stevens plaqua Billy Idol après Dirty Diana, ce qui plomba drastiquement la carrière du péroxydé. Quant à Guns N'Roses, on sait ce qu'il advint du groupe dans les années qui suivirent la prestation de Slash sur Black And White...

On signalera aussi que le célèbre morceau Thriller (ainsi que le clip l'illustrant) s'inspire fortement des délires de l'excellent Alice Cooper. Les sceptiques voudront bien se reporter au génial Welcome To My Nightmare (1975) sur lequel on remarque déjà la présence d'un certain Vincent Price (cf. The Black Widow). Toujours cette volonté d'attirer à soi le public blanc, et même sa frange censément la plus réfractaire aux charmes de la musique noire, à savoir les amateurs de hard rock...

 

...On passera sous silence le clip de Bad et ses déguisements que refusèrent même de porter les survivants de San Ku Kaï...

... Oui, évitons de parler de la suite... Le petit prince du funk et sa mutation en King Of Pop, puis en King Of Poop...

Rarement fin de carrière fut-elle plus pathétique et catastrophique. Reconnaissons au moins à James Dean, Mike Brant et Claude François d'avoir su s'arrêter à temps... Le crépuscule de M.J. évoque hélas par trop celui du père de son ex-femme...

A chaque fois un nouvel album moins trépidant que le précédent. D'atroces ballades que Nana Mouskouri n'aurait jamais osé entonner (même en duo avec Demis Roussos, c'est dire...). M.J. ne fut certes jamais vraiment dangerous, même pour les mineurs, malgré les insinuations de certaines langues de putes.

Mais de là à se vautrer de la sorte...

Il est vrai que le malheureux avait bien des excuses: comment rebondir lorsque votre nouvel album, pourtant vendu à plus de 13 millions d'exemplaires, est malgré tout considéré comme un cuisant échec commercial ? ...

 

          ... On pourrait aussi revenir sur les dégâts considérables commis par une certaine presse, sur l'ignoble  lynchage médiatique dont M.J. fut l'objet ces dernières années, sur la base non de faits avérés mais d'accusations sordides et éminemment sujettes à caution, je pense en particulier à celles de la famille Chandler. Cet ex-Noir devenu blanc ne sera, dans ce domaine, jamais véritablement blanchi aux yeux de l'opinion. Et cela est d'autant plus inouï que récemment, en France, quinze pour cent des électeurs ont voté pour un ex-rouge devenu vert glauque ayant publiquement et par écrit admis avoir perpétré des actes largement aussi condamnables que ceux attribués à M.J. Le plus cocasse, c'est que dans ce dernier cas, ce fut l'accusateur du  sinistre individu qui fut traîné dans la boue par des médias déliquescents... Oui, comment expliquer une telle inégalité de traitement médiatique ?...

 

          ... Quoi qu'il en soit, M.J. fut aussi une sorte de cobaye humain, et pas uniquement dans le domaine chirurgical...

Ni homme, ni femme, ni blanc, ni noir, enfant dans un corps d'adulte, moderne Peter Pan, M.J. symbolise l'humanité nouvelle souhaitée par les idéologues du système globalisé. Citoyen d'un monde uniformisé, il est le représentant le plus emblématique de ce fameux cross-over si prisé dans les années 80, censé abolir les frontières musicales pour commencer, raciales ensuite et territoriales pour finir...

A cinquante ans, le Noir qui voulut être blanc (obsession devenue somme toute assez rare en ces temps de whiggerisation effrénée de la société) nous a quittés. Non, Michael, tu n'étais pas invincible, et c'est justement pour cela que ta destinée nous touche et nous émeut...    


 



Par Grisé - Publié dans : Musique
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

Fan de MJ je trouve ta critique magnifique, et certains passages m'ont bien fait rigoler. Truculent et bien fouillé!
ps: j'avoue j'ai adoré State of Shock à sa sortie ..euh... et même maintenant je crois...c'est bon la honte...
Commentaire n°1 posté par lala le 31/05/2010 à 09h51
Intéressant d'avoir l'avis d'un(e)fan. En ce qui concerne State Of Schock, on était quand même en droit d'attendre quelque chose de plus définitif, je sais pas moi, un mélange de Satisfaction et de Beat It, ou un hybride atomique de Miss You et de Billie Jean...
Commentaire n°2 posté par Grisé le 31/05/2010 à 15h07

Catégories

Présentation

Créer un Blog

Texte Libre

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Derniers Commentaires

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés