Lundi 28 février 2011 1 28 /02 /Fév /2011 13:46

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          Après l'énorme succès de son adaptation de Carrie de Stephen King (Carrie au bal du diable - 1976), Brian De Palma aurait souhaité récidiver avec un autre roman, L'Homme démoli (The Demolished Man) de l'écrivain de science-fiction Alfred Bester. Nul doute que cette oeuvre décrivant un monde futur dans lequel évoluent des policiers télépathes aurait permis à De Palma de s'en donner à coeur joie. Malheureusement, il n'était pas évident, en 1978, de mener à bien et de financer décemment un projet aussi ambitieux, et ce dernier aurait immanquablement été voué à l'échec, ne serait-ce que sur le plan technique, les effets spéciaux de l'époque ne permettant pas forcément de réaliser des miracles.

          Le réalisateur préféra alors opter pour un sage compromis, à savoir l'adaptation d'un roman de John Farris, The Fury (1976), dont l'action se déroule dans un environnement contemporain, mais qui s'intéresse au destin de jeunes gens pouvant rappeler Carrie White, l'héroine du film précédent, ceux-ci possédant eux aussi des pouvoirs télékinésiques, et même, cette fois, des dons de télépathie.

Autre lien avec Carrie, la présence dans Furie de Amy Irving, qui tenait le rôle de Sue Snell,  la seule survivante du massacre final. Cette fois, elle incarne Gillian Bellaver, ironiquement affublée ici de pouvoirs tout aussi destructeurs que ceux de Mlle White.

Le reste de la distribution n'est pas en reste, dans la mesure où De Palma a réussi à utiliser les services de deux acteurs réputés, Kirk Douglas et John Cassavetes, qui ne sont pas pour rien dans l'intérêt du film.

Si l'on ajoute que la bande originale est signée par un John Williams inspiré qui crée une musique superbe, non seulement prenante mais pleine d'une noirceur intérieure annonciatrice de la tragédie finale, partition évoquant par instants le lugubre poème symphonique L'Île des morts de Sergei Rachmaninoff, on se dit que, décidément, De Palma a mis tous les atouts dans sa manche.

 

          Le sujet du film se révèle fort simple. Peter Sandza (Kirk Douglas) est un agent secret travaillant pour une mystérieuse officine gouvernementale. Ben Childress (John Cassavetes) et lui forment un duo qui semble uni comme les doigts de la main. Leur collaboration touche cependant à sa fin, Sandza ayant choisi de quitter le Moyen-Orient et de retourner aux Etats-Unis. En effet, il a décidé de donner la priorité à son fils Robin (Andrew Stevens), celui-ci semblant être "différent", même si la nature exacte de cette "différence" ne nous est pas immédiatement révélée. En apparence, Robin est un adolescent comme les autres. Tout ce que l'on sait, c'est qu'il s'apprête à intégrer l'institut Paragon, une école tenue par le docteur McKeever (Charles Durning) et spécialement destinée à accueillir les gens comme lui.

          C'est alors qu'une violente attaque terroriste sépare le père et le fils. Le garçon, persuadé que son père a trouvé la mort, est évacué par les hommes de Childress. En réalité, il s'agit d'un coup monté orchestré par Childress, son objectif étant de tuer Peter et de s'emparer de Robin, dont les étranges pouvoirs psychiques intéressent de très près la mystérieuse agence (qui annonce entre autres avec quinze ans d'avance les délires complotistes de Chris Carter). Mais Peter a échappé miraculeusement à la mort et découvre le pot aux roses. Il a le temps de faire feu sur celui qui l'a trahi, le blessant gravement au bras, membre qui sera dorénavant paralysé.

          A partir de là, Peter n'a plus qu'un seul but : retrouver son fils et le sauver des griffes de Childress et de sa clique.

          Sans éventer l'intrigue, on a logiquement droit à une première partie qui nous montre un Peter Sandza déterminé à échapper à tout prix à ses anciens amis, chose relativement aisée, puisqu'il maîtrise à la perfection les arcanes du métier et excelle dans le domaine du camouflage, tout comme  l'agent Ethan Hunt de Mission Impossible (1996), placé dans une situation similaire. Il fait notamment appel à Raymond Dunwoodie (William Finley, l'immortel Winslow Leach de Phantom of the Paradise), un détective privé doté de pouvoirs médiumniques qui lui permettra de découvrir Gillian Bellaver, une jeune fille possédant les mêmes dons que Robin, la seule à être en mesure de retrouver ce dernier. C'est par l'intermédiaire d'une séquence mettant en scène une foule considérable d'estivants, dans laquelle le spectateur attentif reconnaîtra peut-être un certain James Belushi, que nous seront révélés les pouvoirs de Gillian. En effet, celle-ci parvient, malgré l'affluence considérable, à repérer le manège de Dunwoodie et surtout à apprendre ses nom et prénom grâce à ses pouvoirs télépathiques. Ce passage annonce aussi la suite, notamment le lien psychique qui l'unira à Robin dont elle percevra les émotions à distance.

          Cette première partie contient aussi une poursuite de voitures un peu pataude, n'est pas Friedkin qui veut, qui nous permettra cependant de voir un tout jeune mais prédestiné Dennis Franz dans le rôle d'un flic, ce même Franz que nous retrouverons dans la peau du "délicat" inspecteur Marino de Pulsions (1980) et, bien plus tard, dans la série policière NYPD Blue.

          La seconde partie permet à De Palma de mettre l'accent sur Gillian, qui intègre la fameuse école du docteur McKeever dont il a déjà été question plus haut, et découvre progressivement l'étendue de ses immenses pouvoirs, dont l'utilisation incontrôlée peut avoir des conséquences terribles, provoquant notamment de terribles saignements chez les gens qu'elle touche. Gillian devient aussi une sorte de récepteur captant les angoisses de Robin, son double, qu'elle tient absolument à rencontrer.

          De son côté, le garçon va très mal, les expériences éprouvantes qu'il subit et les doses massives de drogue qu'on lui fournit mettant à mal son psychisme. En fait, Robin sombre lentement mais sûrement dans la folie. Il devient même de plus en plus incontrôlable. Les scientifiques auxquels il sert de cobaye lui ayant fait revivre la scène de l'attaque initiale (qui avait été filmée), il va se servir de son pouvoir pour tuer un groupe d'Arabes en costumes traditionnels qui s'amusent gentiment dans un parc d'attractions, tout simplement parce qu'ils lui rappellent inconsciemment les terroristes du début.  

Cette métamorphose de Robin se révèle absolument terrifiante et augure du pire pour la suite, d'autant plus que même sa maîtresse, le docteur Susan Charles (Fiona Lewis), ne parvient plus à le calmer. Le jeune homme lui inflige d'ailleurs des scènes de jalousie de plus en plus violentes.

          Pendant ce temps, Peter, aidé par son amie Hester (Carrie Snodgress), tente d'organiser l'évasion de Gillian, celle-ci étant sur le point de tomber sous la coupe de l'infâme Childress.  

Mais les efforts des uns et des autres, notamment ceux du père pour retrouver son fils, et de la jeune fille pour découvrir son "double", ne feront que précipiter les événements, la mort accidentelle de la malheureuse Hester n'étant que le prélude à une fin particulièrement sombre, permettant au génial Rick Baker de concevoir d'astucieux effets spéciaux on ne peut plus gores.

Gillian utilisera alors ses pouvoirs en pleine connaissance de cause et les résultats seront terribles...

 

         

          Film mineur pour les uns qui lui reprochent sa longueur et un certain manque de rythme, oeuvre sous-estimée pour les autres, Furie n'en constitue pas moins un astucieux mélange d'espionnage et de fantastique, reprenant divers thèmes populaires dans les seventies, en particulier celui de la perception extra-sensorielle. Un tel cocktail d'éléments ordinairement disparates était d'ailleurs peut-être trop prématuré pour déchaîner les passions à l'époque...

Si l'affrontement Douglas / Cassavetes se révèle prenant, ce dernier campant un méchant très réussi, presque aussi mémorable que le Guy Woodhouse de Rosemary's Baby, le principal intérêt du film réside dans le sort, cruel, réservé par la société à ceux qui se révèlent différents. Comme le déclare le docteur McKeever : "Ce qu'une culture ne peut assimiler, elle le détruit..."

 

 

 

 

 

 

Scènes mémorables :

- l'évasion de Gillian, filmée au ralenti et sublimée par la musique de John Williams.

- le déchaînement des pouvoirs de Robin au parc d'attractions.

- l'ultime confrontation entre Robin et sa maîtresse.

- la fabuleuse scène finale entre Irving et Cassavetes.

 

 

 

Par Grisé - Publié dans : Films
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