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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 20:07

 

 

 

 

"I've always felt like a vehicle for something else but then I've never sorted out what that was." David Bowie, 1973. En 1987, le conducteur s'était apparemment assoupi. Dangereux, ça....

 

 

 

Annoncé comme l'album du grand retour de David l'avide, Never Let Me Down n'en demeure pas moins l'un des plus fumants poissons d'avril de tous les temps...

Après avoir successivement incarné des personnages aussi fascinants et mémorables que  Ziggy Stardust, Halloween Jack ou le Thin White Duke (liste non exhaustive...), David Bowie fut soudain littéralement happé, possédé, dévoré, par le vide interstellaire, l'indicible néant, le grand rien... 

Dans les années 70 prévalaient la recherche de l'originalité et la volonté de se singulariser.

Les années 80 furent celles du grand saut dans le mainstream et l'anonymat...

"I'm Pierrot, I'm Everyman" aimait autrefois à déclarer Bowie. Mais, en 1987, celui-ci était devenu M. Personne !!!

En plein syndrome post-Let's Dance, c'est-à-dire poches pleines et esprit vide, l'inspiration

 en berne, il accoucha de ce foireux Never Let Me Down...  

Ayant renoncé à incarner des personnages typés et dérangeants, Bowie se transforma en M. Propre de la pop. Sa musique, autrefois troublante, raffinée, et parfois hermétique devint émétique et creuse. En un mot: merdique ! David le caméléon, pathétique médium ayant perdu son pouvoir, s'imprégna alors exclusivement de l'air du temps et, conséquemment, de l'épaisse couche de médiocrité ambiante.

Superficielles années quatre-vingts qui virent la transformation des radios libres en pompes à fric, déversoir stipendié de calamiteuses productions aseptisées et calibrées...les années Stock Aitken Waterman et de l'avènement du clip-roi, la musique devenant la simple bande sonore de vidéos de plus en plus creuses et prétentieuses... Ainsi, en moins de dix ans, on passa de l'originalité et de la classe pure de Ashes To Ashes aux boursouflures que demeurent les clips de Never Let Me Down et Day-In Day-Out, quintessence absolue de ces années yuppies et panurgiennes.

Never Let Me Down ou The Fall Of Dizzy Bang Bang And The Glass Spider From Shining Star...

Oui, approchez gentes dames, vous aussi tendres damoiseaux... Venez assister au grand Barnum de l'an de grâce 1987, au show ultime de Da Vide Beauoui, grand maître ès calembredaines... Tout cela sur un seul malheureux disque... Le carambouillage de l'année assurément... 

Oui, bonnes gens, n'ayez pas peur, réjouissez-vous...  Pour 120 anciens francs, vous aurez droit à du funk de supermarché, à du rock FM ventripotent, à de la mauvaise dance, aux solos d'un Peter Frampton impotent expressément décongelé pour la circonstance, à une reprise d'Iggy Poop et même, cerise sur le gâteau, à un rap de Mickey Rourke !!! Manque juste un strip tease de Catherine Deneuve...

Album clinquant et racoleur, NLMD a tout de ces friandises riches en saccharine, à forte teneur en édulcorants, arômes artificiels et autres produits de synthèse hautement cancérigènes... Consternante déjection, indigeste pièce montée, abomination informe et visqueuse, navrante saloperie, bouse frelatée, monstruosité putrescente, concentré de matière ectoplasmique dégénérée, calamité surnaturelle, No Sound, No Vision !!!

Difficile de donner objectivement une idée du désastre... Rappelons quand même au passage que la version originale de l'album comportait un titre intitulé Too Dizzy, tellement nul qu'il a été supprimé des rééditions successives !!! Phénomène quasi-unique à ma connaissance. En ces temps de révisionnisme forcené, on peut affirmer que cette chanson n'a effectivement jamais existé... Mais tant qu'à faire, c'est tout l'album qu'il eût fallu précipiter aux fins fonds des abysses, dans la quatrième dimension ou dans un trou noir.

Le clip de Day-In Day-Out nous montrait un Bowie en roller,  mais cela n'empêche pas NLMD d'avoir été enregistré avec les pieds. Son auteur est d'ailleurs le premier à reconnaître que ce disque atroce constitue le nadir de sa carrière.

On pourrait certes sauver à la rigueur le simili-tube Day-In Day-Out, facile et superficiel, Time Will Crawl, bonne chanson gâchée par un enrobage sonore trop typé années quatre-vingts et que Leos Carax parviendra cependant à transcender quatre ans plus tard dans une scène mémorable de son film Les Amants Du Pont Neuf... Le morceau-titre n'est pas dénué d'intérêt avec son harmonica vibrant et ses influences lennoniennes.

Quant au reste... Les références au passé tombent à plat. Glass Spider (rien à voir avec les Araignées de Mars, hélas...) évoque vaguement Diamond Dogs, les crocs et les diamants en moins.

Les héros, fatigués, sont devenus des zéros...Zeroes... Les zéros et l'infini de la daube estampillée eighties... '87 And Cry... Cry... Cry...

Et puis, passons miséricordieusement sur les clips, coûteux et puants, à l'esthétique gerbante,  à l'image de la pochette résolument hideuse... que je n'ai ni la force ni l'envie de décrire...

Contre toute attente, la tournée Glass Spider connut un immense succès, supérieur même à celui du Serious Moonlight Tour de 83. Et l'artiste interpréta régulièrement sur scène neuf (!) des onze titres du nouvel album. Un événement bien peu reluisant vint cependant menacer le bel ordonnancement de l'ensemble : Wanda Nichols, une jeune Texane, accusa Bowie de l'avoir violée dans sa chambre d'hôtel après l'un des concerts de Dallas. Elle affirma aussi avoir été mordue par le chanteur au niveau du dos et des jambes. Son agresseur lui aurait même déclaré: " Maintenant tu as le SIDA !" On imagine sans problème le malaise provoqué par une telle affaire dans l'Amérique de Reagan ! Et les retombées sur l'image d'un artiste qui se voulait dorénavant clean et transparent, à mille lieues des fantômes ambigus du passé.

L'enjeu était tel que, pour prouver son innocence, Bowie en fut réduit à passer un test de séropositivité. Les résultats amenèrent bien évidemment le jury à rejeter la plainte de l'affabulatrice. Mais le mal était fait...

Après avoir définitivement tué chacune de ses incarnations successives, Bowie en était arrivé à une sorte de point de non-retour. Pour survivre à sa mort artistique, il lui fallait se suicider symboliquement, seul moyen d'espérer renaître, humainement et musicalement, tel le Phénix. D'où l'option Tin Machine, qui vit David Bowie, quand même le plus individualiste des entertainers, se fondre dans l'anonymat d'un (mauvais) groupe de hard rock dont il se vantait de n'être qu'un membre parmi d'autres. Qu'importe en définitive puisque cette thérapie de choc et de groupe fut éminemment salutaire, lui permit par la suite d'engendrer le superbe Outside, et d'entamer une nouvelle et fort intéressante phase de sa carrière.  

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commentaires

T
juste le lien d'un site "Ninivite" (un genre d'expression Romantique, une Berliozerie... ), "juste énorme" diraient des + jeunes que moi; c'est en anglais, c'est exhaustif, et le patron, Chris<br /> O'Leary est plutôt cool... REMARQUABLE:<br /> <br /> bowiesongs.wordpress.com (Pushing Ahead Of The Dame)<br /> <br /> à transmettre aux gars du Bowie Blog Tour 2009,<br /> <br /> Salutations,<br /> <br /> hp (the Hunt Sales Memorialist, tin man... )
G
<br /> <br /> Oui, merci pour ce lien qui permet effectivement d'accéder à un site des plus passionnants.<br /> <br /> <br /> <br />
T
Merci de votre réponse.<br /> Je respecte votre point de vue. Il se pourrait bien que le mien ait toujours 20 ans (mon âge en 89..., l'âge où les rencontres sont définitives). Fort heureusement j'ai pour moi d'écouter des<br /> musiques ("sons organisés" dixit Varèse) fort diverses; des Gamelans à Scott Walker, de Ligeti à Killing Joke, de Miles Davis à Gesualdo en passant par Berg, Tin & Soft Machine, Sam & Dave,<br /> Glenn Branca, Keiji Haino ou Zoviet France: un vrai capharnaüm qui compose une sorte de BO improbable parfaitement assumée... tout un monde de flux qu'il me passionne de décrypter à l'infini.<br /> <br /> Bien à vous,<br /> the Hunt Sales Memorialist<br /> <br /> mais tout de même, (ré)écoutez si vous en avez l'occasion "I can't read" jouée live à La Cigale, Paris le 25 juin 1989: un chef d'oeuvre de déconstructivisme chargé d'une je ne sais quelle<br /> délicieuse (haute) tension... encore très moderne !!!
G
<br /> <br /> Quant à moi, je respecte pleinement le vôtre, d'autant plus qu'il est argumenté. Nous touchons là à quelque chose de totalement irrationnel, la musique, et de surcroît à celle d'un artiste<br /> majeur, Bowie, dont j'ai longtemps suivi la carrière avec passion.<br /> <br /> <br /> Cordialement.<br /> <br /> <br /> <br />
T
Tin Machine... un mauvais groupe de hard rock????<br /> 1 - Tin Machine était un bon groupe formé de "singularités musiciennes" talentueuses. Les frères Sales sont excellents (cf. Lust For Life)et capables de jouer bien autre chose que du rock (Hunt<br /> Sales a longtemps travaillé avec des groupes de jazz et de soul. Il y a chez lui des réminiscences assumées d'Art Blakey, d'Elvin Jones, de Buddy Miles, de Gene Krupa, de Shelly Manne...). Son<br /> jeu..., l'agencement même de sa batterie (... minimaliste) sonne très 60's. Pour sûr, il n'a pas eu la carrière qu'il méritait. Le Reeves Gabrels de 89 fut une sorte d'OVNI qui à l'époque (pas pour<br /> le second opus) mis toutes pédales dehors quand celles-ci avaient moins de 15 ans d'âge. On lorgne cette fois-ci du côté de l'esthétique free d'un Sonny Sharrock (meets Fripp & Belew tout de<br /> même!).<br /> 2 - On critique souvent la faiblesse des compos de ce groupe dont le parti-pris collectif était la spontanéité, le premier jet, le refus des overdubs (pas d'overdub sur "I can't read"). C'était un<br /> groupe séminalement live aux antipodes de par exemple les "Blonde Redhead"... les rendus studio sont bons mais les performances live... très moyen !<br /> 3 - Tin Machine était autre chose que "David Bowie" mais avec David Bowie. Je ne l'ai jamais vu aussi joyeux et positif (le contraire de la contrition) que lors du concert de l'Olympia en octobre<br /> 91 (à part peut-être à l'époque des tournées 95-97). Tout le monde cherche à faire un lien entre les Pixies, la scène grunge et TM..., il me semble encore une fois que leur esthétique allait du<br /> côté des power-trios des 60's & du free-jazz de Roland Kirk, du free? hard-bop de Mingus.<br /> <br /> Au total..., Tin Machine , un des groupes les plus mésestimé du "rock" (hard au sens des 60's - Who, Kinks, JBeck Group, Led Zep...)
G
<br /> <br /> Tout d'abord, sachez que j'apprécie sincèrement vos efforts de réhabilitation de Tin Machine, ainsi que toutes ces références jazz et soul que vous avez eu le bon goût d'exhumer. Malheureusement,<br /> vos arguments, aussi intéressants soient-ils, ne me feront pas changer d'avis.<br /> Que les membres de Tin Machine soient individuellement parlant des gens talentueux, je n'en ai jamais douté. Il n'en demeure pas moins que ce groupe se révèle, à mon sens, très largement<br /> inférieur à la somme de ses parties. La sauce ne prend pas. Je ne ressens à aucun moment l'alchimie interne qui fit les grandes heures des Kinks, des Stones ou des Who.<br /> L'écoute du premier album a toujours été, et il s'agit bien évidemment d'un ressenti éminemment personnel, une expérience relativement douloureuse dans la mesure - et croyez bien que ça m'ennuie<br /> de l'avouer - où je n'en retiens absolument rien... Quant à cette fameuse "spontanéité", elle ne me saute pas aux oreillles, loin s'en faut. D'ailleurs, si vous avez lu ma chronique de Lodger,<br /> vous savez que, pour moi, Bowie et "spontanéité" sont deux mots qui ne vont pas très bien ensemble, Bowie n'étant pas Iggy, et la fascination  que les deux hommes avaient l'un pour l'autre<br /> ne faisant que confirmer l'idée que les opposés ont tendance à s'attirer mutuellement. <br /> La recherche d'une spontanéité révolue, et qui ne fut encore une fois jamais vraiment l'apanage de Bowie, ainsi que le refus des overdubs, tout cela évoque aussi la volonté d'artistes<br /> vieillissants tentant de se refaire une virginité et de pallier une inspiration défaillante. Malheureusement, l'énergie, le son volontairement sale et la "spontanéité" n'engendrent pas forcément<br /> un chef-d'oeuvre, surtout passé un certain âge...<br /> Que le but recherché ait été de redonner à Bowie le plaisir de faire de la musique, et que cet objectif ait été accompli, cela me semble indéniable. Rien que pour cela, l'expérience Tin Machine a<br /> sans doute eu une réelle utilité...<br /> <br /> <br /> <br />
M
Juste un truc : quand tu dis que l'album est déconseillé aux personnes de bon goût, est-ce que ça inclut celles et ceux, passablement dérangés, qui peuvent passer avec un même plaisir non dissimulé du "Yes Sir I can boogie" de Baccara au "Wild Women with Steak Knives" de Diamanda Galas?
G
<br /> La question du jour... Et quelle question...<br /> Il n'émane de la musique concoctée par Bowie en 1987 ni le goût du risque, ni l'excentricité d'une Diamanda Galas, et encore moins le charme kitsch du disco vintage, l'artiste ayant perdu sa<br /> naïveté, remplacée par une forte couche de cynisme.<br /> <br /> <br /> <br />
S
Alors, celui-là, je ne le connais pas du tout... Et n'ai pas envie de le connaître (encore que...).<br /> Au moins le Bowie Blog Tour m'aura permis de découvrir ton blog où il faudra que je m'attarde plus longuement... :-)<br /> <br /> C'est marrant, je n'ai rien, dans ma discographie, du Bowie eighties, quasiment tout avant et tout à partir de Outside... Mais il y a, pour moi aussi, un trou fascinant d'une douzaine d'années... <br /> <br /> (ah non, rectificatif : j'ai le 45 tours de Dancing in the Streets que d'aucuns conchient mais que je trouve énorme... ce clip, quand même !). :-)
G
<br /> Bienvenue chez moi comme dirait l'autre...<br /> L'écoute de NLMD est effectivement déconseillée aux personnes ayant un minimum de bon goût et devrait être réservée aux sourds.<br /> Mais les années 80 de Bowie recèlent quelques pépites: l'album Scary Monsters est un must, les singles tirés de Let's Dance  sont plaisants et le premier Tin Machine a ses clients (dont je ne<br /> fais pas partie, il faut bien l'avouer).<br /> Citons aussi quelques chansons sympas sorties en 45t: This Is Not America (avec Pat Metheny), Absolute Beginners (la chanson du film du même nom), Underground (tiré de la BO de Labyrinth), Under<br /> Pressure (avec Queen).<br /> Tiens, c'est marrant mais je possède moi aussi le 45t Dancing In The Streets, que j'avais bien aimé à l'époque...   <br /> <br /> <br />

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