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Chroniques de disques (rock, hard rock, metal, seventies, eighties). Chroniques de films. Cinéma fantastique et d'horreur.

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Rolling Stones : Some Girls (1978)

 

 

          Some Girls, enfant illégitime du punk et du disco, fut effectivement commencé fin 1977 et achevé début 1978... Les deux premiers titres constituaient un parfait résumé de l'atmosphère musicale de ces deux années : Miss You ou la folie disco de 78, When The Whip Comes Down, tentative de restitution de la rage punk de 77...

          L'inspiration de l'album était avant tout urbaine et new-yorkaise même s'il fut essentiellement enregistré aux studios Pathé Marconi EMI de Paris. En 78, les Stones étaient attendus au tournant... Les problèmes judiciaires de Keith Richards, arrêté en possession d'héroïne en février 77 au Canada, et l'attente de son procès, compliquaient une situation déjà passablement complexe.

La décennie 70 avait vu le groupe perdre ses repères et son unité. Mick Taylor était parti. Ron Wood, son remplaçant, devait faire ses preuves... Bill Wyman était déjà ailleurs... Le fidèle Ian Stewart avait déserté les sessions de Some Girls estimant que les Cailloux sonnaient comme Status Quo... Il fut remplacé par Ian Mc Lagan, les Stones devenant alors un club d'ex-Faces... Et, dans les rues, une meute de jeunes chiens hurlait à l'hallali...

Une bonne nouvelle, cependant : le groupe prit enfin ses distances avec l'envahissant gourou Billy Preston. Ce fut donc une équipe resserrée qui se lança dans de longues et interminables sessions nocturnes, les cinq Stones donc, essentiellement flanqués de l'assistant-ingénieur du son Barry Sage, du fidèle Chuch, responsable des guitares, et de l'indispensable responsable de la logistique Alan Dunn... L'ensemble fut mixé par Chris Kimsey et les Glimmer Twins produisirent à nouveau...

          Miss You constituait une trompeuse ouverture. Morceau éminemment jaggerien, on retrouvait là l'influence des folles nuits que le chanteur passa au fameux Studio 54, temple de la décadence new-yorkaise. Charlie Watts et sa frappe magique réussissaient un véritable tour de force, parvenant à insuffler de l'âme à ce qui aurait pu n'être qu'un banal tube disco de plus... Les parties d'harmonica de Sugar Blue, jeune musicien rencontré dans le métro parisien, apportaient elles aussi une touche d'authenticité bienvenue. Mick Jagger déclara par la suite qu'il s'agissait de sa chanson préférée des Stones et qu'il avait mis ce morceau au point avec Billy Preston, pourtant non crédité. Pas plus que Bill Wyman qui prétendit avoir trouvé tout seul l'obsédante ligne de basse.

Faire succéder le bouillonnant When The Whip Comes Down à ce groovy Miss You dans lequel le Jag' criait désespérément son amour à Jerry Hall relevait pour le moins de la perversité... Rock violent et speedé, tentative jaggerienne de réponse à la spontanéité punk, Whip était urbain, sale et pervers, tant au niveau de la forme que du fond, Jagger incarnant cette fois un homosexuel très trash... Frappe laminante de la batterie, tempo plus rapide qu'à l'accoutumée, solo approximatif, chant rageur, voilà la réponse des Stones aux gamineries des Iroquois... Même démarche que celle de Queen, autre dinosaure défié par les keupons, sur l'album News Of The World (1977), Sheer Heart Attack, morceau violent et véloce succédant brutalement aux tubes d'ouverture...

Le reste de la face A était moins marquant. Just My Imagination, encore une reprise des Temptations... Les Stones avaient déjà adopté leur Ain't Too Proud To Beg sur It's Only Rock'n'Roll en 74... Version minimaliste et dépouillée d'un vieux tube exquisement suave. Là où les Tempts se montraient onctueux, les Stones privilégièrent une certaine sécheresse. Bizarrement, cette cover deviendrait un véritable cheval de bataille scénique du groupe au début des années 80...

Some Girls, le morceau-titre, blues cynique sur lequel Jagger débitait une série de lieux communs sur les filles de toutes nationalités, était pour le moins anecdotique malgré la présence de Sugar Blue. La phrase "Black girls just want to get fucked all night" fit bien évidemment tiquer certaines personnes dont le révérend Jesse Jackson... Ou comment se faire de la pub à peu de frais...

Et le seul intérêt de Lies, autre tentative punk bordélique et ratée cette fois, c'était de conclure la première partie du disque.

On a beaucoup glosé sur la face B de Some Girls, presque autant que sur celle de Tatoo You...

Tout ce qui faisait le charme des Stones s'y retrouvait, les rocks saignants mais aussi les ballades, la country, le cynisme et les larmes...

Faraway Eyes, savoureux numéro de country parodique, était un titre plus léger, plus décontracté que le reste.

Beast Of Burden, magnifique ballade richardsienne dans les paroles de laquelle le Riff humain exprimait toute l'intensité de son désarroi, distillait une émotion palpable et le chant de Jagger rendait indéniablement justice à la composition de son délabré acolyte.

Dans le même genre, Before They Make Me Run permettait au guitariste de faire le point sur sa situation, plutôt désespérée à l'époque puisqu'il se trouvait sous le coup d'une inculpation pour possession et trafic de drogue et risquait plusieurs années de prison. Le verdict ne tomba que quatre mois après la sortie de l'album et Richards fut seulement condamné à jouer pour les aveugles de Toronto.

De cette deuxième face émergeaient aussi deux rocks rapides et énergiques, Respectable et Shattered, enflammés par les solos d'un Ron Wood enfin inspiré. Shattered, ses riffs cinglants et obsédants, ses parties de guitare jouissives et ses paroles percutantes constituait certainement l'un des derniers vrais classiques des Rolling Stones. Shattered ou l'art de résumer l'esprit de la Grosse Pomme en quelques minutes de rock jubilatoire...

          La qualité intrinsèque du disque, sa fraîcheur, le fait aussi qu'il constituait un saisissant instantané de l'atmosphère musicale de la fin des seventies, fièvre disco et frénésie punk mêlées, tout cela ne pouvait que contribuer à son succès. Si l'on ajoutait à cela le scandale provoqué par certaines paroles et par la pochette qui reprenait des photos retouchées de quelques gloires du cinéma et du show-biz, Lucille Ball, Farrah Fawcett, Raquel Welch et même notre B.B. nationale, entre autres, Some Girls ne pouvait décidément pas passer inaperçu. * L'album sortit finalement le 9 juin 1978.

Miss You fut l'un des gros tubes de l'été et le dernier N°1 états-unien du groupe.

L'album atteignit la seconde place des classements anglais et la première position aux États-Unis. Accouché dans la douleur et l'incertitude, ce disque constitua le plus gros succès commercial des Cailloux, avec à ce jour plus de six millions d'exemplaires écoulés sur le seul territoire américain.

Il contribua à rassurer les vieux fans tout en permettant aux soi-disant dinosaures de toucher un nouveau public, plus jeune.

Contre toute attente, les Stones conclurent de fort respectable façon la décennie 70...

 

 

* La pochette originale fut d'ailleurs censurée et les photos compromettantes enlevées, remplacées par les mentions "Pardon our appearance", "Cover under reconstruction".


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