Partager l'article ! Prince : Around The World In A Day (1985): &nbs ...
L'une de mes répliques préférées des Aventuriers de l'Arche perdue demeure celle que lance un Indiana Jones excédé à son adversaire René Belloq lorsque ce dernier évoque son intention de communiquer directement avec Dieu par l'intermédiaire de la fabuleuse Arche d'alliance :
- Vous voulez parler à Dieu ? Eh bien, allons le voir ensemble, je n'ai rien de mieux à faire (1) !
Tout comme Belloq (2), Prince s'est adressé à Dieu et celui-ci a même pris la peine de lui répondre. Il y a dans Temptation, neuvième et dernier titre de ce Around The World In A Day, un passage hallucinant dans lequel notre satyre chantant hurle son désir d'obtenir une partenaire, là, tout de suite, et notre homme Prince, c'est bien connu, n'a rien d'un amant platonique.
C'est alors que retentit la grosse voix de Dieu le père qui lui déclare que ce n'est pas ainsi que les choses fonctionnent, stupide humain, et qu'il lui faut la désirer pour les bonnes raisons, et seulement pour les bonnes raisons...
"C'est ce que je fais !", s'emporte notre Priape en herbe, excédé.
Et Dieu de lui répondre: "Non, meurs maintenant !"
Prince, ne souhaitant visiblement pas finir comme l'infortuné René Belloq (3) se fait soudain suppliant et demande au Seigneur de l'épargner et de le laisser partir. Parce qu'il a compris la leçon. Dorénavant, il sera bon, il le promet (4).
Cela ne va d'ailleurs pas sans contredire les préceptes de l'excellent Machiavel qui écrivit en son temps :
"Il faut donc qu’un prince qui veut se maintenir apprenne à ne pas être toujours bon, et en user bien ou mal, selon la nécessité (5)."
Mais dans la situation qui était alors la sienne, comment diable Prince aurait-il pu se maintenir ? La miraculeuse pluie violette de l'année précédente avait métamorphosé l'avorton funky à l'esprit salace en rockstar planétaire. Déjà énorme aux Etats-Unis où le double 1999 avait fini quadruple platine, Purple Rain (l'album mais aussi la tournée et le film) avait été un monstrueux carton partout, à l'exception d'un certain pays européen dont l'actuel président est connu pour ses points communs avec notre artiste (6). Et ce qui frappe avant tout, même aujourd'hui (7), c'est la rapidité avec laquelle le Kid de Minneapolis sortit ce nouvel opus, moins de dix mois après le triomphe planétaire de Purple Rain (8)...
La pochette bariolée dans le style psychédélique des sixties semble annoncer un étonnant virage musical. Le verso nous montre l'Échelle de Jacob s'élançant dans les cieux. L'album sera à la fois baba et mystique...
Les premières notes du morceau-titre, flanqué de flûtes évoquant certains passages du David Live (1974) de Bowie, confirment cette impression initiale. Chant incantatoire, choeurs féminins béats, arrangements tordus, ce n'est qu'au bout de deux minutes trente que retentissent les petits cris aigus typiques du Prince Rogers Nelson.
Au coeur de la première face se cache aussi un étonnant Condition Of The Heart... Piano envoûtant générant une ambiance nébuleuse et prenante... Le temps suspend son vol durant près de trois minutes... Le chanteur se lance alors dans une complainte terrassante...
Et le funky Tamborine et sa batterie décalée, obsédante, closent la première partie de ce tour du monde en neuf titres.
A vrai dire, ce sont surtout les morceaux deux et quatre que l'on retiendra, à savoir Paisley Park et Raspberry Beret, qui donnèrent lieu à des 45 tours mémorables. Tous deux débutent par d'énergiques et enjoués "one two, one two three".
De par son évidence et sa construction parfaite, l'imparable Paisley Park a tout de la chanson pop ultime et évoque étonnamment ce que faisaient les Beatles et les Kinks dans les sixties, ce qui ne l'empêche pas d'être totalement intemporelle par d'autres aspects. Brillante en 1985, elle pourrait sortir telle quelle en 2011 et tout le monde s'extasierait.
Le génial Raspberry Beret, gros succès en son temps (N°2 US), n'a d'ailleurs rien à lui envier avec ses riffs de violons entêtants et ses couplets irrésistiblement pop. Encore une vraie bonne chanson à la mélodie impeccable.
Le reste du périple se révèle, hélas, moins glorieux. La face B, même si elle n'a rien de honteux, ne tutoie pas vraiment les étoiles. Le rythmé America manque d'évidence et vaut surtout pour ses arrangements de synthés malins. Pop Life donne dans une sorte de nonchalance de bon aloi mais n'a rien d'inoubliable.
The Ladder, l'une des deux chansons (avec la première) où l'on retrouve la patte de John Lewis Nelson, le père du prodige et musicien de jazz à ses heures, ne contribue pas à nous mener aux sommets de l'extase... un comble vu le titre...
Le disque s'achève sur ce Temptation aux paroles grotesques et risibles dont il a été question plus haut. Certes brouillon et parfois décousu, il s'écoute cependant sans déplaisir, à condition (of the heart ?) de faire abstraction de l'intervention divine finale, grâce à ses guitares distordues et à son saxophone.
S'il ne rivalise nullement avec la perfection de Purple Rain, Around The World In A Day n'en demeure pas moins un disque courageux et attachant, certainement l'une de mes offrandes princières préférées. Notons que cet album difficile, sorti sans grande pompe, connut malgré tout un joli succès commercial et atteignit la première place du Billboard (9).
(1) "You want to talk to God ? Let's go see him together, I've got nothing better to do."
(2) Never mind the Belloq...
(3) Je vous renvoie à la fin spectaculaire de l'excellent film de Spielberg.
(4) Tout cela est absolument authentique. Voici d'ailleurs les paroles de la chanson en question :
A lover
I need a lover, a lover, I need a... right now
U, I want U
I want U in the worst way
I want U
Oh silly man, that's not how it works
U have 2 want her 4 the right reasons
I do!
U don't, now die!
No! No!
Let me go, let me go
I'm sorry
I'll be good
This time I promise
Love is more important than sex
Now I understand
I have 2 go now
I don't know when I'll return
Goodbye
(5) Nicolas Machiavel, Le Prince, chapitre XV.
(6) Les talonnettes, bien sûr...
(7) Surtout aujourd'hui...
(8) Purple Rain sortit officiellement le 25 juin 1984 et Around The World In A Day vit le jour le 22 avril 1985.
(9) Il devint double disque de platine aux Etats-Unis, ce qui n'est pas rien, même si l'on demeure loin des treize millions de son prédécesseur.
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